Au-delà de l’invisible

8 août 1982. Ce jour restera à jamais gravé dans ma mémoire. Moi, pour qui les dates me posent de sérieux problèmes, chaque année, pourtant, je regarde des photos… et je lui souris.

Mon fils est né ce jour-là. J’ai également su à ce moment précis que ma vie ne se déroulerait pas comme un conte de fées, sans être banale pour autant.

Devenir du jour au lendemain le père d’un enfant lourdement handicapé physiquement et mentalement m’a obligé à me poser des questions fondamentales et à y répondre rapidement. Vous me trouverez probablement bizarre, mais mes préoccupations les plus sérieuses à ce moment ne portaient pas sur le diagnostic ni les pronostics. De toute façon, ce n’était pas à moi à y répondre. Je me souciais de celles dont les réponses m’appartenaient.

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La plus importante fut : est-ce que je veux tenter de faire une différence dans sa vie ? Peu importe le temps que durerait l’aventure, je devais savoir si je l’acceptais, si je désirais lui donner mon espace, mon temps, mes énergies, mon présent ainsi que mon futur.

Ayant répondu par l’affirmative, mes problèmes avec les dates, les jours, les nuits, les ans ont commencé à ce moment précis. Le temps s’est transformé en un concept peu utile et même, je pourrais dire, nuisible à l’atteinte de mon objectif.

Mais qu’était donc cet objectif et quelle importance pouvait-il bien avoir pour lui sacrifier toute notion de temps ? Mon seul vrai désir se résumait simplement. Que mon fils puisse vivre heureux, et ce malgré son handicap.

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Cet objectif ne possède aucune courbe normalisée sur laquelle se baser pour évaluer son degré d’avancement. Il ne possède aucun jalon, pas de nombre de jours, aucun graphique, pas de marqueurs, aucune référence.

Au début, les progrès de mon garçon restaient invisibles pour tout le monde ainsi qu’à sa mère. Moi, j’en voyais. On me disait que j’inventais ce que je voulais voir. Je savais que c’était faux parce que je n’ai jamais cherché à voir autre chose que la réalité. J’avais réglé le problème potentiel de me cacher la vérité alors que j’avais tout juste onze ans.

Une nuit à cette époque, j’étais loin dans la forêt, il faisait nuit et j’étais seul dans ma tente. Le tonnerre frappait sans arrêt devenant plus terrifiant de minute en minute. Les éclairs fusaient si nombreux que la nuit se faisait jour. Le terrible orage déversait des torrents qui délavaient le sol forestier. Je me protégeais des intempéries à l’aide, ou malgré une tente sans plancher. Une rivière s’était invitée à faire des cascades dans mon habitacle de fortune et je pataugeais littéralement dans mon sac de couchage. Je grelottais de tous mes membres, j’étais transi et au bord de l’hypothermie. Une pensée fugace m’est tout à coup venue à l’esprit, je pourrais trouver refuge au fond de ma tête afin d’échapper à ce désastre.

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Sans jamais avoir su pourquoi, j’ai refusé net. J’ai préféré ressentir toutes les affres de cet orage plutôt que sombrer dans l’irréel. Cet épisode charnière m’a permis de connaitre un des mécanismes menant à la fuite, à la création de l’irréel, à l’abandon d’un présent concret détestable pour un rêve plus doux et agréable.

Sachant que je ne m’étais pas enfui dans ce monde, j’étais convaincu que mes observations concernant mon fils, aussi ténues fussent-elles, devaient être véridiques. Et progressant d’un iota invisible à un atome tout aussi intangible, le résultat finit par devenir visible aux yeux de mes proches, et ensuite à tout le monde.

La vie de Mathieu n’a pas été parsemée ici et là de quelques moments de bonheur. Il a vécu heureux la plupart du temps, plus que bien des gens normaux.

Atteindre cet objectif fut la plus grande et la plus belle de toutes mes réalisations. Pourtant, elle n’a tenu qu’à un fil, qu’à une seule capacité, qu’à une seule volonté, qu’à une seule certitude, celle de percevoir la réalité à travers et au-delà de l’invisible.

L’Univers est une indian pale-ale

La reproduction sexuée des humains permet le mélange des gènes des deux parents engendrant des humains tous différents les uns des autres. Cette particularité possède deux effets diamétralement opposés.

Le premier effet est d’engendrer de la diversité et empêche, par exemple, une maladie d’éradiquer 100 % de la population. Des individus anormaux permettront presque toujours à notre espèce de survivre. Le second effet est que cette diversité salvatrice tue aussi. Des gens naissent trop anormaux pour survivre ou pour vivre longtemps et normalement.

J’ai été papa d’un enfant né lourdement handicapé, un truc incompréhensible produit par cette reproduction sexuée et les aléas quantiques. Aujourd’hui, mon fils est décédé des suites de ses anomalies. Je n’en ai jamais voulu à la Nature d’avoir fait son travail en devenant un peu trop créative lorsque est venu le temps de façonner mon gars. Ça survient et on doit agir en conséquence. On rêve soi-même d’être né anormal pour être muni d’un troisième bras, mais comme tout le monde, on prend ce que la Nature nous a donné et on fait au mieux.

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J’écris ce billet aujourd’hui parce que c’était la fête des Pères ce dimanche et que les souvenirs sont toujours plus concrets durant ces occasions.

Si vous êtes vous-même aux prises avec une anomalie ou si vous vivez à proximité d’une personne possédant des différences peu enviables, j’aimerais simplement dire que le bonheur reste toujours possible. Le bonheur n’est pas tributaire de la normalité ou de la simplicité de nos vies, il est tributaire de nos sentiments face à ces différences qui ornent notre quotidien un peu ou très différemment.

À la question du «pourquoi», «pourquoi ça m’arrive», je me suis répondu que c’était pour me rendre meilleur et me permettre d’atténuer mes travers. À la question «à quoi ça sert», du but qu’avait l’Univers de créer cette petite personne si différente, je me suis répondu que, comme nous, l’Univers devait expérimenter s’il n’est pas en possession d’un excellent professeur ou s’il a de la difficulté à prévoir les résultats finaux avant de mettre ses idées en pratique.

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J’en suis donc arrivé à la conclusion que l’Univers est jeune et laissé à lui-même, sans surveillance et sans éducateur pour le guider. Ce n’est pas qu’il soit mal intentionné, un garnement ou même une peste, mais il n’a rien appris d’autre que la méthode essais-erreurs.

Confucius disait qu’il existe trois moyens d’apprendre. En réfléchissant, et en étant probablement guidé en ce sens, c’est le moyen le plus noble. En imitant, c’est le moyen le plus simple, le plus rapide, le plus efficace. En expérimentant, c’est le moyen le plus amer.

Le principal intérêt de l’amertume est qu’elle met en valeur les autres goûts. Autant dire que c’est le principe du coup de marteau sur les doigts. Lorsque ça nous arrive, on peut rager ou être content que les neuf autres doigts soient saufs.

Si la pensée de Confucius s’avère exacte, alors l’Univers goûte la roquette ou l’indian pale-ale, selon le choix de se préoccuper de sa santé physique ou de son moral.

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Flûte, alors !

Le seul instrument de musique naturel à produire un son presque pur est la flûte. La flûte n’a pratiquement pas de timbre puisque le timbre est une série de fréquences formant l’apparence musicale différente à chaque instrument. Puisque la flûte (bien jouée) génère globalement une seule fréquence (par note), son aspect auditif est le plus simple qui soit.

Donc, on aime cette simplicité ou on ne l’aime pas. Pour ma part, j’aime. J’ai joué de la flûte durant plusieurs années. Les enfants s’endorment facilement au son de la flûte. Ça les apaise et les rassérène tout à la fois. Les enfants dorment bien avec des bruits plaisants dans les oreilles. On va les voir, on leur caresse la tête, on les embrasse. Ils se sentent bien, en sécurité, aimés et toujours proches de nous.

La flûte est l’instrument portatif par excellence, uniquement surpassée par l’harmonica. Mais un harmonica chromatique, c’est compliqué à jouer à comparer à un harmonica diatonique ordinaire, tandis qu’une flûte traversière, c’est chromatique.

Je me spécialisais à accompagner des gratteux de guitare, des pianistes qui jouaient du populaire. Un guitariste peut utiliser un capot pour simplifier son jeu. Pas à la flûte où je devais jouer dans toutes les octaves. J’ai suivi des cours durant quelques années, mais je jouais surtout par oreille.

Jouer m’a permis de comprendre plein de subtilités et je n’ai plus jamais écouté de la musique de la même façon par la suite.

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Tentez de faire apprendre la musique à vos enfants. C’est un langage universel compris dans tous les pays et qui n’a aucune barrière générationnelle stricte autre que l’ouverture d’esprit. Ça leur apprendra également la persévérance et la modestie.

Essayez vous-même, il n’y a pas d’âge limite pour apprendre, seulement des pièces que vous ne parviendrez jamais à interpréter. Restez modeste et vous vous amuserez. Heureusement, il y a les slows. Puisque ça se joue lentement, vous les maitriserez rapidement et ça fait craquer tout le monde ! Plaisirs et succès assurés. Pour la suite, ça vous appartient.

Expression québécoise — 7

Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas confronté à un mot ou à une expression typiquement québécoise.

Pour cette septième particularité de la langue de chez nous (en vérité, ça en fait 8 à cause de la 1,5), voici le mot d’aujourd’hui: «tapocher».

Étymologiquement, il provient du mot «taper» et probablement de «taloche» puisque le verbe «talocher» existe (donner une taloche), mais son sens diffère du verbe «talocher».

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Je vous avise que les sens donnés au mot dans cet article proviennent de moi en tant qu’utilisateur. Je ne suis pas linguiste et je ne prétends pas que mes définitions sont valables.

Premier sens: taper maladroitement sur quelque chose ou quelqu’un.
Les enfants tapochent sur des tambours bien avant d’en jouer. Ils tapochent aussi leur petite sœur. Donc, on tapoche sur quelque chose, mais on tapoche quelqu’un. «
Arrête de tapocher ta sœur!»

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Tapocher sur un instrument de percussion s’exécute sans rythme et sans retenue, créant des sons bruyants et désagréables.

Une taloche existe, mais pas une tapoche, pas vraiment, enfin trop peu pour le considérer. Le nom commun est quasi absent, seul le verbe est régulièrement employé.

Si «talocher» est surtout utilisé dans le sens de donner une ou des claques, tapocher peut se faire avec la main ou le poing ou même le pied.

En l’analysant dans un sens plus large, tapocher peut également exprimer «donner une rossée», «rosser quelqu’un» surtout lorsqu’il est utilisé comme un euphémisme dans une phrase menaçante. «Si t’arrêtes pas, m’a te tapocher!». Ou encore entre deux adversaires qui s’affrontent dans un ring «regarde le favori tapocher l’aspirant», «il lui donne toute une raclée».

Cette même phrase est également considérée au sens figuré. Tapocher devient ainsi une façon d’exprimer la venue prochaine d’une volée de mots crus ou insultants ou des représailles.

Si Garrett n’avait pas fumé

La cigarette tue bien des gens et de façons très déplaisantes. Cancers du poumon, de la gorge, de la vessie, emphysème, maladies cardio-vasculaires, la cigarette raccourcit la durée de vie de ses adeptes de quatorze ans. De plus, les dernières années de vie d’un fumeur se passent souvent à l’hôpital ou au lit à la maison. Sa qualité de vie se détériore de façon notable après quelques années à s’adonner à cette pratique. On prévoit que ce petit rouleau blanc tuera un milliard d’individus au cours de ce siècle.

Les pays affichant les plus gros fumeurs ou le plus grand nombre de fumeurs ne sont pas ceux ayant le plus grand PIB, loin de là. Le tabagisme dépend beaucoup des efforts gouvernementaux mis de l’avant pour contrer ce fléau. Surtaxes, interdiction de la publicité et des commandites, disponibilité restreinte, interdiction dans des lieux publics et clos, campagnes de sensibilisation, information sur ses méfaits, etc. Les résultats concrets de toute cette batterie de moyens déployée pour contrer le tabagisme se font malheureusement sentir bien des années après leur mise en application. Toutefois, le tabac doit être absolument combattu par tous les moyens possibles.

Les fumeurs se plaignent souvent avec raison d’être victimes d’ostracisme. C’est peu cher pour s’arroger le droit de s’empoisonner, ainsi que tous ceux gravitant dans leur entourage. Leur vice nous coûtera la peau des fesses en soins de santé, coûts qui auraient pu être totalement évités. Il est également vrai qu’on s’en prend plus aux fumeurs qu’aux gros mangeurs, aux mangeurs de malbouffe ou aux adeptes de sports extrêmes qui, eux aussi, finiront par nous coûter des soins médicaux. Mais manger est une action essentielle à la vie et s’adonner à un ou à plusieurs sports est généralement un bon moyen de rester en santé, tandis que fumer est totalement inutile, parfaitement nuisible et entièrement évitable.

J’ai déjà eu une petite amie qui fumait, elle était avocate. Je lui ai dit que si son employeur l’obligeait à travailler dans le même environnement que celui qu’elle s’inflige en fumant, elle n’hésiterait pas une seule seconde pour lui coller le plus retentissant procès qui soit. Mon raisonnement l’a fait grandement réfléchir, sans toutefois mettre un terme à son tabagisme. Oui, la dépendance à la cigarette est épouvantable. J’ai fumé à l’adolescence, je le sais que trop bien. Je n’ai jamais oublié comment cette drogue nous asservit. Elle déploie un cortège de vachardises pour qu’on la reprenne en bouche.

La meilleure façon de cesser de fumer est évidemment de ne pas commencer. En tant que parents, nous avons un devoir d’éduquer notre marmaille. Convaincre nos enfants de ne jamais fumer s’avère un cadeau inestimable à leur faire. Heureusement, de nos jours, les informations sur le tabagisme et ses conséquences pullulent, tant sur le web qu’en pharmacie ou au cabinet du médecin. Mais le plus important est et restera toujours, bien entendu, de donner soi-même l’exemple.