Le paradoxe de la connaissance

La connaissance possède une particularité à la source d’un étrange paradoxe. Plus on accumule des connaissances, moins on semble en connaitre.

C’est pourquoi les gens bornés pensent avoir réponse à tout, car ils ne connaissent rien. Et c’est pourquoi les érudits ont tant de peine à donner une réponse à un problème, car ils voient trop de facettes, trop de paramètres absents de la question qui les empêchent de simplifier la chose. Ils savent pertinemment qu’il existe une multitude de bonnes réponses lorsque plusieurs paramètres sont tus. Choisir ceux qu’ils ne tiendront pas en compte les indispose au plus haut point. Ainsi, ils préfèrent répondre sur plusieurs fronts, laissant croire qu’ils se contredisent, qu’ils ne maitrisent pas leur sujet.

Pourtant, la vérité est exactement l’inverse. Celui trop sûr de lui ne connait probablement que l’abc de son sujet tandis que le savant n’ignore pas que tout est complexité et nuances.

Une erreur d’interprétation guette toute personne ignorant ce processus et cherchant conseils. Elle aura sitôt fait confiance au charlatan assuré et rassurant et elle se méfiera comme de la peste de celui qui est hésitant et qui parle de manière difficilement compréhensible.

Le paradoxe de la connaissance s’amplifie davantage lorsqu’on grimpe d’un niveau. Admettons que vous comprenez bien le processus que je viens de vous décrire et que vous décidiez de vous appuyer sur l’érudit indécis, une décision qui vous semble plus sensée que de vous fier à l’amateur ignare. Vous devez toutefois cesser de tenir compte du charisme des gens, souvent abondant chez les amateurs et désertique chez les pros.

Eh bien si vous allez dans cette direction, dites-vous que vous risquez de commettre une grossière bourde, car les meilleurs leaders, ceux qui parviennent à nous faire avancer plus vite et plus loin que les autres sont rarement les petits génies capables de jongler avec une multitude de paramètres, mais plutôt les amateurs forts en gueule et orientés dans une seule direction.

Tous les chemins de la connaissance s’avèrent complexes, ardus, ramifiés, tordus. Il n’existe plus aucun domaine où l’on pense tout connaitre. Toutes les disciplines se sont complexifiées au-delà de la capacité de maitrise d’un seul individu. Ainsi, aucun spécialiste, aucun expert, aucune sommité n’est un oracle en son domaine. Au mieux, il en connait plus que les autres, mais lui-même n’ignore pas que tant de choses lui restent obscures et non maitrisées!

Le spécialiste préférera se taire en laissant les moins bien informés parler à sa place. L’expert détestera vulgariser, car il comprendra qu’il s’approche du mensonge s’il pousse un peu trop loin la simplification de ses explications. La sommité ne se considére pas au-dessus des autres, ce sont les autres qui l’affublent de ce titre. Lui, préfère échanger avec ses pairs, car il les voit ainsi, sachant pertinemment que la bonne idée fleurira de manière impromptue, d’un collègue pas si réputé, d’une situation n’ayant parfois rien à voir avec les problèmes à résoudre.

La connaissance est un fardeau que peu de gens savent et peuvent porter. Pour les autres, elle devient un fléau capable de les noyer, de les brûler, de les anéantir, tellement elle exige d’eux. Et enfin pour ceux de qui elle est absente, ils ne s’en portent pas si mal, puisqu’ils sont incapables de juger sagement leurs actes. S’ils ont l’humilité, ils peuvent devenir d’excellents politiciens. Dans le cas contraire, si leur ego est surdimensionné, ils deviendront probablement des dictateurs fous.

Connaitre n’est pas source assurée de bonheur ni de malheur, mais je connais plus d’érudits malheureux et plus d’ignares joyeux que l’inverse.

«Oui, docteur, je n’ai pas oublié ma lobotomie jeudi prochain. J’y serai, sans fautes !»

Docimologie

Ce mot ne vous dit probablement rien et c’est presque normal. Inventé par le psychologue français Henri Piéron en 1922, il fut utilisé plus régulièrement au Québec depuis 1945 et ailleurs dans la francophonie depuis seulement 1960. Piéron fut le père de la psychologie expérimentale.

Le terme docimologie provient du grec dokimê signifiant « épreuve  ».  Sa définition exacte en psychologie est la science et la pratique du contrôle des connaissances, en bref la psychométrie. En dehors du champ de la psychologie et plus généralement, je lui associe le sens d’examen, de test, d’évaluation.

En gestion, l’évaluation représente le maillon faible, le parent pauvre de cette discipline. Pourtant, le contrôle clôt le cycle de toute bonne gestion. Et sans évaluation, point de contrôle. Je considère cette discipline comme étant la plus négligée de toutes puisqu’il n’existe pratiquement aucune formation adéquate permettant d’apprendre, de bien comprendre et de maitriser l’art de l’évaluation.

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Concernant l’évaluation d’une quelconque nature que ce soit, les histoires d’horreur pullulent. En fait, on peut même considérer qu’aujourd’hui, l’évaluation n’est qu’un moyen sophistiqué de fabrication de preuves pour soutenir des objectifs à inclure dans le prochain cycle de gestion.

Voici un exemple patent en gestion. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi l’externalisation, l’élimination de services internes remplacés par de la sous-traitance, est devenue si populaire dans les grandes entreprises ? Les états financiers étant l’outil de base de l’évaluation des entreprises, les ratios représentent un moyen rapide de les analyser. Les compétences et les performances du grand patron sont donc évaluées à partir des résultats obtenus en rapport avec l’amélioration de certains ratios sur lesquels le Conseil d’administration et lui se sont entendus. L’un de ces critères populaires de performance dans les C.A. est le ratio profit/nombre d’employés. Utiliser moins d’employés pour générer des profits comparables laisse sous-entendre une amélioration des performances de l’entreprise.

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Je vois que vous commencez à comprendre. En externalisant des services, on diminue grandement le nombre d’employés et même si les dépenses globales augmentent, car l’externalisation coûte presque toujours plus cher, le ratio profit/employés s’améliore. Ainsi, même si les performances globales de l’entreprise sont moins bonnes, les administrateurs se font convaincre du contraire. La conséquence est qu’ils récompensent un directeur qui leur a fait perdre plus d’argent en lui attribuant de plus gros bonis.

Dans l’exemple précédent, les administrateurs ne sont pas censés être des 2 de pique et pourtant ils avalent très facilement cette grosse couleuvre. Vous pouvez donc imaginer pourquoi les entreprises sont dans l’ensemble mal gérées. L’évaluation ne fait pas son travail parce qu’on ignore comment faire de l’évaluation. Et si l’évaluation est négligée, la gestion globale en souffre. Peu importe le domaine, peu importe l’entreprise, peu importe le service, l’évaluation n’est qu’un moyen d’arriver à des fins cachées prédéfinies.

Il en va de même avec l’évaluation des employés. Les chefs de service ne possèdent aucune compétence pour procéder à l’évaluation des gens sous leur gouverne. Et même s’ils reçoivent l’appui technique du service des ressources humaines, ce sont leurs idées préconçues qui finiront par se refléter dans la grille d’évaluation et les résultats subséquents, et ce sans égard à une objectivité réelle, car il en existera une qui en aura l’apparence.

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Dans une ancienne vie, j’ai développé un système d’évaluation de personnel œuvrant dans des domaines techniques. Dès le début, j’ai constaté la pauvreté, pour ne pas dire la nullité des méthodes existantes. Je me suis également buté à de grandes difficultés qui m’ont fait comprendre la complexité et l’ampleur de la tâche. Je suis toutefois parvenu à mettre un système sur pied qui permettait d’évaluer de façon rationnelle et objective divers aspects liés au travail du personnel technique.

Lorsque je pose un diagnostic peu encourageant sur la qualité des évaluations, lorsque je procède à l’évaluation des méthodes d’évaluation existantes, force est de constater qu’elles n’obtiennent absolument pas la note de passage. Pire, elles échouent totalement.

Voilà une des principales raisons, sinon la plus importante, pourquoi nous sommes gérés de manière incompétente. Si l’ignorance du problème pouvait en partie justifier votre désintérêt de la question, maintenant que vous le savez, vous ne verrez plus jamais votre évaluation faite par un tiers, quel qu’il soit, du même œil puisque son incompétence vous les crèvera tous les deux.

Votre pensée est marginale ? Lisez ceci

Il est tentant de lier les esprits marginaux à des esprits de contradiction. Ne sont-ils pas toujours en train de tout critiquer? De tout virer à l’envers? De transformer les plus sûres valeurs en défauts qui, selon eux, devraient être éradiqués?

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Pour ceux qui empruntent et se font transporter par le courant principal – mainstream en swahili – sans même nager, ce rapprochement facile leur est naturel. Habitués de ne pas se poser de questions sur la valeur de leurs propres agissements pourvu que la société ne les critique pas, ne les défende pas, ne les marginalise pas, ils appartiennent au clan des bons et ceux qui osent penser différemment se retrouvent automatiquement dans celui des mauvais.

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Les suiveurs ne pensent pas, ils laissent d’autres gens penser à leur place et ils adoptent d’emblée leurs opinions, du moins celles rendues publiques. C’est là où réside l’astuce de l’élite, des élus. Leurs opinions personnelles restent un secret bien gardé. Celles qu’ils publient, qu’ils laissent filtrer dans la sphère publique sont des instruments utilisés pour orienter le flux de pensées commun dans une seule direction.

Ce processus est aussi vieux que les élections. En soi, il regorge de qualités, mais également de défauts. Que tout le peuple marche d’un même pas s’avère un objectif essentiel pour générer et conserver la cohésion des actions. Que tous les gens avancent toujours à l’unisson deviendra une stratégie très néfaste, car une fois la cadence et la direction adoptées, la nation s’échouera sur n’importe quel obstacle sans même se douter des dangers environnants.

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C’est dans ce contexte où les vertus de la marginalité doivent entrer en ligne de compte. Comparons les marginaux à des vigies. Elles ne tiendront jamais la barre, elles ne commanderont jamais l’équipage, mais elles possèdent un pouvoir immense, celui de voir au loin et ainsi d’aider à éviter les naufrages.

Mais la tentation de les traiter d’oiseaux de malheur s’avère trop grande. On préfère ignorer leurs avertissements, on brouille leurs transmissions, on les dépouille de leurs jumelles, on cherche à les ramener au niveau du pont et parfois même on les enferme dans la cale, un bâillon dans la bouche et un bandeau sur les yeux sous celui bienveillant du capitaine, certainement plus heureux et fier de commander une bande de marionnettes qu’à éviter les échecs. Après tout, c’est lui qui est au pouvoir, pas ce foutu prétendant prétentieux croyant tout savoir de ce qu’on trouve au loin!

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Le marginal n’est pas une menace, sauf envers les aveugles idiots désireux par-dessus tout de s’en passer. Décidément, ça fait pas mal de gens au compteur.

Mais d’où vient le problème avec les marginaux? Pourquoi les personnes les détestent-elles tant?

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Le problème réside toujours aux deux mêmes endroits, dans l’usurpation et dans l’abus. Un marginal ne possède pas un titre régi par l’Ordre des professionnels en marginalité. Ainsi, ce rôle essentiel de vigie est laissé sans surveillance. Des tas de zigotos grimpent alors au grand mât afin d’occuper la minuscule plateforme. Dépourvus de tout instrument d’observation et d’analyse fiable, ils n’utilisent pas cette position pour mieux voir les alentours, mais plutôt pour mieux faire entendre leurs opinions, déjà toutes bien ficelées, sans égards aux réalités de la mer environnante, au plus grand nombre de gens possible.

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Ainsi, départager les vraies vigies des usurpateurs s’avère souvent une tâche délicate et difficile à accomplir avec justesse. La solution la plus simple consiste alors à entasser tous les prétendants à ce poste dans un coffre, à bien le lester avec du plomb et à le laisser couler au fond de l’océan. Puisque se fier à de fausses ou à de mauvaises vigies comporte autant de risques que de s’en passer, la stratégie commandée et utilisée par l’élite dirigeante revient à tous les dénigrer en bloc.

Et voici la preuve que cette élite peut également se montrer idiote, car il existe un moyen de résoudre ce dilemme des fausses vigies, mais elle entraine certaines contraintes essentielles qui sont généralement rejetées d’emblée par ignorance.trouver-electricien-web-solution.jpg

Pour trier le grain de l’ivraie, ça prend un tamis et une technique appropriés. Il faut passer au crible les assertions des marginaux afin d’en analyser la teneur et la valeur. Mais pour ce faire, l’élite doit vouloir y consacrer des ressources en temps et en matière grise, ce que très peu acceptent, imbues de leurs pouvoirs et convaincues de leur infaillibilité.

Et voilà comment les libres penseurs avant-gardistes visionnaires se retrouvent dans la même marmite que les gens munis d’un simple esprit de contradiction. Parce que ceux qui gouvernent ne prennent pas le temps et l’énergie nécessaires pour accomplir ce tri, préférant se passer de conseils avisés.

Voici le destin quasi certain de tous les marginaux, celui d’être comparés à des simplets illuminés criant bien trop souvent au loup. Ils seront ainsi traités en conséquence.

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Faire connaitre sa marginalité n’amène aucun confort, ne comporte aucun avantage et n’apportera aucune reconnaissance des élites au pouvoir. Bien au contraire, l’ostracisme attendra toute personne suffisamment inconsciente pour monter au grand mât afin d’exécuter minutieusement les tâches dévolues à une vigie dans la société. Car le peuple a décidé qu’il est trop compliqué de prendre quelques moyens simples et efficaces pour reconnaitre les vraies vigies des fausses.

Mais quels sont ces moyens simples dont je parle? Ce sont des analyses professionnelles réalisées en bonne et due forme. Préparer des questions pertinentes et les utiliser adéquatement. Analyser correctement les réponses et en tirer les conclusions qui s’imposent. Enfin et surtout, s’y fier afin de prendre les dispositions nécessaires. Mais plus personne ne se donne la peine d’apprendre ces techniques essentielles.

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Peu importe le sujet, son ignorance engendre presque toujours la même réaction. On considérera qu’il n’a donc aucun intérêt. Et voilà comment les nations préfèrent voguer sans vigies sur les flots agités et remplis d’écueils plutôt que se prémunir des dangers en recrutant des gens marginaux compétents afin de leur servir de vigie.

2449223399_1Un rôle de marginal vous tient-il toujours à cœur? Si oui, alors vous en avez, mais on fera tout pour vous l’écraser. Sachez-le.

 

Ma petite amie, c’est l’Univers

En physique des particules, en astrophysique et en cosmologie, lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, on lui affuble l’épithète noir ou sombre (dark, en anglais, ils sont plus économes de mots). Énergie sombre, matière noire, trou noir, manquerait-on d’imagination ? C’est très utile, on n’a rien à prouver pourvu qu’on qualifie toutes nos incompréhensions de l’un de ces deux termes, ou même des deux. Ça semble leur donner une existence, une réalité et ça nous permet de ne pas chercher plus loin. Entendre ici, de mettre en doute nos théories actuelles.

Bon, d’accord, je charrie un peu. Si on se trouvait en présence d’un trou noir, on verrait fort probablement une forme réellement noire mate. C’est son horizon des événements (enfin un terme en physique où les mots noir et sombre sont absents).

Actuellement en physique et en cosmologie, à l’instar du langage utilisé, nous vivons des moments sombres. Selon nos lois et connaissances observationnelles actuelles, plus de 95 % du contenu de l’Univers nous sont totalement inconnus. Aucune particule élémentaire faisant partie du bestiaire actuel ne peut expliquer comment il se fait que les étoiles des galaxies ne s’écartent pas les unes des autres, les galaxies tournant trop vite sur elles-mêmes pour préserver la cohésion de l’ensemble selon la loi de la gravitation d’Einstein (relativité générale).

Ensuite, on observe que l’Univers a entamé une phase d’expansion accélérée, ce qui aurait pour effet de le refroidir de plus en plus vite. Mais cet effet oblige la présence d’une énergie compensant la force gravitationnelle qui, elle, cause nécessairement une décélération de la vitesse des objets célestes. Mais rien de connu n’expliquerait cette fameuse énergie répulsive. Ouais, il y a bien l’énergie du vide, mais lorsque nos calculs engendrent une différence de l’ordre de 10 à l’exposant 120 (un nombre composé de 121 chiffres) par rapport aux observations, on peut dire qu’on ne comprend rien de rien à cette énergie répulsive sombre.

Si l’on fait le bilan, matières et énergies connues composent à peine 5 % de l’Univers observé. La matière noire ferait 27 % de son contenu total et l’énergie sombre, un joli 68 %. Ainsi, 95 % de notre Univers nous sont totalement incompréhensibles. Étrangement, 95%, c’est la valeur correspondant exactement au taux de mon incompréhension des pensées de ma petite amie. Tout est dans tout. C’est sûrement le côté fractal de l’Univers. Ça ne m’aide pas à mieux la comprendre, mais à tout le moins à mieux l’accepter puisqu’elle est l’image miniature de notre Univers tout entier.

Wow, dernière grande nouvelle, ma théorie concernant les similitudes fractales entre l’Univers et ma petite amie s’est confirmée. Depuis qu’elle a lu ce texte, son attitude s’est grandement refroidie, elle me démontre une sombre et puissante énergie répulsive et elle est d’une humeur noire massacrante. Alors, lorsqu’elle m’a posé la question à savoir si j’aime l’Univers tel qu’il est, soyez certain que je lui ai répondu OUI sans hésiter. Je sais maintenant pourquoi certains mystères de l’Univers resteront pour toujours et à jamais dans la zone d’ombre. Un gars pas fou, ça surveille ses intérêts personnels !

Du zéro, de la température et des chemins glacés… des prédictions

Zéro est un chiffre et un nombre. Une valeur nulle, mais zéro, ce n’est pas rien. Zéro est important, surtout lorsqu’il est situé dans un nombre composé de chiffres dont leur position relative leur confère une valeur différent du chiffre en soi. L’habitude d’écrire des nombres en base 10 est tellement ancrée qu’on en finit par oublier que dans le nombre 2847, le 4 vaut 40 et le 2 vaut 2 000, car les zéros ne valent pas rien.

Remarquez, le zéro n’apparait pas dans la suite des chiffres romains ? Même si leur base de calcul est également 10, le zéro est tout de même inexistant, et pour cause. À cette époque, les nombres servaient seulement… à compter. Ils comptaient des jours, des soldats, des sesterces, des acres, bref des choses comptabilisables. Lorsqu’ils n’avaient rien à compter, ils ne comptaient pas. Ainsi, puisque le zéro n’avait aucune utilité pratique, les Romains n’ont pas vu l’intérêt de donner une réalité à ce chiffre plutôt particulier.

La valeur zéro revêt une signification bien étonnante lorsqu’on l’utilise pour évaluer une température. Longtemps l’humain s’est demandé ce qu’était vraiment la température. Sachant même la mesurer, il ignorait toutefois ce qu’il mesurait exactement. Puis la température s’est progressivement laissé saisir. Aujourd’hui, on sait exactement ce qu’on mesure lorsqu’on plonge un thermomètre dans un milieu quelconque. On mesure l’agitation des atomes ou des molécules de ce milieu. Plus ils sont mobiles, plus la température est élevée. En revanche, plus ils sont figés, plus on se rapproche du zéro de température. Pas le zéro degré Celsius, mais le zéro kelvin, également appelé le zéro absolu. À zéro kelvin, les briques élémentaires de notre monde ont cessé de s’agiter. Cette température valant -273,15 °C, le zéro kelvin est une limite improbable à atteindre à cause des lois quantiques. Aujourd’hui, le record de froid atteint lors d’expérimentations scientifiques très sophistiquées est 450 pK (picokelvin) ou 0,000 000 000 450 kelvin.

L’unité de température kelvin a été donnée en l’honneur de William Thomson, Lord Kelvin qui en élabora le principe. Pour ceux dont ce physicien reste méconnu, il était l’une des plus importantes figures scientifiques de la fin du XIXe siècle, principalement en thermodynamique. Lors d’un exposé à la Royal Institution de Londres en 1900, il déclara qu’à part deux petits nuages, la physique arrivait au bout de son parcours. Ces deux nuages devinrent quelques années plus tard la physique relativiste et la physique quantique, les deux pans fondamentaux de la physique actuelle. Comme quoi, on a beau avoir inventé le zéro absolu, il est fort possible d’obtenir une note de zéro lorsqu’on s’attaque à faire des prédictions, même dans son propre champ d’expertise, y compris pour le plus grand spécialiste de son domaine.

Nous devons à tout prix garder une attitude suspicieuse lorsqu’une sommité veut nous éblouir avec des prédictions basées sur des faits et des calculs indéniables. Malgré que ces huiles puissent être admirables, ils deviennent faillibles comme nous tous lorsque, imbus, les impudents s’aventurent imprudemment sur les chemins glacés des prédictions.

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Des canots, une ile, du vent, une nuit

Le lac Ouareau dans Lanaudière. Un plan d’eau de 15 km2 enclavé entre plusieurs montagnes. Son nom voudrait dire « vents tournants » en amérindien. J’ignore si l’origine de son appellation est véridique, mais le vent n’a pas usurpé ce qualificatif. Difficile d’y pratiquer des activités nautiques, surtout lorsque le grain survient sans avertissement.

Le lac est suffisamment vaste et profond pour soulever des vagues de plus de deux mètres lorsque l’air s’engouffre entre les montagnes dans le sens de sa longueur. Il suffit alors de quelques bourrasques pour coucher n’importe quelle embarcation menée par des gens moyennement expérimentés, ce qui est généralement le cas sur ce type de plan d’eau situé en zone de villégiature. Ayant vécu plusieurs années sur ses berges, j’ai quelques anecdotes à raconter. En voici une.

À l’ouest du lac s’élève le mont La Réserve. Le soleil s’y couche et lorsqu’on est à l’ombre de ce massif rocheux, pour mieux admirer le crépuscule, il est préférable de se déplacer. Le centre du lac est un excellent endroit et justement il s’adonne qu’une ile s’y trouve. Ainsi, j’amenais occasionnellement des vacanciers sur cette ile après le repas du soir pour admirer le coucher du soleil et terminer la journée autour d’un feu de camp avant de revenir à l’auberge ou de passer la nuit à la belle étoile, selon le désir de chacun. Un soir, la météo a voulu décider pour nous. Alors que nous étions tous occupés à chanter des airs autour du feu de camp, le vent s’est mis à croitre et le bruit qu’il faisait dans la cime des arbres, pour moi, annonçait l’état du plan d’eau. Je connais suffisamment le lac et ses vents pour savoir que celui-ci ne tomberait pas avant plusieurs heures. J’annonce donc aux gens que le retour en canot est compromis et que, par précaution, nous devrons tous rester sur l’ile pour la nuit. Sur la vingtaine de personnes, une dizaine avaient apporté leur sac de couchage tandis que le reste avait planifié retourner à l’auberge.

Dire à des adultes qu’ils doivent changer leur projet, il y aura toujours un individu dans un groupe qui voudra s’en tenir à son plan d’origine, peu importe le contexte, et c’est exactement ce qui arriva. Un gars plus décidé que les autres cherchait un coéquipier pour retourner à l’auberge. Malgré des apparences pas totalement défavorables lorsqu’on était sur la plage, je savais pertinemment que ce n’était qu’apparences et qu’au large, le vent soulevait de fortes vagues. Mais pour certaines personnes, ce qui est hors de leur champ de vision devient hors du champ de la réalité. J’anticipais réellement une catastrophe, car personne parmi les vacanciers n’avait suffisamment d’expérience pour affronter cette météo. Et la volonté du protestataire semblait inébranlable malgré ma description plutôt précise de ce qui l’attendait. De plus, il cherchait à entrainer une autre personne dans son aventure puisqu’il était au moins conscient qu’il ne pouvait pas manœuvrer seul l’embarcation. Mais était-ce mieux ? Il ne me laissait donc pas le choix. Le raisonner par une description par anticipation s’avérait impossible, je devais lui démontrer clairement ce qu’il refusait de croire.

Chez certains individus, moins ils ont de l’expérience dans un domaine et plus ils refusent les conseils de gens plus expérimentés. Ce sont ceux-là mêmes qu’on récupère en morceaux, ou ballonnant à la surface de l’eau quelques jours plus tard. Mais malgré le caractère provocateur et suffisant de ce personnage, je n’avais aucunement intention de le laisser se donner en pâture aux brochets. J’ai donc décidé d’utiliser son entêtement pour servir ma cause, mais pour ce faire je devais d’abord remporter un pari. Je me suis proposé d’être son coéquipier pour faire un essai d’une centaine de mètres sur le lac. Au retour, s’il considère la traversée suffisamment sûre, il en informera le groupe. Dans le cas contraire, nous resterons tous ici en nous débrouillant pour passer la nuit avec les sacs de couchage, les canots, les gilets de sauvetage et les serviettes de plage que nous possédions. Le marché fut accepté pourvu qu’il me laisse la gouverne à l’arrière du canot. Il accepta, sachant bien qu’il n’avait aucune expérience pour diriger l’embarcation par temps fort.

La nuit était d’un noir d’encre puisque les lourds nuages qui occasionnaient ces rafales obscurcissaient également tout le ciel. Alors une fois que nous nous fûmes éloignés des lueurs de notre feu, la réalité s’est soudainement abattue sur lui comme une chape de plomb. Des vagues de plus en plus impressionnantes se mirent à assaillir notre frêle embarcation, et pourtant je savais que nous étions encore loin d’avoir rencontré les plus grosses qui sévissaient un peu plus au large. Même en plein jour, ce n’aurait pas été un temps pour mettre les canots à l’eau, mais la noirceur dissimule bien les vils desseins du temps en laissant entrevoir un degré de félonie beaucoup moins important que la réalité. C’est ce qu’a finalement compris mon partenaire canotier qui a pu ressentir ce que je décrivais précédemment, soit le fait de se retrouver seul, en totale noirceur, dans une minuscule embarcation instable sur un vaste plan d’eau composé de furieuses vagues invisibles qui frappent la proue sans relâche et causent tangage, roulis et lacet, tout en éclaboussant à répétition le malheureux avironneur amateur en perte de confiance et de ses moyens.

Lorsque je l’ai vu tenir son aviron au-dessus de sa tête en signe d’impuissance, j’ai alors saisi l’occasion pour lui demander si on continuait ou si on faisait demi-tour. Je connaissais d’avance sa réponse puisque ce geste dénotait un état proche de la panique. De retour parmi le groupe, il fut mon meilleur ambassadeur pour convaincre tous les indécis de rester bien sagement sur l’ile.

Les gens se sont partagé les commodités pour le plaisir de certains tourtereaux et la résignation des autres. Quant à moi, je me suis couché sur la plage à l’abri du vent sous un canot pour m’assurer qu’aucun ne disparaisse durant la nuit. Le lendemain matin, je suis parti tôt chercher le déjeuner à l’auberge pour la gang de dormeurs à la belle étoile. Le vent s’étant calmé, tout le monde a pu ensuite regagner l’auberge à la clarté et en toute sécurité, y compris le protestataire qui était tout sourire.

Dans ce type d’aventure, on peut croire que les adultes sont responsables, à tout le moins d’eux mêmes, mais c’est faux. Avec des enfants, il existe une relation naturelle d’autorité  alors qu’avec certains adultes, toute irritation peut devenir sujet de conflit, même s’ils se savent incompétents pour juger d’une situation. Fierté mal placée ? Répulsion naturelle face à une quelconque forme d’autorité ? Ou quoi d’autre ? Protéger des personnes adultes contre elles-mêmes alors qu’elles sont en possession de leurs moyens, c’est le genre de situation qui prend au dépourvu. C’est d’autant plus vrai lorsque le danger semble évident à appréhender.

Dans chaque histoire qui se termine bien, il existe souvent un secret. Celle-ci ne fait pas exception. En canot durant une tempête, la position à l’arrière est plus technique, mais le coéquipier à l’avant endure les pires conditions. Il est ballotté en tous sens et se fait passablement arroser. J’ai misé sur ce fait et cela a fonctionné. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas un temps à laisser un canot partir sur l’eau. Alors, quand le destin nous joue des tours, il ne faut pas hésiter à lui en jouer nous aussi.

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Nibiru, une (autre) fin du monde annoncée !

On a eu la paix durant presque cinq ans et ça recommence ! Une nouvelle fin du monde a fait son apparition. Et j’en serais offusqué ? Je viens tout de même de publier un livre comptant trente textes qui racontent des fins du monde, c’est pas rien ! Scénarios de fins du monde-1 (SFM-1), en vente ici. Donc, oui, moi, un gars qui s’y connait en fins du monde, je serais exacerbé par une nouvelle annonce en la matière ? Serait-ce de la jalousie ? Explique ça à ta psy mon Mathis !

J’aime bien ma psy, mais elle ignore tout de la mécanique céleste et vous verrez qu’elle n’est pas la seule de son espèce. Je vais plutôt vous faire part de mes raisons ici et maintenant. Ce n’est pas l’annonce d’une nouvelle catastrophe planétaire qui fait repousser mes amygdales. Non, c’est la cause. Ah, et puis non, ce n’est pas vraiment la cause, c’est la façon dont les apôtres de cette hypothétique prochaine catastrophe s’y prennent pour nous l’enfoncer de travers dans le culot. Oui, car grâce à une poignée de gentils internautes ayant la meilleure acuité visuelle de l’Univers, nous pourrons nous préparer sereinement à crever dans d’horribles souffrances durant le mois d’octobre prochain lorsque la planète Nibiru viendra nous percuter ou jouer aux quilles dans notre banlieue cosmique immédiate. Et si personne n’en parle, à part eux bien sûr, c’est qu’il y a un mur du silence érigé par les riches qui, évidemment, se sauveront (bande de lâches) pour nous laisser négocier seuls avec l’Enfer de Dante ou son successeur.

Si vous n’en avez pas encore entendu parler, le prochain SFM mettrait en vedette la planète Nibiru. Oui, la supposée planète X maintenant reléguée au rang IX puisque Pluton n’est plus classée dans cette catégorie d’objets spatiaux. Y a de quoi en perdre des bouts. Le bordel est pris dans la ménagerie cosmique. Le temps est donc idéal pour certains internonotes de reprendre à leur compte de vieilles légendes pour les faire macérer en sauce deumildisset.

Le plus drôle, ou le plus triste, selon notre humeur ou notre empathie pour les désœuvrés, c’est de voir la façon dont ils mêlent planète, étoile, lune, comète et même galaxie. Vénus devient Nibiru. Le Soleil devient Nibiru. La Lune devient Nibiru. Quand ce n’est pas Andromède, Jupiter ou un lampadaire. Nibiru est censée être maintenant visible à l’œil nu puisque eux la voient très bien, mais aucun astronome ne peut le confirmer malgré leurs compétences et les centaines de télescopes terrestres et spatiaux. De grâce, cessez de fumer vos poils de barbe ! Nibiru n’est qu’une monumentale façon d’attirer notre attention et certaines sommes d’argent associées, une fois encore.

Et pourtant, il existe malgré tout une partie sérieuse à cette histoire, ce sont les légendes. Il ne faut jamais oublier qu’elles sont la mémoire de la préhistoire. Lorsque l’humain a su enfin écrire, il les a consignées sur différents médias, dont l’argile, la pierre, le vélin, le papyrus, etc. Mais avant, lors de la préhistoire, les légendes se sont transmises de bouche à oreille durant des millénaires. Il faut donc les respecter et surtout éviter de s’en moquer.

Dans l’astrologie et le panthéon babyloniens, Nibiru pourrait représenter autre chose qu’un simple dieu. Les dieux des légendes seraient aussi des astres et Nibiru une planète. Une planète ayant un aphélie plus grand que celui de Pluton, qui viendrait frôler le Soleil une fois seulement tous les 3 600 ans, plus ou moins. D’autres parlent de vingt-mille ans. Normal de tergiverser sur ce chiffre pour une planète inconnue.

À cette occasion, elle mènerait le bordel dans la ceinture d’astéroïdes et la ceinture de Kuiper, faisant décrocher de leur orbite des cailloux gros comme des montagnes qui viendraient s’écraser ici ou ailleurs. Ce scénario est parfaitement plausible et certains astronomes envisagent de plus en plus sérieusement cette éventualité pour expliquer des phénomènes inexpliqués et difficilement explicables par la mécanique céleste actuelle. Mais bon, oubliez octobre 2017 comme date de la fin du monde. Si Nibiru est bien réelle, elle se situerait présentement au-delà de Pluton et n’arriverait en ville que dans quelques millénaires. Nous ne l’avons pas encore détectée et elle ne viendra pas nous tomber sur le crâne en sortant de nulle part du jour au lendemain. Nous ne la verrons pas de la grosseur du Soleil un jour, pour être ensuite invisible le lendemain, puis de nouveau grosse comme la Lune le surlendemain pour réapparaitre au gré des éclairs de génie des conspirationnistes qui sont les seuls à être capables de la voir partout, toujours et surtout à l’œil nu.

Ainsi, je dis à tous ces Nibiruphiles, peut-être avez-vous raison lorsque vous conjecturez l’existence d’une planète encore inconnue, mais de grâce cessez d’apporter la preuve de sa présence par des explications totalement farfelues. Vous offensez nos aïeux, vous discréditez votre hypothèse et la seule preuve sérieuse que vous apportez est celle de l’ampleur de votre ignorance. Et tant qu’à aimer entendre parler de fins du monde, allez lire les miennes. Ce sont peut-être des histoires inventées pour la plupart, mais elles sont bien plus divertissantes et pour le même prix, elles font même réfléchir. Car les fins du monde, c’est comme les armes à feu, c’est trop sérieux et surtout trop dangereux pour les laisser entre les mains de n’importe quel Ostrogoth.

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