Vieux, solide et trempe.

Dans un article antérieur, j’abordais le sujet du Bouclier canadien et du fait que le Québec fait presque totalement partie de ce dernier. Sur la carte, le Bouclier est dessiné en rouge, rose et ocre. Par contre, puisque la population est principalement située au sud du fleuve Saint-Laurent et que cette région fait plutôt partie des Appalaches, le Bouclier reste méconnu de la plupart de mes compatriotes.

Près des villes de Montréal et de Québec, les rivières drainent un vaste territoire. Presque toutes ont un bassin hydrographique important et coulent dans une dépression de terrain causée par l’érosion séculaire des berges meubles.

Pour rajouter une difficulté supplémentaire à la reconnaissance de ce qu’est le Bouclier, les rives nord et sud du fleuve Saint-Laurent ont été submergées durant plusieurs siècles par les eaux de l’ancienne mer de Champlain. Avec le retrait de cette mer lors du rebond post-glaciaire, les rives du fleuve sont devenues de riches terres agricoles et recouvrent les roches du Bouclier dans la partie amont.

Pour bien voir le Bouclier, il faut rester sur la rive nord et suivre la route 138 en est au-delà de la rivière Saguenay, un important affluent du fleuve Saint-Laurent. Le Bouclier commence alors à apparaitre dans toute sa solidité.

La route 138 traverse un nombre impressionnant de rivières. Mais comment se fait-il qu’autant de cours d’eau existent en aval du fleuve ? Ils sont larges, mais pour la plupart peu profonds. Là où ils coulent, on note l’absence de dépression de terrain. Les rivières semblent ne causer aucune érosion. Et voilà. Ici, la terre arable est quasiment absente. L’eau n’imprègne pas le sol, elle coule à la surface de la roche puisqu’il n’y a que de la roche. Les mousses et des petits buissons s’accrochent à la roche-mère, mais à part ça, le fond n’est qu’un immense bloc homogène de roc solide et affleure partout.

Le Bouclier canadien a une autre particularité. Puisque l’eau de pluie demeure en surface, le nombre de mares et de lacs est absolument phénoménal. Chaque petite dépression dans la roche retient entièrement l’eau de pluie. Il s’ensuit que nous sommes absolument incapables de compter exactement le nombre de lacs contenus sur le territoire. Est-ce 800 000, 1 million, 1,2 million ? Tout dépend de la surface minimale définissant un lac. Il faut survoler l’immense territoire vierge pour le comprendre. La dentelle de roc et son complément, la broderie de lacs, mares, ruisseaux et rivières se disputent pour savoir laquelle couvrira plus de surface que l’autre.

Malgré la pauvreté et la rareté des sols à cet endroit, malgré la rigueur des hivers, certaines plantes réussissent à proliférer, dont le thé du Labrador et la chicoutai, une baie bien courageuse. Mais les mousses, lichens, sphaignes, et arbres rabougris représentent la majorité de la flore locale. Le Bouclier mène la vie dure aux incrustations végétales.

Dernièrement, des géologues ont identifié les plus vieilles roches sur Terre dans le Nord québécois. Elles ont 4,3 milliards d’années sur un maximum de 4 432 milliards d’années. Le Québec est l’endroit le plus vieux et le plus solide de la Planète. On l’oublie, on n’y pense même pas, puisque sans séismes ni volcans pour nous le rappeler, ce pays de lacs et de rivières sait rester discret.

Le Déluge – Noé et son Arche

Les Anciens racontaient des légendes aux gens de leur peuple lors de moments privilégiés. Un soir d’été. Un soir où la Lune était pleine. Un soir où la fraicheur exigeait d’allumer un feu. Un soir où on gardait certains jeunes éveillés afin qu’ils entendent pour la première fois le partiarche raconter des histoires venues d’un autre Âge.

La légende du Déluge se transmet oralement depuis la nuit des temps, bien avant l’invention de l’écriture. Cette légende comprend des faits. Le Déluge lui-même n’est pas une invention puisqu’il a réellement été vécu et subi par des gens en chair et en os. Les rescapés l’ont raconté. En contrepartie, la cause de ce dernier était loin d’être connue.

Mais raconter une histoire, aussi vraie puisse-t-elle être au niveau de ses effets, ne peut se raconter sans parler de ses causes et de ses raisons. Toutefois, celles-ci sont totalement inconnues. Un cataclysme universel est survenu et personne ne sait ni comment, ni pourquoi.

Le patricarche narrateur comprend qu’il n’a pas le droit de laisser des blancs dans son histoire, elle semblerait beaucoup moins crédible. De plus, il est censé en être le gardien. Quel gardien laisserait s’échapper autant d’informations importantes, voire essentielles ? Il n’a d’autre choix que de donner des causes et des raisons en plongeant dans le folklore, la mythologie et la théogonie de son peuple. Pour certains, une punition est infligée par un Dieu pour absoudre leurs péchés. Pour d’autres, ce sont des forces titanesques qui s’affrontent et les humains en sont des victimes collatérales. Pour d’autres encore, il s’agit de dieux mal intentionnés, acariâtres ou vengeurs. Chaque tribu perpétue ainsi un savoir basé sur des faits réels. Quant aux vraies causes et aux possibles raisons de cet événement unique en son genre, elles sont inventées par ignorance et par obligation afin de répondre à des questions légitimes qui ne peuvent en aucune façon êtres laissées sans réponses valables.

Dans le mythe de Noé, un dieu tue les humains, car ils avaient tous péché.  Il fallait toutefois expliquer pourquoi il reste toujours des humains sur Terre. Ainsi, la présence d’une famille d’humains plus vertueuse que les autres devenait nécessaire pour expliquer le repeuplement survenu plus tard. Et puisque cette histoire avait bien fonctionné avec Adam et Ève, il suffisait de la reprendre en changeant quelques paramètres.

D’autre part, il fallait également expliquer la présence des animaux. Sauver une famille d’humains de la noyade explique leur repeuplement, mais comment expliquer celle des animaux qui auraient dû tous périr noyés jusqu’au dernier ? Puisque Noé avait besoin d’un bateau pour flotter sur les eaux montantes, ce même bateau aurait pu servir à sauver des animaux de la noyade. Ainsi, Noé passa de vigneron à armateur et ensuite à gardien de zoo. De cette façon, le Déluge, ses causes et ses effets étaient tous décrits, expliqués et justifiés par un récit complet, compréhensible et respectueux des autres enseignements, tel que le devoir de bonne conduite.

Dans un contexte où les causes du Déluge ne pouvaient absolument pas être connues, il faut applaudir la façon dont nos ancêtres l’ont expliqué. Le récit est tellement bien ficelé que plusieurs continuent encore à y croire dans sa totalité et ce, après plus de cent siècles. En plaçant le Déluge dans son contexte et à son époque, en le vivant par procuration, si je puis dire, on peut comprendre comment le récit du Déluge et le mythe de Noé ont fini par ne former qu’une seule histoire. Le récit fournit l’événement bien réel. Le mythe fournit une cause plausible. Le dieu vengeur explique la raison du Déluge. Noé et sa famille expliquent le repeuplement humain survenu après l’éradication des autres humains. L’Arche donne le moyen d’évasion de Noé ainsi que celui des animaux embarqués par couples sur la même arche afin, eux aussi, de repeupler la Terre.

Il reste à expliquer comment Noé a su avant le Déluge qu’il fallait s’y préparer. Le même dieu qui fera survenir le cataclysme avise Noé de ses intentions. Il ne pouvait en être autrement. AInsi, toutes les questions obtiennent leur réponse.

Nous savons aujourd’hui que bien des humains et des animaux ont survécu à la grande flotte sans avoir eu recours à une Arche archibondée. La Terre a connu 5 extinctions de masse. Le Déluge ne compte même pas dans ce chiffre. Par contre, c’était la première fois que l’humain avait conscience d’une catastrophe d’une ampleur aussi subite et apparemment sans limites. Disons merci à Noé, à Gilgamesh et à beaucoup d’autres personnages d’avoir véhiculé cet événement sur autant de générations. Grâce à eux, le Déluge reste encore présent dans l’imaginaire des humains. Par contre, dans une légende, il faut savoir séparer les faits des mythes.

Ainsi, ceux qui cherchent l’Arche sur les pentes du mont Ararat perdent leur temps. Ils ignorent la façon dont les légendes se construisent, évoluent et sont transmises. Ceci dit, retrouver les restes d’un navire sur les pentes du mont Ararat et datant de cette époque n’aurait rien d’exceptionnel. Combien de barques et de navires se sont échoués un peu partout sur la planète lors de ce cataclysme ? Si nous les retrouvions tous, nous aurions alors des milliers d’Arches potentielles et le problème inverse. Celui de trouver la vraie. Je souhaite donc à tous ces enthousiastes beaucoup de… d’enthousiasme.

Photo: Wikipedia 

Le Déluge – réalité ou fiction ?

On ne peut pas douter de la véracité du Déluge. Trop de peuples de l’Antiquité répartis sur toute la planète le décrivent et il représente certainement l’un des premiers mythes persistants de l’humanité. Considérer que ce n’est qu’une histoire inventée de toute pièce n’est pas sérieux. Les légendes de ce genre existent justement pour que les générations futures sachent ce qui est survenu et le transmettent à leur tour. Elles ont parfaitement fait leur boulot. Ce serait injurier nos ancêtres que d’en douter. Évidemment, les allégories entourant l’événement diffèrent d’un peuple à l’autre puisqu’elles avaient pour but de rendre le récit intéressant en plus de faire la leçon. Cependant, nous ne devons jamais douter des fondements de cette histoire. Par contre, les inondations suivant un simple orage ou même un ouragan ont toujours existé. Ce n’était certainement pas sujet à en faire un mythe de la classe du Déluge. Il a donc fallu que ce Déluge soit une inondation vraiment exceptionnelle.

Dans certains mythes, il est question de pluies incessantes causant un déluge exceptionnel. Dans l’histoire de Noé, il est question de pluie durant 40 jours et 40 nuits. Dans d’autres récits, on parle plutôt de 6 à 7 journées entières, ce qui est plus réaliste du point de vue climatique, mais cela n’aurait sûrement pas créé un déluge planétaire.

J’explique les 40 jours de pluie ininterrompue de la façon suivante. La seule cause connue des inondations survenant à cette époque était des pluies torrentielles. Mais aucune inondation connue n’avait eu l’ampleur du Déluge. Il fallait donc que des pluies exceptionnelles quasiment inimaginables aient eu lieu quelque part, et pas nécessairement au même endroit où ce Déluge survint. Quarante est un ombre récurrent dans les écritures bibliques. À chaque fois, il représente un nombre immense et il faut le comprendre ainsi, pas littéralement, mais littérairement. L’ampleur du Déluge n’aurait pas pu survenir s’il avait plu seulement quelques jours. Ce Déluge démentiel exigeait une cause tout aussi démentielle et 40 jours de pluie ininterrompue correspondaient à une cause insensée, mais encore probable et compréhensible par le commun des mortels de l’époque.

Et si le Déluge était survenu sans qu’il pleuve des cordes durant une éternité ? Un tel scénario existe bel et bien. Un scénario scientifiquement réaliste. Une histoire avant l’Histoire. Une histoire qui, aujourd’hui, permet de réécrire de la bonne façon en conservant la résultante, mais en révisant la raison pour laquelle il survint. La cause réelle du Déluge ne pouvait pas être connue des peuples de l’époque puisqu’elle survint à des milliers de kilomètres de leurs positions géographiques. Alors, où et comment le Déluge s’est-il concrétisé ? Lire la suite.

Aiguebelle – le fond océanique

On s’étonne toujours de trouver des fossiles de coquillages à des altitudes élevées. On oublie souvent que les continents terrestres ont connu plusieurs périodes géologiques différentes comprenant des collisions titanesques et de formidables écartèlements pour ensuite s’agglomérer de nouveau dans des configurations différentes des centaines de millions d’années plus tard et puis tout recommencer.

À chaque période, des océans s’ouvrent ou disparaissent. De ces collisions entre les continents naissent des chaines de montagnes comme l’Himalaya et les Alpes aujourd’hui. Ces deux chaines de montagnes furent d’anciens fonds océaniques. Il est donc normal d’y trouver des preuves d’anciennes faunes sous-marines à des milliers de mètres d’altitude.

Dans un affleurement rocheux du parc Aiguebelle, on peut voir les restes d’une ancienne séparation continentale. C’est le même phénomène qui, actuellement, écartèle les continents européen et africain des continents américains à partir de la dorsale médio-atlantique. Cette ligne volcanique laisse échapper de la lave en fusion qui se solidifie assez rapidement au contact de l’eau. Le lit océanique se constitue ainsi en repoussant le lit océanique plus ancien vers l’ouest et l’est. En se solidifiant, cette lave adopte une forme caractéristique de bulles qui se chevauchent en repoussant vers le haut les bulles tout juste plus anciennes et pas encore totalement solidifiées (dessin).

Au parc Aiguebelle, la fracturation d’un rocher par le gel a permis de découvrir la façon dont il s’était formé plusieurs centaines de millions d’années auparavant. C’était la lave d’un volcan et les formes caractéristiques prouvent qu’au moment de sa formation, il était submergé au fond d’une ancienne mer aujourd’hui totalement disparue.

Aujourd’hui, il n’existe aucun volcan dans l’est de l’Amérique du Nord. Au Québec, nous vivons sur un roc très stable et très vieux, le Bouclier canadien. Vieux comment ? Lire dans le prochain article.

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Les plus vieilles roches sur Terre

L’Univers existe depuis 13,8 milliards d’années. Le système solaire s’est formé à partir de résidus d’anciennes étoiles ayant antérieurement explosé en supernovæ. Le processus d’agglutinement à la base de la formation du Soleil se serait enclenché voilà 4,567 milliards d’années. La formation de la Terre et des autres planètes du système solaire aurait suivi de près voilà 4,543 milliards d’années.

Nos continents ne se sont pas tous formés à la même époque. Ils résultent du renfoncement vers le centre des éléments les plus lourds, laissant à la surface des éléments plus légers qui flottent donc à la surface d’un manteau semi-liquide qu’on nomme magma. Mais les premières croûtes ont pratiquement toutes disparues dans le manteau terrestre.

Toutefois, une partie des vieux cratons a pu s’intégrer aux croûtes plus nouvelles et qui datent d’environ 2,7 milliards d’années. Par des analyses isotopiques d’éléments radioactifs, il est possible de dénicher les résidus des croûtes originelles. Certains endroits se disputent cette palme dont en Australie, en Afrique du Sud et au Canada et plus particulièrement au Québec.

Mis à part une bande rocheuse au sud du fleuve Saint-Laurent qui fait partie des Appalaches, presque tout le reste du territoire québécois est compris dans le Bouclier canadien, un roc dur, stable et très ancien. Plusieurs périodes glaciaires ont mis la roche-mère à nue. Il est donc possible de trouver des roches extrêmement vieilles dans lesquelles se trouvent des roches encore plus vieilles sans devoir creuser. Et c’est ce que certains chercheurs ont découvert dans l’extrême nord du Québec. Un affleurement rocheux datant de 4,3 milliards d’années qui serait un ancien fond océanique.

Photo : Rick Carlson

Aiguebelle – un ours et une perdrix

J’étais au parc Aiguebelle, c’était au début de l’automne. Cette année-là, le printemps fut très chaud et sec, occasionnant la perte de bon nombre de fleurs sauvages à l’origine de petits fruits dont celles du bleuet. À l’automne, les ours noirs qui peuplent la région sentent l’urgence d’accumuler de la graisse en prévision de la prochaine hibernation. Une partie de leur alimentation se compose de baies, dont le bleuet qui est normalement très abondant à cette période. Mais cette année-là, c’était tout le contraire, les bosquets étaient vides.

Je faisais le tour d’un lac et j’étais sur le trajet de retour quand je décide de m’éloigner du sentier afin d’aller voir la petite mare qui se trouve exactement sur le tracé abitibi (voir l’article précédent en cliquant ici). Pour ce faire, je dois traverser un immense champ de… bleuets. Wow ! Ce champ a miraculeusement échappé à la sécheresse, les bosquets croulent sous le poids des fruits.

J’additionne bleuets plus rareté égalent ours affamé. Je n’ai qu’à poursuivre mon chemin plutôt que de bifurquer, mais j’observe les environs d’un œil scrutateur. Bon, rien en vue, mais je sais qu’il peut s’être caché s’il m’a entendu approcher. Je reste donc immobile et j’attends. Toujours rien. Je décide alors de m’éloigner du sentier pour aller voir la fameuse petite mare du tracé abitibi.

Dans environ trois-cents mètres, j’atteindrai le point d’eau. Toujours aux aguets, j’avance en chantant pour éviter de surprendre un ours, ou pire, un ourson. De fait, quand un ourson est surpris, il appelle sa maman qui, habituellement, n’est pas du tout contente qu’on fasse peur à son rejeton. Heureusement, le champ semble désert, mais j’y crois à peine puisque c’est le seul endroit où j’ai vu des bleuets bien mûrs à des kilomètres à la ronde. Leur odeur ne peut pas avoir échappé à un ours dans les parages.

J’aperçois le point d’eau, ma destination. J’en oublie pour une seconde le danger potentiel quand tout à coup, quelque chose heurte l’arrière de ma tête. Immédiatement, j’appréhende la patte d’une ourse frôlant ma casquette. Je fige pour la rassurer sur mon intention de ne pas aller plus loin, au cas où je me dirigerais vers son ourson. Je m’apprête à me coucher par terre, n’ayant aucun moyen de la semer sur ce plat terrain.

Mon sang n’avait pas encore fini de refluer que j’aperçois un oiseau voler très bas juste au-dessus de moi. Je résous alors le mystère de ce contact derrière ma tête. Une perdrix. Effectivement, elle atterrit en catastrophe à trois mètres devant moi en trainant une aile blessée. Je connais cette stratégie. Elle consiste à me faire croire qu’elle s’est blessée lorsqu’elle m’a touché la tête, alors qu’elle m’attire simplement loin de son nid. Je me laisse aller à son jeu pendant quelques instants en la suivant. Sa technique est parfaite, on jurerait qu’elle a réellement une aile brisée. Finalement, je me retourne vivement en direction opposée. La maman oiseau décolle en trombe pour aller protéger sa progéniture. Je la laisse tranquille, mon cœur peut reprendre son rythme normal et celui de la perdrix également.

Si la maman perdrix s’était contentée de rester bien sage, je ne l’aurais jamais aperçue, ni son nid, ni son oisillon. En cherchant à le protéger, elle a été l’instigatrice de la situation dangereuse pour elle et son rejeton, car en retournant à son nid, j’ai pu facilement le localiser. Sa ruse fonctionne peut-être parfaitement avec les autres résidents de la forêt, les ours en l’occurrence.

J’ai été par contre très heureux d’avoir raté la fiesta dans le champ de bleuets. Rencontrer un ours en pleine forêt, c’est comme jouer à la roulette russe. Cinq fois sur six, ça se termine bien quand on sait quoi faire. Mais… qu’en est-il de la sixième ? Il faut juste pas trop y penser et espérer rencontrer plutôt... une perdrix.

 

Aiguebelle – la marmite du géant

Cet article fait partie d’une série sur le parc Aiguebelle. Le premier s’intitule « Aiguebelle – le tracé abitibi.

Dans ce parc provincial, on peut voir une chute d’eau qui fut jadis plus imposante. À sa base, l’eau a lentement érodé la roche granitique. Des cailloux sont tombés dans cette cavité naissante et le mouvement incessant de l’eau les a forcés à adopter un mouvement circulaire, accélérant l’érosion de cette cavité tout en usant les cailloux servant d’abrasif. Une fois la cavité plus grande, des roches un peu plus grosses se sont à leur tour fait piéger, augmentant graduellement les dimensions de la cavité.

Après des temps aussi long que les roches sont dures, une énorme cavité parfaitement circulaire s’est formée au pied de la chute. La marmite du géant. À l’intérieur, on peut encore y voir des roches servir d’abrasif et celles-ci sont parfaitement sphériques.

Il existe donc bel et bien dans la nature un processus simple qui permet à des rochers plus ou moins gros de devenir tout à fait sphériques si leur composition minérale est homogène. La taille de ces rochers dépend des dimensions de la marmite qui a été créé à partir des générations précédentes de roches qui se sont érodés dans la marmite et qui ont érodé par le fait même le fond et les bords du colossal chaudron.

Une fois que les roches sont devenues sphériques, il suffit que la nature les retire du chaudron, par exemple lors d’une importante crue, et de les répartir dans la nature pour obtenir les pierres sphériques mégalithiques du Costa-Rica ou de la Nouvelle-Zélande. Il faut penser qu’une fois les roches devenues parfaitement sphériques, les répartir devient un jeu d’enfant. Il suffit d’une légère pente ou d’une pression d’eau pour qu’elles roulent et fassent beaucoup de chemin, se retrouvant ainsi très loin de leur lieu d’origine. De plus, ce procédé est entièrement effectué par la Nature sans que l’humain y fasse quoi que ce soit. La marmite du géant, le berceau de ces pierres mégalithiques, peut même avoir disparu ainsi que la chute lui ayant servi de source d’énergie.

La pierre est beaucoup plus patiente que l’humain qui voit souvent le travail de la Nature à son échelle plutôt qu’à l’échelle des millénaires, des millions et des milliards d’années. Il cherche souvent des réponses sans même écouter ce que la Nature peut lui enseigner. Nos capacités cognitives nous rendent imbu de nous-mêmes. Croyant tout savoir ou tout comprendre aisément sans devoir accumuler d’indices, la plupart du temps on se fourvoie totalement. Et on en fait des mystères qu’on résoud d’un coup de cuillère à pot en invoquant des pouvoirs venus d’ailleurs.

Lire le prochain article sur le parc Aiguebelle.

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Aiguebelle – le tracé abitibi

Le parc National d’Aiguebelle est situé dans la région de l’Abitibi au Québec. Parmi la multitude de lacs qu’on y trouve, deux se distinguent. La Haie et Sault, deux lacs glaciaires rubaniformes orientés nord-sud ayant chacun de 7 à 8 km de pourtour et enclavés entre des montagnes verdoyantes et des falaises verticales creusées par les glaciers lors de la dernière glaciation. On peut faire le tour du lac La Haie en une journée, mais la piste qui longe ses rives oblige le randonneur à monter et descendre plusieurs fois des sommets jusqu’au lac et vice-versa. Il est préférable de bien se reposer au refuge situé à l’extrémité nord du lac La Haie, conseil que je n’ai pas suivi.

Avant de me diriger vers la rive est du lac La Haie pour un retour au campement, j’ai poussé plus au nord pour aller voir le lac Sault. Il n’existe aucune connexion hydrographique entre eux, même si leur formation est très certainement due au même glacier. Le lac Sault est moins enclavé que son frère et offre des panoramas moins spectaculaires.

J’y suis allé lorsque la haute saison était terminée, mais je voulais à tout prix faire cette randonnée même si j’étais seul. La journée était maussade, un crachin tombait en aérosol, rendant les pierres très glissantes et mon corps transi.

Le mot amérindien « abitibi » signifie « le partage des eaux ». De fait, il existe un tracé imaginaire reliant tous les sommets où les eaux se dirigeant vers le nord-ouest se jetteront dans les baies James et Hudson pour finir dans l’océan Arctique, tandis que celles dévalant les pentes vers le sud-est rejoindront le fleuve Saint-Laurent puis l’océan Atlantique.

Il existe une mare dans le parc Aiguebelle où l’on voit parfaitement deux rus couler dans deux directions opposées. Le tracé Abitibi passe exactement à cet endroit. Il sépare la totalité de la province de Québec en deux et seulement deux bassins hydrographiques distincts.

Une fois la randonnée terminée, j’étais épuisé et transi. Je me suis payé une bonne douche chaude de 20 minutes et j’ai ensuite ingurgité deux grands cafés. Heureusement et malgré quelques décisions un peu téméraires en cours de route, je ne me suis pas blessé. Par contre, j’ai quelques anecdotes à raconter sur mon séjour dans cette étonnante région. Lire la suite.

Un dragon endormi

18 mai 1980. Un suspect est sous haute surveillance. Malheureusement, à 8h32, il tue plusieurs de ses gardiens en causant une explosion qui les prend par surprise. Ce drame se passe aux États-Unis dans l’état de Washington. Le coupable est le mont Saint Helens. Il crache une quantité impressionnante de cendres en plus de raser tous les environs. La déflagration retranche 400 mètres du sommet du mont, mais surtout, il emporte la vie de 57 personnes.

Le mont Saint Helens fait partie de la chaine des Cascades qui comprend 27 volcans en Colombie-Britannique et dans trois états étatsuniens. En fait, malgré la violence de cette éruption de 1980, ce sera un rot à comparer à ce qui surviendra quand son grand frère, le mont Rainier, décidera de l’imiter. Cette superbe montagne, semblant un peu trop gonflée pour être inoffensive, engloutira la petite ville de Tacoma sous des milliers de tonnes de boue qui dévaleront ses flancs lorsque ses glaciers permanents fondront d’un seul coup.

La ville de Seattle risque également d’écoper lourdement ainsi que plusieurs autres agglomérations qui se trouveront dans le chemin des coulées de lave, de boue ou de coulées pyroclastiques et sous les cendres et gravats volcaniques qui pleuveront sur une partie importante de l’ouest des États-Unis.

Le mont Rainier est considéré comme un volcan dangereux et est surveillé en permanence. Il y a 5000 ans, une éruption a fait disparaitre 400 mètres de son sommet. Une coulée de boue monstrueuse s‘était alors frayée un chemin jusqu’à l’océan Pacifique en se jetant dans le Puget Sound. Ce scénario risque de recommencer bientôt. Une fois de plus, un volcan nous rappellera que la Terre est dynamique et que nos vies sont bien peu de choses lorsqu’on se tient trop près d’un dragon endormi.

Mont Rainier – Crédit photo: Lyn Topinka – USGS

Tasmanie, l’ile changeante

Question de climats

Comme je le notais dans le premier article sur ce sujet, il n’existe aucune terre à l’Ouest de la Tasmanie à moins de 20000 km, la moitié du diamètre terrestre. Le vent rugit et fouette la côte ouest de l’ile au point de mettre l’équilibre d’un marcheur en péril. Mais le vent cinglant ne vient pas seul, il charrie une quantité phénoménale d’humidité qui s’engouffre dans les terres jusqu’à atteindre un massif montagneux qui s’élève du Nord au Sud environ au centre de l’ile. Toute cette eau n’a d’autre choix que de précipiter en inondant tout l’Ouest de l’ile. Trois mètres d’eau par année, ça aide à faire pousser une forêt pluviale tempérée des plus luxuriante. En contrepartie, l’air déchargé de son humidité traverse les sommets en apportant très peu d’eau aux terres centrales. Ainsi, l’ile possède des climats variés, y compris de la neige occasionnelle sur les sommets du pays.

La Tasmanie est un groupe d’iles, non, une myriade d’iles. Ouais, disons un peu moins qu’une myriade. Un millier d’iles dont la plupart n’ont qu’une petite superficie. Cas fréquents lorsqu’elles se situent sur un plateau continental peu profond. Certaines d’entre elles sont utilisées pour rétablir une population animale endémique loin de ses prédateurs. C’est le cas pour certains oiseaux dont une douzaine d’espèces sont endémiques.

Voici quelques records ligneux. L’eucalyptus pousse aisément et certains spécimens font 90 mètres de hauteur pour 10 mètres de circonférence à la base. Question longévité, la plupart des pins Huons du pays auraient près de 2000 ans d’âge et le doyen aurait même 10000 ans, ce qui en fait l’un des plus vieux de la planète.

La Tasmanie est un pays d’un autre âge ou plutôt, d’une autre ère. On peut y voir la Terre alors que l’Antarctique avait un climat tempéré, alors que les dinosaures régnaient sur les continents et alors que les primates n’existaient tout simplement pas encore.

J’ai un souhait pour cette terre exceptionnelle. Tout comme ce fut le cas pour la Nouvelle-Zélande et le Costa Rica, un film mettant en scène ses merveilleux paysages permettrait aux gens de découvrir la démesure de cette fabuleuse ile, et enfin la connaitre pour autre chose que son seul petit diable noir.