Discuter pour vivre ensemble

Il est facile de parler sans se comprendre. Plusieurs causes de mésententes coulent de source, elles tirent leurs origines de l’objectif même de la discussion entreprise avec une autre personne.

Cherche-t-on vraiment à discuter qui oblige à échanger? Il est facile de camoufler un diktat sous des airs de discussion. Elle ne sert bien souvent que d’outil de manipulation. On l’utilise pour faire connaitre une décision déjà prise. On demande l’avis de l’autre sans vouloir en tenir compte s’il diverge du nôtre. Ce n’est que de la poudre aux yeux destinée à prouver une fausse bonne foi.

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La discussion vise parfois un but inavouable et inavoué. En usant de moyens destinés à noyer le poisson, à éloigner l’autre de la vérité, la discussion déraille, l’impatience gagne les deux parties et les conséquences s’ensuivent. Tout ce qui ne tombe pas sous le sens est discutable et devrait être discuté lorsque l’autre partie se rend compte d’une argumentation à la logique bousculée, triturée, contorsionnée qui vise à insérer une cheville carrée dans un trou rond sans trop le faire paraitre.

Mais qui est prêt à se remettre en question devant son partenaire? À réfléchir tout haut? À entreprendre une démarche de questions-réponses sans préparations? À livrer ses propres incertitudes, ses doutes, ses faiblesses?

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Ce qu’on devrait toujours faire est de réfléchir à l’argumentation adverse avant de répondre, quitte à reporter la discussion si nécessaire. En revanche, toujours ramener sur le tapis un sujet laissé en suspens. Répondre franchement aux questions légitimes. Éviter de mêler plusieurs sujets, au contraire, leur donner une priorité. Reconnaitre ses subterfuges, ses camouflages et s’en départir.

La règle d’or est tellement simple que tous les grands humanistes l’ont reprise dans leurs discours.

«Traite les autres comme tu souhaiterais être traité.»

Tu ne peux exiger d’une personne d’être ouverte, franche, conciliante, de bonne foi si tu lui refuses les mêmes comportements.

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Lorsqu’il existe une barrière franche entre deux comportements, lorsque après maints efforts personne ne semble donner signe de bonne foi, il faut se questionner sur la pertinence de la relation. S’il y a refus de s’entendre de part et d’autre sur des règles du jeu communes, le plaisir n’existe plus. C’est une guerre déguisée, un conflit en habits de civilité.

Gagner sur une personne censée être son alliée n’est pas une victoire, mais une trahison et vous serez alors traité de la sorte. L’objectif ne devrait jamais être la victoire, mais le plaisir d’avoir obtenu un accord mutuel accepté de plein gré.

Si vous aimez vous battre contre un ennemi, choisissez donc celui-ci. Combattez votre goût, votre désir de gagner, d’avoir gain de cause, d’imposer vos idées, car voilà le vrai ennemi à abattre lorsqu’on choisit de vivre en couple et en société.

On peut ne pas s’entendre sur la destination, sur le chemin à emprunter, sur les haltes, tout cela reste en partie secondaire tant qu’on vise l’objectif de bien vivre ensemble.

Idéalismes

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Si vous recherchez l’auteur de ces recettes, je les ai obtenues de la patte même d’un noir oiseau venu se percher sur ma main.

Il m’a avoué s’être longuement promené afin de suivre la piste de plusieurs idéalismes qui l’ont toujours mené vers des gens concoctant ces sempiternelles mêmes recettes. Après une étude approfondie des causes de ces constantes, il a constaté la pauvreté et l’insipidité des ingrédients utilisés.

La première question qu’il leur posa fut de comprendre pourquoi ils n’utilisaient pas d’autres ingrédients plus savoureux. Il s’en voulut d’avoir été si peu perspicace tellement la réponse était évidente. L’idéaliste ne nourrit aucun doute sur sa recette et il la réalise en prenant un soin jaloux de ne rien y changer.

L’idéaliste possède les réponses à toutes les questions puisque ses réponses restent invariablement les mêmes. Alors, pourquoi chercher ailleurs, pourquoi faire plus compliqué, pourquoi remettre en cause une recette parfaite?

Peu importe l’inadéquation entre la question et sa réponse, l’idéaliste considère que si celle-ci ne convient pas à la question, il n’avait tout simplement pas lieu de la poser. Si sa réponse est 42, il est inutile de lui poser des questions impertinentes dont le résultat diffèrerait de 42.

Bien souvent, l’idéaliste reste parfaitement conscient de son stratagème, mais il préfère s’appuyer sur une mauvaise réponse plutôt que de rester sur un questionnement. Il craint maladivement tout type d’éléments inconnus qui le paralysent des pieds à la tête.

Incapable de trouver par lui-même des réponses à des questions, il opte pour la simplicité afin de voyager le plus léger possible et ce faisant, il ne s’embarrasse d’aucun doute.

N’ayant jamais tort, l’idéaliste n’écoute personne. Il devient donc totalement inutile de s’efforcer de discuter avec lui. La meilleure attitude à adopter est de le laisser moisir seul dans son jus puisque cette attitude d’éloignement respecte entièrement ses choix et ses désirs.

L’idéaliste refuse de reconnaitre qu’aucune réponse ne satisfera entièrement une question ouverte. Les réponses nuancées le mèneraient à commettre des erreurs sans lui fournir d’excuses béton pour se disculper.

Reconnaissant son incompétence à réfléchir intelligemment à un problème par inculture, par manque de technique et d’exercice, il ne lui reste qu’une seule option, radicaliser sa pensée et s’en tenir coûte que coûte.

Voilà ce qu’attend un individu tenté par l’idéalisme, rien de plus qu’un immense désert intellectuel.

Les seuls fruits issus des idéalismes sont de l’incompréhension, de l’intolérance et de l’intransigeance. Ces récoltes ne produiront jamais rien d’autre que des salades d’intenses déceptions et des confitures d’injustes représailles.

— LeCorbot

Jugement et tenue de gala

J’ignore pour vous, mais j’enfile mes habits de gala assez peu souvent. Le reste du temps, je les protège en les gardant sous des housses. Lorsque j’ouvre le zipper, c’est le signe d’une célébration prochaine. Une fois la fête terminée, les vêtements nettoyés, je les range en les oubliant au fond de la penderie puisqu’ils ne me seront plus d’aucune utilité jusqu’au prochain événement mondain «black tie».

Je vois des gens qui utilisent leur jugement de la même manière, comme s’il s’agissait de leur tenue de gala. Le reste du temps, ils le laissent bien rangé sous une housse pour ne se fier qu’au jugement des autres, aux décisions des autres, aux idées des autres.

Cette procuration leur permet de critiquer les sans risquer de mettre en cause leur propre manque de jugement. Je prends pour exemple la liste des mises en garde associées à des produits de consommation.

Fer à repasser: Ne pas repasser les vêtements sur vous.
Café
: Attention, chaud.
Tondeuse: Ne pas tenter d’enlever la lame pendant que la tondeuse est en marche.
Télécommande
: Ne pas mettre au lave-vaisselle.
Panneau de signalisation
: Route trempée lors de pluies.
Tronçonneuse
: Ne pas tenter d’arrêter la chaine avec vos mains ou vos organes génitaux.
Sèche-cheveux
: Ne pas utiliser en dormant.

Si des avertissements stupides de la sorte ont été imprimés, des individus sans cervelle ont posé ces gestes stupides et se sont plaints des conséquences aux fabricants, probablement dans l’espoir de recevoir une quelconque compensation. L’idiotie accomplie, le gaffeur est absout d’avoir manqué de jugement. Le coupable montré du doigt et puni sera le fabricant. En somme, on l’accusera de ne pas avoir réfléchi comme un idiot.

Non seulement les gens s’autorisent à ne pas réfléchir, mais la société les encourage dans cette voie en étant sans pitié pour ceux qui ont pensé à leur place sans avoir prévu toutes les gaffes possibles. En entreposant leur jugement sous la housse, les gens acquièrent un visa leur permettant de parcourir toutes les avenues de la bêtise.

Il faut dire que les dirigeants veulent contrôler un peuple soumis. Ça les arrange lorsque vous gardez vos fringues de gala bien loin de votre quotidien et que vous scandez leurs slogans sans les comprendre. L’important n’est-il pas de suivre les leaders, sans les critiquer, sans les juger?

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Personnellement, je tiens trop à la vie, à mes membres, à mes organes et à l’usage de mon cerveau pour laisser les autres utiliser leur jugement à la place du mien. Je n’irais pas sauter en bas d’un pont même si aucune pancarte ne m’avertit des dangers inhérents à un saut de l’ange à cet endroit. Il en va de même pour le reste des situations, même les moins dangereuses. Je pense, donc je suis, je suis en vie et je le reste en réfléchissant.

On peut voir sur les sites de vidéo en ligne des tas de gens commettre des stupidités. Je me dis que leur instinct de survie doit tenir dans un ou deux neurones tout au plus. Le fait qu’ils s’en sortent parfois indemnes ne confirme en rien la pertinence de leurs tentatives. Des conséquences miraculeusement mineures, étonnantes en comparaison avec la connerie des actes, démontrent seulement que la vie ne possède aucune justice intrinsèque.

Personne ne nait avec une quantité limitée de pensées réfléchies, le bassin ne se tarira jamais. Mieux, à chaque effort de réflexion, la matière grise s’habituera et les pensées intelligentes foisonneront. En revanche, le cerveau s’atrophie et les idées brillantes finissent par disparaitre entièrement lorsque le jugement est rangé sous une housse, comme la tenue de gala, cadenassé au fond d’une penderie ramassant la poussière au milieu d’un grenier oublié.

Je vis dans un monde peuplé de gens s’imaginant toujours être des entités individuelles vivantes alors qu’ils ne sont que des clones zombis.

L’Univers est une indian pale-ale

La reproduction sexuée des humains permet le mélange des gènes des deux parents engendrant des humains tous différents les uns des autres. Cette particularité possède deux effets diamétralement opposés.

Le premier effet est d’engendrer de la diversité et empêche, par exemple, une maladie d’éradiquer 100 % de la population. Des individus anormaux permettront presque toujours à notre espèce de survivre. Le second effet est que cette diversité salvatrice tue aussi. Des gens naissent trop anormaux pour survivre ou pour vivre longtemps et normalement.

J’ai été papa d’un enfant né lourdement handicapé, un truc incompréhensible produit par cette reproduction sexuée et les aléas quantiques. Aujourd’hui, mon fils est décédé des suites de ses anomalies. Je n’en ai jamais voulu à la Nature d’avoir fait son travail en devenant un peu trop créative lorsque est venu le temps de façonner mon gars. Ça survient et on doit agir en conséquence. On rêve soi-même d’être né anormal pour être muni d’un troisième bras, mais comme tout le monde, on prend ce que la Nature nous a donné et on fait au mieux.

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J’écris ce billet aujourd’hui parce que c’était la fête des Pères ce dimanche et que les souvenirs sont toujours plus concrets durant ces occasions.

Si vous êtes vous-même aux prises avec une anomalie ou si vous vivez à proximité d’une personne possédant des différences peu enviables, j’aimerais simplement dire que le bonheur reste toujours possible. Le bonheur n’est pas tributaire de la normalité ou de la simplicité de nos vies, il est tributaire de nos sentiments face à ces différences qui ornent notre quotidien un peu ou très différemment.

À la question du «pourquoi», «pourquoi ça m’arrive», je me suis répondu que c’était pour me rendre meilleur et me permettre d’atténuer mes travers. À la question «à quoi ça sert», du but qu’avait l’Univers de créer cette petite personne si différente, je me suis répondu que, comme nous, l’Univers devait expérimenter s’il n’est pas en possession d’un excellent professeur ou s’il a de la difficulté à prévoir les résultats finaux avant de mettre ses idées en pratique.

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J’en suis donc arrivé à la conclusion que l’Univers est jeune et laissé à lui-même, sans surveillance et sans éducateur pour le guider. Ce n’est pas qu’il soit mal intentionné, un garnement ou même une peste, mais il n’a rien appris d’autre que la méthode essais-erreurs.

Confucius disait qu’il existe trois moyens d’apprendre. En réfléchissant, et en étant probablement guidé en ce sens, c’est le moyen le plus noble. En imitant, c’est le moyen le plus simple, le plus rapide, le plus efficace. En expérimentant, c’est le moyen le plus amer.

Le principal intérêt de l’amertume est qu’elle met en valeur les autres goûts. Autant dire que c’est le principe du coup de marteau sur les doigts. Lorsque ça nous arrive, on peut rager ou être content que les neuf autres doigts soient saufs.

Si la pensée de Confucius s’avère exacte, alors l’Univers goûte la roquette ou l’indian pale-ale, selon le choix de se préoccuper de sa santé physique ou de son moral.

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Faire une différence

Hier, avez-vous fait une différence constructive dans la vie d’une ou de plusieurs personnes ?

Si vous êtes parent d’un ou de quelques enfants mineurs, vous avez la possibilité quotidienne de faire une différence importante dans leur vie. Si vous travaillez à l’extérieur, vous avez des collègues, vous avez la possibilité quotidienne de faire une différence dans la vie d’une personne de votre entourage. Si vous écrivez régulièrement sur votre blogue, vous avez également cette possibilité.

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Il s’avère difficile de quantifier le poids de nos écrits. Je me sens obligé ici de mettre un peu de côté les blogueurs qui relayent de l’information sans analyse, sans enrichissement, sans opinion. L’auteur initial des textes qui sont retransmis quasiment intégralement a une influence sur des gens qui les ont reçus grâce à plusieurs courroies de transmission différentes, mais la courroie ne produit rien de neuf. Ce n’est pas elle qui fait la différence malgré d’autres vertus qu’on peut lui trouver, dont celle d’être un bon diffuseur. Un diffuseur qui ne possède pas de matière à diffuser ne peut que se gratter la tête et d’autres parties de son anatomie. En relisant l’exergue de ce texte, vous comprendrez pourquoi il contient la particularité « constructive » qui doit être interprétée dans ses deux modes.

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Faire la différence en montrant l’exemple est une bonne façon. Tout le monde n’est pas un adepte des mots. Tenter de comprendre ses propres paroles avant de les faire avaler à d’autres est aussi une bonne façon de faire la différence en évitant de proférer des âneries. On peut donc faire une différence en ne faisant rien plutôt qu’en énonçant des stupidités, mais elle ne sera pas vraiment constructive, elle sera juste non destructive.

Pour faire une différence constructive, il faut réfléchir à ce qu’on fait et à ce qu’on dit. Mais qui prend le temps de réfléchir par les temps qui courent ? Pas les gens qui courent. Pour réfléchir, il faut s’arrêter, observer, accumuler, comparer, analyser et synthétiser l’information qui nous provient de partout. Cet exercice prend du temps et du temps d’accalmie.

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Prenez le temps, du temps pour revisiter votre journée qui se termine ou qui s’est terminée la veille. Demandez-vous pour qui et comment vous auriez pu faire une différence constructive. Si vous avez raté votre chance, pas grave, il y a plein d’autres journées remplies d’autres occasions à venir. Vous aurez amplement la possibilité de faire une différence positive dans l’existence d’une autre personne. Mais si vous ne prenez pas le temps de comprendre comment vous auriez pu y arriver, ne vous attendez pas à faire une vraie différence lorsque l’occasion se représentera.

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Je décrète donc que les vidéos de chats distribuées à tous vos abonnés ne constituent pas un geste constructif dans la journée de quelqu’un. Trouvez mieux que ça, je vous en prie !

 

Les absolus

– Les livres ne sont pas dangereux, un seul livre, oui.

Cette citation dont j’ai oublié l’auteur comporte en elle le mal et son remède. S’abreuver à une seule source ne peut que mener à en devenir esclave. Diversifier ses lectures, multiplier les points de vue apporte la capacité de relativiser, l’opportunité de saisir les subtilités et la culture pour comprendre les autres. Et souvent, ce seul exercice de lecture attentive et variée finit parfois par nous démontrer l’inexistence dudit problème.

L’endoctrinement se cache dans les absolus et les superlatifs absolus. Toujours, jamais, entier, aucun, tout, rien, le meilleur, le pire, l’ultime.

Ces termes pullulent dans les écrits visant à convaincre et à endoctriner. Pourquoi ? Parce qu’un superlatif prétend des choses sans les prouver. En abreuvant les gens d’absolus, ceux-ci pensent avoir touché à une vérité essentielle. Les gens aiment bien les convictions, elles permettent de ne pas dépenser le temps et les énergies nécessaires pour comprendre par soi-même. Ne laissant aucune place aux nuances, les absolus cherchent à réfréner tout questionnement. Calquer les absolus des autres semble être une attitude raisonnable lorsqu’on croit en quelqu’un de plus intelligent que soi, qui a pris le temps de réfléchir et qui est parvenu à trouver des solutions. Et pourtant, on devrait vite s’éloigner des gens trop confiants pour être dans l’erreur, trop convaincus pour être passés à côté du problème.

Il n’existe pas de remède simple à des problèmes complexes. Quand Alexandre le Grand s’est confronté au nœud gordien, il ne l’a pas défait, il l’a tranché, rendant la corde par le fait même inutilisable. Ce n’était pas une solution au problème proposé. C’est souvent le cas avec l’intégrisme. Les solutions sont simples, simplistes même, et ne résolvent aucun soi-disant problème. Elles en créent. Il ne faut jamais oublier que les manipulateurs ont trouvé la solution bien avant de réfléchir au problème qu’il serait censé résoudre.

On ne résout pas un problème complexe en un seul traitement. Il faut planifier des phases, établir des objectifs clairs et mesurables pour chacune d’elles. Il faut constamment réviser ses processus selon les résultats obtenus. En résumé, il faut réfléchir, ne pas craindre de poser les bonnes questions et de trouver des réponses qui, parfois, ne sont pas celles qui auraient eu notre préférence.

Certains points de vue semblent parfois irréconciliables lorsqu’ils puisent leur source dans des dogmes antagonistes. De même que satisfaire l’individu et le collectif sur un point précis relève parfois du miracle. Recourir à des référendums et à des sondages permet de statuer sur l’opinion de la majorité avec une marge d’erreur plus ou moins importante. Ces deux outils présentent un portrait qui, comme tout instantané, est parfois flatteur, parfois grimaçant. L’outil idéal n’existe pas puisque « idéal » fait partie des superlatifs. Il est tout aussi dangereux de gouverner uniquement à partir des sondages et des référendums que de gouverner en les ignorant.

Les pensées individuelles et collectives évoluent. Lorsque j’ai obtenu mon permis de conduire, bien des automobilistes plaçaient encore une bouteille de bière entre leurs cuisses. Cette action ne consistait pas à rafraichir l’entrejambe à cause d’une petite amie trop entreprenante. Personne ne portait la ceinture de sécurité, y compris les enfants. Et la cigarette était bien vue, même en hiver, même avec les vitres closes. Changer les mentalités s’accompagne d’études, de statistiques et d’exemples, et pas n’importe lesquels. La méthode scientifique donne un cadre de travail. Elle ne garantit pas de découvrir la vérité, mais elle permet de comprendre les limites d’interprétation des informations ainsi obtenues. Voici mes trois phrases résumant les étapes importantes permettant de résoudre un problème.

  1. Lire suffisamment pour apprendre adéquatement
  2. Réfléchir librement pour comprendre subtilement
  3. Agir judicieusement pour se déprendre intelligemment

Le vrai sel de la vie

Un coup de cœur, puis un coup au cœur. Encore une autre peine d’amour. Pouvez-vous espérer devenir plus sage en amour avec l’âge ? L’amour et la raison vivent en dedans de vous comme deux colocataires mal assortis, l’un noceur et l’autre casanier. D’une part, faire vœu de sagesse vous rend nauséeux, juste d’y penser. D’autre part, vous commencez à croire que votre santé mentale finira par exiger plus de calme, plus de stabilité et moins de passion. Jusqu’à maintenant, vous avez été allergique à toute forme de sagesse. Vous ne pouviez absolument pas imaginer vivre de l’amour drabe. C’était tout ou rien. Votre implication à fond, vos désirs en tête de peloton et vos blessures… on s’en préoccupera plus tard !

Mais là, vous en avez plus que marre de refaire le même bout de chemin pour toujours vous retrouver dans le même cul-de-sac en repansant les mêmes blessures qui ne font que se rouvrir fois après fois. Vous n’êtes pas sans savoir que vos amis soupçonnent de la dépendance affective. Ils ne vous en parlent qu’à mots couverts, car ils sont pleutres, mais leur regard les trahit. Jusqu’à présent, vous évitiez d’y réfléchir, préférant sauter d’un rocher à l’autre au milieu de la rivière. Mais après plusieurs plongeons involontaires, vous commencez à penser que regarder un peu plus loin devant vous éviterait peut-être de constamment perdre pied pour vous retrouver le bec à l’eau.

Pourtant, une impression de trahison envers vous-même vous assaille. À quoi bon vivre autrement si c’est pour se retrouver dans la peau d’un d’autre ? Le succès en amour vaut-il ce prix, mais surtout est-ce vraiment nécessaire ? N’y aurait-il pas une autre solution moins extrême que cette apparente obligation de se travestir pour remporter une hypothétique victoire amoureuse ?

Votre dilemme reste entier malgré un effort sincère pour briser le cercle vicieux. Une fois la transformation complétée, la rétroaction s’avérera-t-elle impossible ? C’est pourquoi vous nagez encore dans le doute, incertain de vouloir ou de pouvoir payer ce prix. Au bout du compte, ce tribut semble trop important pour obtenir un bonheur éminemment simple et probablement dépourvu de ses feux d’artifice.

Quelle est la bonne réponse ? Quel est le bon choix ? Est-ce bien, comme vous avez tendance à le croire, une profanation de vous-même? Ceux qui vous jugent vous demandent de changer vos valeurs pour d’autres qui ne vous ressemblent pas, en prétendant d’emblée qu’elles seront meilleures. Mais faut-il vraiment devenir quelqu’un d’autre ?

Être en harmonie avec soi-même est souvent une quête difficile et chaotique, mais c’est la seule qui soit pleine de sens et importante à réaliser. S’accepter au-delà du regard des autres mérite les efforts à entreprendre et ça commence par une profonde compréhension de ce que l’on est vraiment. Le jugement des autres deviendra alors moins lourd à porter. Lorsque vous vous promenez avec un grand sourire sincère, l’avis des autres sur votre compte change drastiquement. Peu importe si votre parcours est atypique, votre bonheur le sera aussi. Et puis après ! C’est souvent la peur de décevoir qui rend malheureux. S’affranchir de cette fausse exigence ramène les yeux devant les bons trous.

Lorsque vous êtes fier de vous, les gens lâchent prise, car ils comprennent qu’ils ne peuvent plus vous influencer durablement dans le sens qu’ils voudraient pour vous. Vous tracez vous-même votre route et cette voie vous appartient. Puis vous croiserez plein d’autres routes et c’est là que vous prendrez d’autres décisions. Celle de poursuivre votre aventure dans une voie différente ou garder la vôtre. La vie n’est qu’une succession de choix qui finissent par former un long fleuve aux mille bras et ramifications possibles dont quelques-uns seulement seront explorés. Ça deviendra votre vie, une vie parmi des milliers que vous auriez pu vivre. Mais qu’importe, puisque revenir en arrière et choisir une autre bifurcation est impossible. Par contre, la bonne nouvelle est que toutes celles que vous croiserez devant vous sont accessibles. Reste à savoir si vous aurez la sagesse ou le culot d’éviter ou de tenter une incursion en terra incognita. Après tout, n’est-ce pas là le vrai sel de la vie ?

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