Des canots, une ile, du vent, une nuit

Le lac Ouareau dans Lanaudière. Un plan d’eau de 15 km2 enclavé entre plusieurs montagnes. Son nom voudrait dire « vents tournants » en amérindien. J’ignore si l’origine de son appellation est véridique, mais le vent n’a pas usurpé ce qualificatif. Difficile d’y pratiquer des activités nautiques, surtout lorsque le grain survient sans avertissement.

Le lac est suffisamment vaste et profond pour soulever des vagues de plus de deux mètres lorsque l’air s’engouffre entre les montagnes dans le sens de sa longueur. Il suffit alors de quelques bourrasques pour coucher n’importe quelle embarcation menée par des gens moyennement expérimentés, ce qui est généralement le cas sur ce type de plan d’eau situé en zone de villégiature. Ayant vécu plusieurs années sur ses berges, j’ai quelques anecdotes à raconter. En voici une.

À l’ouest du lac s’élève le mont La Réserve. Le soleil s’y couche et lorsqu’on est à l’ombre de ce massif rocheux, pour mieux admirer le crépuscule, il est préférable de se déplacer. Le centre du lac est un excellent endroit et justement il s’adonne qu’une ile s’y trouve. Ainsi, j’amenais occasionnellement des vacanciers sur cette ile après le repas du soir pour admirer le coucher du soleil et terminer la journée autour d’un feu de camp avant de revenir à l’auberge ou de passer la nuit à la belle étoile, selon le désir de chacun. Un soir, la météo a voulu décider pour nous. Alors que nous étions tous occupés à chanter des airs autour du feu de camp, le vent s’est mis à croitre et le bruit qu’il faisait dans la cime des arbres, pour moi, annonçait l’état du plan d’eau. Je connais suffisamment le lac et ses vents pour savoir que celui-ci ne tomberait pas avant plusieurs heures. J’annonce donc aux gens que le retour en canot est compromis et que, par précaution, nous devrons tous rester sur l’ile pour la nuit. Sur la vingtaine de personnes, une dizaine avaient apporté leur sac de couchage tandis que le reste avait planifié retourner à l’auberge.

Dire à des adultes qu’ils doivent changer leur projet, il y aura toujours un individu dans un groupe qui voudra s’en tenir à son plan d’origine, peu importe le contexte, et c’est exactement ce qui arriva. Un gars plus décidé que les autres cherchait un coéquipier pour retourner à l’auberge. Malgré des apparences pas totalement défavorables lorsqu’on était sur la plage, je savais pertinemment que ce n’était qu’apparences et qu’au large, le vent soulevait de fortes vagues. Mais pour certaines personnes, ce qui est hors de leur champ de vision devient hors du champ de la réalité. J’anticipais réellement une catastrophe, car personne parmi les vacanciers n’avait suffisamment d’expérience pour affronter cette météo. Et la volonté du protestataire semblait inébranlable malgré ma description plutôt précise de ce qui l’attendait. De plus, il cherchait à entrainer une autre personne dans son aventure puisqu’il était au moins conscient qu’il ne pouvait pas manœuvrer seul l’embarcation. Mais était-ce mieux ? Il ne me laissait donc pas le choix. Le raisonner par une description par anticipation s’avérait impossible, je devais lui démontrer clairement ce qu’il refusait de croire.

Chez certains individus, moins ils ont de l’expérience dans un domaine et plus ils refusent les conseils de gens plus expérimentés. Ce sont ceux-là mêmes qu’on récupère en morceaux, ou ballonnant à la surface de l’eau quelques jours plus tard. Mais malgré le caractère provocateur et suffisant de ce personnage, je n’avais aucunement intention de le laisser se donner en pâture aux brochets. J’ai donc décidé d’utiliser son entêtement pour servir ma cause, mais pour ce faire je devais d’abord remporter un pari. Je me suis proposé d’être son coéquipier pour faire un essai d’une centaine de mètres sur le lac. Au retour, s’il considère la traversée suffisamment sûre, il en informera le groupe. Dans le cas contraire, nous resterons tous ici en nous débrouillant pour passer la nuit avec les sacs de couchage, les canots, les gilets de sauvetage et les serviettes de plage que nous possédions. Le marché fut accepté pourvu qu’il me laisse la gouverne à l’arrière du canot. Il accepta, sachant bien qu’il n’avait aucune expérience pour diriger l’embarcation par temps fort.

La nuit était d’un noir d’encre puisque les lourds nuages qui occasionnaient ces rafales obscurcissaient également tout le ciel. Alors une fois que nous nous fûmes éloignés des lueurs de notre feu, la réalité s’est soudainement abattue sur lui comme une chape de plomb. Des vagues de plus en plus impressionnantes se mirent à assaillir notre frêle embarcation, et pourtant je savais que nous étions encore loin d’avoir rencontré les plus grosses qui sévissaient un peu plus au large. Même en plein jour, ce n’aurait pas été un temps pour mettre les canots à l’eau, mais la noirceur dissimule bien les vils desseins du temps en laissant entrevoir un degré de félonie beaucoup moins important que la réalité. C’est ce qu’a finalement compris mon partenaire canotier qui a pu ressentir ce que je décrivais précédemment, soit le fait de se retrouver seul, en totale noirceur, dans une minuscule embarcation instable sur un vaste plan d’eau composé de furieuses vagues invisibles qui frappent la proue sans relâche et causent tangage, roulis et lacet, tout en éclaboussant à répétition le malheureux avironneur amateur en perte de confiance et de ses moyens.

Lorsque je l’ai vu tenir son aviron au-dessus de sa tête en signe d’impuissance, j’ai alors saisi l’occasion pour lui demander si on continuait ou si on faisait demi-tour. Je connaissais d’avance sa réponse puisque ce geste dénotait un état proche de la panique. De retour parmi le groupe, il fut mon meilleur ambassadeur pour convaincre tous les indécis de rester bien sagement sur l’ile.

Les gens se sont partagé les commodités pour le plaisir de certains tourtereaux et la résignation des autres. Quant à moi, je me suis couché sur la plage à l’abri du vent sous un canot pour m’assurer qu’aucun ne disparaisse durant la nuit. Le lendemain matin, je suis parti tôt chercher le déjeuner à l’auberge pour la gang de dormeurs à la belle étoile. Le vent s’étant calmé, tout le monde a pu ensuite regagner l’auberge à la clarté et en toute sécurité, y compris le protestataire qui était tout sourire.

Dans ce type d’aventure, on peut croire que les adultes sont responsables, à tout le moins d’eux mêmes, mais c’est faux. Avec des enfants, il existe une relation naturelle d’autorité  alors qu’avec certains adultes, toute irritation peut devenir sujet de conflit, même s’ils se savent incompétents pour juger d’une situation. Fierté mal placée ? Répulsion naturelle face à une quelconque forme d’autorité ? Ou quoi d’autre ? Protéger des personnes adultes contre elles-mêmes alors qu’elles sont en possession de leurs moyens, c’est le genre de situation qui prend au dépourvu. C’est d’autant plus vrai lorsque le danger semble évident à appréhender.

Dans chaque histoire qui se termine bien, il existe souvent un secret. Celle-ci ne fait pas exception. En canot durant une tempête, la position à l’arrière est plus technique, mais le coéquipier à l’avant endure les pires conditions. Il est ballotté en tous sens et se fait passablement arroser. J’ai misé sur ce fait et cela a fonctionné. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas un temps à laisser un canot partir sur l’eau. Alors, quand le destin nous joue des tours, il ne faut pas hésiter à lui en jouer nous aussi.

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Ange gardien

Il y a quelques années, je prenais le métro pour aller travailler. Je devais me rendre jusqu’au terminus pour ensuite marcher une dizaine de minutes. À l’inverse, le soir, je me rendais au terminus et j’attendais là patiemment dans un wagon que le train parcoure les stations. Un certain soir, en regardant à travers les vitres séparant l’autre wagon du mien, j’aperçois un portefeuille de femme gisant sur un banc. Je me précipite hors de mon wagon pour rentrer dans l’autre afin de me saisir de l’objet orphelin avant que la convoitise ne mette la main dessus et avant que la rame n’entame sa course dans le tunnel. Heureusement, je réussis tout juste à m’extirper du wagon avant que les portes se referment et que le métro disparaisse.

Une guérite avec une guichetière se trouve presque sur le quai. J’en profite pour lui remettre le portefeuille obèse qui doit contenir au moins une vie de ramassage de papiers et de cartes de toutes sortes. Une fois ma BA effectuée, j’entre dans la nouvelle rame venue remplacer celle que j’avais ratée. J’attends ensuite patiemment la fermeture des portes lorsque j’aperçois un contrôleur déchainé sauter d’un wagon à l’autre avec l’allure et l’air de chercher un trésor. Je comprends immédiatement qu’il recherche le fameux portefeuille oublié et qui serait maintenant en route pour la prochaine station si je ne l’avais pas récupéré à temps. Je me lève pour le héler en le questionnant à savoir s’il n’est pas à la recherche d’un portefeuille. Il acquiesce, l’air mi-inquiet, mi-surpris. Je l’aiguille rapidement vers le guichet, juste à temps pour ne pas rater mon second départ.

Le train se met alors lentement en branle et là, je vois la propriétaire du portefeuille récupérer son bien des mains du contrôleur. Ce dernier me pointe du doigt et j’aperçois la dame regarder en ma direction avec un air totalement ébahi de récupérer intact l’objet de sa distraction.

Mon sentiment à cet instant a été de ressentir une grande fierté d’avoir rendu un bien inestimable de manière incognito. Cette personne prendra au moins une heure à faire l’inventaire de son portefeuille et elle réalisera alors qu’il contient l’intégralité de son contenu d’origine. Elle remerciera son ange gardien ou son dieu ou les deux. Pour moi, je me suis justement senti comme son ange gardien pendant quelques secondes lorsque la rame nous éloignait l’un de l’autre et que son regard cherchait anxieusement le mien. Je suis certain qu’elle aurait voulu me remercier et probablement me récompenser, mais je doute que j’aie pu me sentir aussi fier si je m’étais retrouvé en sa compagnie en train de repousser une offrande.

Elle pensera qu’il existe encore des gens honnêtes en ce bas monde. Elle pensera qu’elle est bénie des dieux. Elle pensera qu’elle l’a échappé belle. Durant les moments séparant sa prise de conscience de sa distraction jusqu’à la récupération de son portefeuille, elle aura subi un incroyable stress en imaginant le pire et tout ce qu’elle aurait dû entreprendre pour annuler ses cartes, en récupérer des nouvelles, sans compter l’argent perdu, les photos souvenirs envolées, les reçus disparus et tout le reste.

C’est durant ces moments pénibles qu’on se rend compte de l’importance que revêt ce petit objet dans notre vie. Il nous rend donc vulnérables et c’est justement cette vulnérabilité qui est la plus émouvante. Une personne qui aurait décidé de dépecer le portefeuille ne ressentira aucune fierté, car elle profite d’une femme vulnérable. Elle se débarrassera de l’objet dans une poubelle ou dans un conteneur après l’avoir soulagé de l’argent et des cartes utiles. Elle aura peut-être gagné malhonnêtement quelques centaines de dollars en faisant subir des jours de tourments à la distraite qui s’inquiétera également d’un vol d’identité potentiel et de se retrouver nue devant un inconnu fouillant sans vergogne dans sa vie.

On n’a pas tous les jours l’occasion de jouer au bon samaritain. Il ne faut donc jamais rater sa chance de sauter sur l’occasion, car au lieu de chercher à oublier un vol qu’on aurait commis, on cherchera à se rappeler longtemps cet événement qui nous aura transformés, pour quelques instants, en ange gardien et ça aussi, ça vaut tout son pesant d’or.

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Le vrai sel de la vie

Un coup de cœur, puis un coup au cœur. Encore une autre peine d’amour. Pouvez-vous espérer devenir plus sage en amour avec l’âge ? L’amour et la raison vivent en dedans de vous comme deux colocataires mal assortis, l’un noceur et l’autre casanier. D’une part, faire vœu de sagesse vous rend nauséeux, juste d’y penser. D’autre part, vous commencez à croire que votre santé mentale finira par exiger plus de calme, plus de stabilité et moins de passion. Jusqu’à maintenant, vous avez été allergique à toute forme de sagesse. Vous ne pouviez absolument pas imaginer vivre de l’amour drabe. C’était tout ou rien. Votre implication à fond, vos désirs en tête de peloton et vos blessures… on s’en préoccupera plus tard !

Mais là, vous en avez plus que marre de refaire le même bout de chemin pour toujours vous retrouver dans le même cul-de-sac en repansant les mêmes blessures qui ne font que se rouvrir fois après fois. Vous n’êtes pas sans savoir que vos amis soupçonnent de la dépendance affective. Ils ne vous en parlent qu’à mots couverts, car ils sont pleutres, mais leur regard les trahit. Jusqu’à présent, vous évitiez d’y réfléchir, préférant sauter d’un rocher à l’autre au milieu de la rivière. Mais après plusieurs plongeons involontaires, vous commencez à penser que regarder un peu plus loin devant vous éviterait peut-être de constamment perdre pied pour vous retrouver le bec à l’eau.

Pourtant, une impression de trahison envers vous-même vous assaille. À quoi bon vivre autrement si c’est pour se retrouver dans la peau d’un d’autre ? Le succès en amour vaut-il ce prix, mais surtout est-ce vraiment nécessaire ? N’y aurait-il pas une autre solution moins extrême que cette apparente obligation de se travestir pour remporter une hypothétique victoire amoureuse ?

Votre dilemme reste entier malgré un effort sincère pour briser le cercle vicieux. Une fois la transformation complétée, la rétroaction s’avérera-t-elle impossible ? C’est pourquoi vous nagez encore dans le doute, incertain de vouloir ou de pouvoir payer ce prix. Au bout du compte, ce tribut semble trop important pour obtenir un bonheur éminemment simple et probablement dépourvu de ses feux d’artifice.

Quelle est la bonne réponse ? Quel est le bon choix ? Est-ce bien, comme vous avez tendance à le croire, une profanation de vous-même? Ceux qui vous jugent vous demandent de changer vos valeurs pour d’autres qui ne vous ressemblent pas, en prétendant d’emblée qu’elles seront meilleures. Mais faut-il vraiment devenir quelqu’un d’autre ?

Être en harmonie avec soi-même est souvent une quête difficile et chaotique, mais c’est la seule qui soit pleine de sens et importante à réaliser. S’accepter au-delà du regard des autres mérite les efforts à entreprendre et ça commence par une profonde compréhension de ce que l’on est vraiment. Le jugement des autres deviendra alors moins lourd à porter. Lorsque vous vous promenez avec un grand sourire sincère, l’avis des autres sur votre compte change drastiquement. Peu importe si votre parcours est atypique, votre bonheur le sera aussi. Et puis après ! C’est souvent la peur de décevoir qui rend malheureux. S’affranchir de cette fausse exigence ramène les yeux devant les bons trous.

Lorsque vous êtes fier de vous, les gens lâchent prise, car ils comprennent qu’ils ne peuvent plus vous influencer durablement dans le sens qu’ils voudraient pour vous. Vous tracez vous-même votre route et cette voie vous appartient. Puis vous croiserez plein d’autres routes et c’est là que vous prendrez d’autres décisions. Celle de poursuivre votre aventure dans une voie différente ou garder la vôtre. La vie n’est qu’une succession de choix qui finissent par former un long fleuve aux mille bras et ramifications possibles dont quelques-uns seulement seront explorés. Ça deviendra votre vie, une vie parmi des milliers que vous auriez pu vivre. Mais qu’importe, puisque revenir en arrière et choisir une autre bifurcation est impossible. Par contre, la bonne nouvelle est que toutes celles que vous croiserez devant vous sont accessibles. Reste à savoir si vous aurez la sagesse ou le culot d’éviter ou de tenter une incursion en terra incognita. Après tout, n’est-ce pas là le vrai sel de la vie ?

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Néocapitalisme, risques et cancer

Ç’aurait pu être un article recensant une autre bêtise humaine et ses conséquences. Oui, cette locution dénote une réalité relativement commune puisque l’humain commet des bêtises à l’occasion. Il suffit d’agir trop rapidement, et voilà.

Mais là, je veux parler de la bêtise réfléchie, généralisée, institutionnalisée et instrumentalisée. La bêtise comme mode de vie, comme système économique et comme système politique. Il existe d’autres terminologies plus commodes comme le capitalisme moderne ou le néocapitalisme. J’en veux à toutes ces formes de modèles économiques qui ont découvert le moyen d’inverser les rôles joués par les clients et ceux tenus par les investisseurs. En s’attardant à analyser la situation, on voit rapidement poindre cette dérive et l’idiotie de ces modèles basés sur le principe du cancer économique.

Voilà deux symptômes de cette aberration. Tout d’abord, l’inversion des rôles. Aujourd’hui, l’investisseur, celui qui est censé prendre des risques, voit ses rendements garantis. Mais où sont donc passés ses fameux risques ? Ils n’ont pas disparu pour autant. La stratégie est basée sur l’offre avant la demande. Elle engendre le désir plutôt que le besoin et par conséquent, le risque est transporté du côté de la clientèle qui veut absolument se procurer le produit ou recevoir le service. L’absence de systèmes d’évaluation fiables permet de commercialiser des produits pourris. Les gens se découragent de demander un remboursement ou un échange (pour un modèle tout aussi médiocre !). Ils préfèrent bien souvent jeter leur achat aux poubelles en même temps que la serviette. Évidemment, l’érection de barrières visant à plier l’échine fait partie de la stratégie permettant de garder les aléas uniquement du bord du client. Il est ainsi devenu le détenteur du risque et l’investisseur celui de la garantie.

Pourtant, qui relève cette inversion, ce mélange des genres, cette tare de l’économie moderne ? Grâce à un bassin suffisamment grand, l’entreprise se permet de perdre la confiance des clients pourvu que celle des investisseurs soit préservée. Et voilà, le pont est lancé pour comprendre la seconde idiotie de ce système, la fameuse croissance. Dans ce système économique, une entreprise ne se contente pas de croitre, elle doit impérativement gonfler au-delà d’un seuil plancher fixé par ses investisseurs. Ainsi, tous les coups sont permis et surtout ceux qui ont pour but de flouer ses employés et ses clients ou de manquer à ses obligations sociales. Et lorsque la compagnie rend l’âme, elle emporte ses promesses non tenues et ses négligences dans sa tombe avec ses autres mensonges. Bien entendu, l’investisseur moderne connait la fin inéluctable de ce système et retire ses billes au moindre signe de faiblesse puisqu’il est pleinement conscient du mécanisme visant à l’enrichir en rendant les entreprises moribondes. Ainsi, son niveau de risque personnel reste minimal. Il transporte alors son cancer dans un secteur de l’économie encore vierge de ses exactions, car il s’agit bien d’un cancer qui se nourrit de la vitalité des autres pour continuer de détruire sans relâche ceux qui font sa fortune.

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Nibiru, une (autre) fin du monde annoncée !

On a eu la paix durant presque cinq ans et ça recommence ! Une nouvelle fin du monde a fait son apparition. Et j’en serais offusqué ? Je viens tout de même de publier un livre comptant trente textes qui racontent des fins du monde, c’est pas rien ! Scénarios de fins du monde-1 (SFM-1), en vente ici. Donc, oui, moi, un gars qui s’y connait en fins du monde, je serais exacerbé par une nouvelle annonce en la matière ? Serait-ce de la jalousie ? Explique ça à ta psy mon Mathis !

J’aime bien ma psy, mais elle ignore tout de la mécanique céleste et vous verrez qu’elle n’est pas la seule de son espèce. Je vais plutôt vous faire part de mes raisons ici et maintenant. Ce n’est pas l’annonce d’une nouvelle catastrophe planétaire qui fait repousser mes amygdales. Non, c’est la cause. Ah, et puis non, ce n’est pas vraiment la cause, c’est la façon dont les apôtres de cette hypothétique prochaine catastrophe s’y prennent pour nous l’enfoncer de travers dans le culot. Oui, car grâce à une poignée de gentils internautes ayant la meilleure acuité visuelle de l’Univers, nous pourrons nous préparer sereinement à crever dans d’horribles souffrances durant le mois d’octobre prochain lorsque la planète Nibiru viendra nous percuter ou jouer aux quilles dans notre banlieue cosmique immédiate. Et si personne n’en parle, à part eux bien sûr, c’est qu’il y a un mur du silence érigé par les riches qui, évidemment, se sauveront (bande de lâches) pour nous laisser négocier seuls avec l’Enfer de Dante ou son successeur.

Si vous n’en avez pas encore entendu parler, le prochain SFM mettrait en vedette la planète Nibiru. Oui, la supposée planète X maintenant reléguée au rang IX puisque Pluton n’est plus classée dans cette catégorie d’objets spatiaux. Y a de quoi en perdre des bouts. Le bordel est pris dans la ménagerie cosmique. Le temps est donc idéal pour certains internonotes de reprendre à leur compte de vieilles légendes pour les faire macérer en sauce deumildisset.

Le plus drôle, ou le plus triste, selon notre humeur ou notre empathie pour les désœuvrés, c’est de voir la façon dont ils mêlent planète, étoile, lune, comète et même galaxie. Vénus devient Nibiru. Le Soleil devient Nibiru. La Lune devient Nibiru. Quand ce n’est pas Andromède, Jupiter ou un lampadaire. Nibiru est censée être maintenant visible à l’œil nu puisque eux la voient très bien, mais aucun astronome ne peut le confirmer malgré leurs compétences et les centaines de télescopes terrestres et spatiaux. De grâce, cessez de fumer vos poils de barbe ! Nibiru n’est qu’une monumentale façon d’attirer notre attention et certaines sommes d’argent associées, une fois encore.

Et pourtant, il existe malgré tout une partie sérieuse à cette histoire, ce sont les légendes. Il ne faut jamais oublier qu’elles sont la mémoire de la préhistoire. Lorsque l’humain a su enfin écrire, il les a consignées sur différents médias, dont l’argile, la pierre, le vélin, le papyrus, etc. Mais avant, lors de la préhistoire, les légendes se sont transmises de bouche à oreille durant des millénaires. Il faut donc les respecter et surtout éviter de s’en moquer.

Dans l’astrologie et le panthéon babyloniens, Nibiru pourrait représenter autre chose qu’un simple dieu. Les dieux des légendes seraient aussi des astres et Nibiru une planète. Une planète ayant un aphélie plus grand que celui de Pluton, qui viendrait frôler le Soleil une fois seulement tous les 3 600 ans, plus ou moins. D’autres parlent de vingt-mille ans. Normal de tergiverser sur ce chiffre pour une planète inconnue.

À cette occasion, elle mènerait le bordel dans la ceinture d’astéroïdes et la ceinture de Kuiper, faisant décrocher de leur orbite des cailloux gros comme des montagnes qui viendraient s’écraser ici ou ailleurs. Ce scénario est parfaitement plausible et certains astronomes envisagent de plus en plus sérieusement cette éventualité pour expliquer des phénomènes inexpliqués et difficilement explicables par la mécanique céleste actuelle. Mais bon, oubliez octobre 2017 comme date de la fin du monde. Si Nibiru est bien réelle, elle se situerait présentement au-delà de Pluton et n’arriverait en ville que dans quelques millénaires. Nous ne l’avons pas encore détectée et elle ne viendra pas nous tomber sur le crâne en sortant de nulle part du jour au lendemain. Nous ne la verrons pas de la grosseur du Soleil un jour, pour être ensuite invisible le lendemain, puis de nouveau grosse comme la Lune le surlendemain pour réapparaitre au gré des éclairs de génie des conspirationnistes qui sont les seuls à être capables de la voir partout, toujours et surtout à l’œil nu.

Ainsi, je dis à tous ces Nibiruphiles, peut-être avez-vous raison lorsque vous conjecturez l’existence d’une planète encore inconnue, mais de grâce cessez d’apporter la preuve de sa présence par des explications totalement farfelues. Vous offensez nos aïeux, vous discréditez votre hypothèse et la seule preuve sérieuse que vous apportez est celle de l’ampleur de votre ignorance. Et tant qu’à aimer entendre parler de fins du monde, allez lire les miennes. Ce sont peut-être des histoires inventées pour la plupart, mais elles sont bien plus divertissantes et pour le même prix, elles font même réfléchir. Car les fins du monde, c’est comme les armes à feu, c’est trop sérieux et surtout trop dangereux pour les laisser entre les mains de n’importe quel Ostrogoth.

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Publier ou péter ?

Je commentais récemment un article sur le blog des gaous qui posait une question    concernant l’imposition d’un rythme d’écriture lorsqu’on tient un blogue. Pertinente, surtout si la très grande majorité des blogueurs transmettent des opinions, des coups de cœur ou des coups de gueule. Il n’est donc pas question d’écrire n’importe quoi et surtout, pas n’importe comment. Ainsi, alimenter un journal public devient parfois une tâche, une corvée difficile, énergivore et coupable de surconsommation de temps.

Faut-il se laisser séduire par les gens qui voudraient nous lire plus souvent et plus régulièrement ? Nous sommes déjà immergés dans un océan d’obligations, doit-on vraiment en rajouter une nouvelle ? C’est censé être un journal personnel, un journal dont l’auteur en contrôle le contenu. Doit-on le transformer en plaque tournante juste bonne à rediriger les lecteurs vers d’autres blogueurs plus prolixes afin d’atteindre un objectif de publication ? Oubliez l’idée d’y déposer des vidéos de chatons, elle est éculée depuis les tout débuts d’Internet. Les peintres ne nous inondent pas de toiles de chats, pourquoi le ferait-on avec des vidéos ? Hum, je m’excuse de ma digression, mais chupucapabe* de voir des clips de chats trainer partout dans les Internet !

Bon, reprenons le cours de mes idées. Je disais donc… ah oui, que toute liberté a un prix. Le prix imposé au blogueur est le risque de décevoir. Décevoir par ce qu’il écrit ou décevoir parce qu’il n’écrit pas. Étrange paradoxe d’effets similaires pour des causes inverses. Heureusement, certains lecteurs oublient nos éclipses d’écriture pour se régaler lorsque parait un nouvel article. Finalement, ce sont pour eux que nous tenons un journal public.

*  chupucapabe : Princesse amérindienne qui aurait étripé son mari parce qu’il ne cessait de péter dans le tipi.

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Bêtise humaine N° 1

Après un triptyque sur l’amour et les peines d’amour, je sentais le besoin de changer de registre sans toutefois trop m’éloigner du sujet principal. Je veux un texte plus léger, plus guilleret, plus osé peut-être ou, oui, une montée de lait sur la bêtise humaine ! Et quoi de mieux pour parler de cet art en constante progression que de s’attarder quelques secondes sur l’une des plus horribles créations inhumaines imaginables, je parle bien évidemment de la Saint-Valentin, la fête la plus poche de tout l’Univers connu et inconnu, créée ex nihilo par l’amant le plus poche de l’Univers connu et inconnu et qui aurait mieux fait de le rester, lui aussi, inconnu.

Pas besoin de chercher bien loin le coupable ou, en fait, les vrais coupables. Ce sont, eh oui, les Anglo-saxons. Après ça, on tergiverse encore sur le mythe de la froideur de ce peuple. (Ici, je m’adresse directement à eux) Si vous aviez fait plus souvent l’amour à votre partenaire, vous n’auriez jamais inventé cette horrible chose que vous osez appeler une fête ! Parlez plutôt de la célébration de l’oubli amoureux, de la déchéance amoureuse ou de l’inconvenance amoureuse, ce serait un plus juste titre. En passant, chers conquérants sans cœur, si vous l’ignoriez encore, Adam et Ève se sont fait expulser de l’Eden pour nous donner la chance d’honorer notre compagne à d’autres occasions que le seul rut. Et c’est comme ça que vous les remerciez de leur abnégation ? De grâce, transformez cette célébration en un hommage à nos aïeux qui ont tout sacrifié pour nous donner la possibilité de forniquer à souhait !

Toutefois, force est de reconnaitre que les Brits sont conséquents. Ils ont choisi un faux saint pour fêter faussement de faux amoureux. Même l’Église ne reconnait plus ce cul pis don à la con. Et pour rendre cette fête encore plus imbuvable, ce sont des angelots grassouillets en couches qui tirent des flèches chocolatées en direction des désolantes délaissées. Voyons, tout le monde le sait, les femmes compensent le manque d’amour par du chocolat. Et que donnent ces disciples de la chasteté à leur partenaire pour célébrer cet événement ? Du chocolat ! Certainement pour leur signifier que même durant ce seul jour de l’année où le chérubin essaye de titiller leur fibre amoureuse, le gars envoie à sa blonde un message lui disant : « je te remercie de savoir te passer de moi le reste de l’année et pour le souligner, je te donne une compensation qui te permettra de te passer encore de moi aujourd’hui ».

Petit fait intéressant qui m’est réellement arrivé. J’ai une nouvelle blonde. On est plus très loin de la date de cette fête maudite. Connaissant mon opinion sur le sujet, vous vous doutez bien que j’appréhende grandement l’arrivée de ce 14 février. Je tente le grand coup avec ma nouvelle flamme et je lui propose un marché : « tu me fous la paix avec la Saint-Valentin et je te promets de célébrer notre amour les 364 autres jours de l’année. Admettez que ce pacte était largement en faveur de ma douce. Et devinez maintenant sa réponse… Ah, j’entends au loin des femmes répondre la même chose… Effectivement, elle m’a répondu qu’elle voulait que je célèbre aussi la Saint-Valentin.

J’ai vite compris sur quel bord seraient tirées toutes les couvertures du lit. Notre couple ne s’est jamais rendu à la Saint-Valentin. Heureusement, car je savais exactement le présent que je lui aurais offert. Une boite de chocolat dans laquelle j’aurais glissé un billet aller simple pour les Îles britanniques.

Vous croyez qu’il est un peu tôt pour parler du 14 février ? Allez dire ça aux gérants de tous ces magasins qui nous inondent de rouge depuis le 2 janvier. À croire qu’on y tient une clinique permanente de don de sang.

Et pour ceux qui se posent la question sur le titre de cet article, je vous rassure immédiatement. C’est effectivement la première d’une suite d’articles consacrés aux bêtises humaines. Ce sont des sujets inépuisables, tout comme mes textes traitant des fins du monde (cliquer sur SFM-1 ou Projet SFM pour en savoir davantage).

De grâce, ceux et celles qui lisent cet article, référez-le à tous vos amis et connaissances. Un jour, peut-être, serons-nous débarrassés de cette fête insidieuse. On pourrait faire comme l’Église catholique et la récupérer à d’autres fins tout en évitant de brusquer ceux qui la trouvent pertinente. Je propose donc immédiatement un sujet de remplacement. La fête du trip à trois. Ça se situe un peu plus dans la lignée du geste d’Adam et Ève qui n’auraient certainement pas dédaigné l’expérience. Mais puisqu’ils n’avaient personne d’autre à leur disposition, ils ont dû se contenter d’une baise conventionnelle. Ensuite, Ève s’est bien reprise. Je tais sciemment sa méthode, mais de son union avec Adam, elle n’eut que deux fils dont le cadet a été trucidé par l’ainé pour quelque raison obscure. Elle n’est pourtant pas très difficile à découvrir lorsqu’on sait que nous sommes tous les descendants de… de qui exactement ?

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Je t’aimerai toujours

Vous rappelez-vous du premier « je t’aime » ? Vous l’avez probablement pensé très fort durant un certain temps avant de le lui avouer. Ce tout premier « je t’aime » a été une étape difficile à franchir. Vous auriez préféré l’entendre de la bouche de votre chéri(e) plutôt que de vous mettre à nu en premier. Mais lorsque vous souffriez trop de vous taire, vous avez fini par traverser le Rubicon dans un moment de… faiblesse ou d’intenses émotions. Au début, vous le déguisiez parfois en slogan, en rigolade ou en chuchotement pour ne pas trop en dévoiler du coup. Le temps passant, « je t’aime » devint plus naturel, plus fréquent et plus normal. Puis un jour, vous avez eu la désagréable impression qu’il était devenu anodin. Il avait perdu de sa superbe et de sa magie des premiers temps.

Par dichotomie, votre amour a continué de croitre et vos « je t’aime » sont restés identiques. Vous vous êtes retrouvé au point de départ, à la recherche de mots nouveaux pour exprimer avec justesse l’intensité de vos sentiments. Tout à coup, une idée folle traverse votre esprit. Sans les avoir sciemment choisies, quelques lettres deviennent une éventuelle déclaration, mais vous vous gardez de les lui dire. C’est trop gros, trop tôt et encore trop incertain.

Pourtant, à l’instar du ruisseau cherchant la mer, l’idée se fraie lentement un chemin parmi les obstacles de la quotidienneté. Vous scandez la phrase lorsque vous êtes seul, craignant puérilement de l’oublier si elle reste muette. Vous ressentez intensément son grand pouvoir qui vous fait aussi craindre de mourir avant d’avoir osé la lui révéler. Vous tentez de vous calmer, de réfléchir, de cogiter en constatant soudain que la distance entre « je t’aime » et « je t’aimerai toujours » se mesure en années-lumière. Puis un jour, par hasard, survient un événement distinctif et vous franchissez la mer des doutes pour la toute dernière fois.

Car plus jamais d’autres mots n’exprimeront votre amour avec une plus grande intensité. Tout aura été dit et entendu ou lu, car la plume sait se faire entendre même en chuchotant à travers le brouhaha de l’effervescence des vies modernes. Elle sait également répéter le message sans jamais se lasser. Elle sait même transformer une déclaration en poème, un mot en fleur et une phrase en arc-en-ciel.

« Je t’aimerai toujours » n’est pas un cadeau à donner ni un vœu à exprimer, c’est un serment, une promesse solennelle. C’est pourquoi cette déclaration irrite tellement lorsque votre cœur s’est insuffisamment préparé. Vos paroles sortent, acide, de vos commissures et se répandent en bave irritante ou en écume mensongère.

Comme le brin d’herbe, vous ne pouvez tirer sur vos sentiments pour les faire croitre plus rapidement. Il est fort possible que votre amour n’atteigne jamais son apex. C’est peut-être mieux ainsi, car comme tout don, celui de l’amour absolu se paye à prix fort.

À moins d’une situation exceptionnelle, vous déclarerez cette courte phrase de quatre mots à une seule personne dans votre existence (excluant vos enfants) et chaque fois votre cœur se resserrera et cessera de battre durant une infinie seconde. C’est pourquoi cette déclaration ne deviendra jamais banale ni euphémique.

Malheureusement, même les professions de foi les plus sérieuses et les plus engagées risquent de mourir précocement. Vous pourrez accuser le manque de réciprocité, les changements de conditions imprévus ou tout autre dérangement susceptible d’excuser votre récusation. Cette affirmation absolutiste serait-elle alors vouée à n’être rien de mieux qu’une promesse d’insensé ?

Comme tous les superlatifs, « je t’aimerai toujours » ne peut souffrir d’aucun fléchissement sinon il s’amenuise et disparait dans le brouillard des amours trahies. Auraient-elles alors simplement existé ? Et pourtant, subsistent quelques-unes de ces promesses contre temps et mortalités. Votre dernier souffle sera-t-il voué à renouveler votre serment Unique ? Alors que vous fuyez vers le crépuscule, que les dernières secondes s’égrènent, tous vos doutes enfin disparaitront lorsque vos dernières paroles prononcées seront « je t’aimerai toujours ».

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Les mots me manquent

Vous avez été amoureux. Vous l’êtes présentement. Un soir ordinaire de janvier, vous regardez votre belle et vous voudriez lui exprimer tout votre amour, mais au moment de le lui crier, vos lèvres restent closes. Les mots vous manquent.

Pourtant, la puissance de vos émotions vous étourdit, vous chavire. Vous ne comprenez rien à ce qui vous arrive. Vous ne connaissez aucun mot pour décrire ce que vous ressentez. Les mots vous manquent.

Un sentiment d’incomplétude vous envahit, vous frustre, vous agresse. Pourquoi ? Pourquoi suis-je incapable d’exprimer l’ampleur de mes émotions ? De lui dire au moins une fois combien je l’aime vraiment ! De lui exprimer à quel point je suis fou d’elle ! Combien je meurs à chacune de ses respirations ! Les mots me manquent. Ils fuient, ils s’évaporent, ils me laissent tomber au moment où j’en ai le plus besoin. Les mots me manquent et me font terriblement, affreusement souffrir.

Dès que je tente d’aligner plus de deux mots d’amour, le résultat ressemble à une mauvaise blague. Les mots me manquent. Pourtant, ils vivent dans mon cœur. Un chirurgien les recevrait en pleine figure s’il me transperçait et pourtant, ils demeurent bloqués quelque part entre la trachée et mes lèvres. Les mots les plus importants sont ceux que je connais le moins. À l’école, ces mots nous étaient interdits, comme s’ils étaient la pire des drogues à laquelle on succombe à la moindre utilisation. On nous les a cachés comme on nous cache les vices et les crimes. L’amour est le plus grand des tabous.

On m’a permis de m’en approcher virtuellement, vertueusement. Les films romantiques, les chansons d’amour, jamais de plus près. Les mots me manquent parce qu’on ne me les a jamais enseignés. On m’a préservé de l’amour parce que son pouvoir est infini. On s’y perd trop facilement. Les mots me manquent et cette souffrance vaut bien celle d’une peine d’amour puisque dans les deux cas, les mots me manquent.

Les mots me manquent, l’héroïne des amoureux. L’amoureux face à son héroïne, démuni, atterré, épuisé, décati. En manque de mots. Les mots me manquent. Les mots… Lire la suite « Les mots me manquent »

Je ne veux plus souffrir

Le Monde se divise toujours en deux clans. En ce qui concerne les souffrances post-amoureuses, il y a ceux qui disent et pensent sincèrement qu’ils ne veulent plus souffrir, et les autres qui ne disent rien ou qui disent des machins pas vraiment réfléchis. Personnellement, je me situe  ailleurs (comme d’habitude mon Mathis !). Je fais partie d’une minorité de gens qui empoignent un tisonnier à chaque fois qu’ils entendent cette ritournelle si, trop, souvent serinée.

J’ai l’impression de le dire pour la neuf-mille-trois-cent-quatre-vingt-dix-septième fois (c’était un chiffre aussi long que mon ennui) ce que je dis toujours dans ces circonstances. « Tu ne souffriras plus le jour où on te retrouvera en compagnie d’une boite à six planches  ».

Je me soulève immédiatement (Prudence est la mère de tous mes enfants) contre ceux qui veulent monter aux barricades en espérant faire croire que j’encourage une solution qui commence par un «s» et se termine par un «e». Je le dit sans ambages, vous avez parfaitement raison, ça vaut certainement une soûlerie avec une bonne bouteille de scotch qu’on trouve dans sa belle boite en bois à six planches.

Haro ! criè-je. Défendez-moi kékun ! Depuis quand une vérité de La Palice est une incitation à autre chose qu’à rire ou à prendre un bon scotch ?

La vie est remplie de souffrances. C’est impossible de s’imaginer vivre totalement sans elles. Mais, bonne nouvelle, la vie est aussi remplie de joies et c’est également impossible de s’imaginer vivre sans elles.

Oui, c’est vrai, les peines d’amour font mal. Très mal. Épouvantablement mal. (…) mal (remplir avec votre superlatif préféré). Et vous vous faites violence pour ne pas vivre une autre peine d’amour qui fait mal (!). Pourtant, c’est ce que vous faites lorsque vous répétez un modèle, fois après fois, avec le même foutu résultat poche ! En réalité, quand vous dites « je ne veux plus souffrir », il faut l’interpréter ainsi : « Je veux continuer à fricoter avec des TdC, mais je ne veux pas qu’ils me fassent souffrir ». Désolé, madame, monsieur et les autres, si vous ne le saviez pas encore, je vous le dis pour la neuf-mille-trois-cent-quatre-vingt-dix-septième fois, un TdC, ça reste un TdC même si tu travailles fort fort pour le changer, même si tu pries fort fort pour le changer (ouais, c’est moins populaire qu’avant, mais qui sait ?) et même si tu lui fais des gâteries fort fort pour le changer (ça, c’est plus populaire qu’avant et ça ne semble pas mieux fonctionner que les prières, pourtant, dans les deux cas on s’agenouille, mais là Mathis tu dérailles, reviens au propos principal et ne pense plus aux génuflexions) .

Il ne reste qu’une seule solution et elle se décline en quatre volets.

  • Uno : oublie une vie sans souffrances sans rien changer d’important dans tes critères du prospect idéal.
  • Deuzio : oublie une vie sans souffrances sans lobotomie. Et encore, arrange-toi pour être bien gelé parce que, ça aussi, ça fait vraiment mal.
  • Troisio : oublie une vie sans souffrances entre 6 planches. Tu ne pourras plus lire mon blogue et tu ne veux vraiment pas vivre cette atroce souffrance.
  • Quatriozo :  oublie une vie sans souffrance parce que ce sont les mêmes personnes qui souffrent et qui vivent les plus belles histoires d’amour et ça, tu ne veux absolument pas t’en passer, sauf si tu es déjà lobotomisé.

En conclusion : quand tu regardes un film qui contient une histoire d’amour (ce n’est pas bien compliqué, il y en a au moins une dans chaque film (foutu bon placement média)) qui se termine mal, tu pleures. Et si elle se termine bien, tu pleures. Fèque, commence par dire à tes yeux comment réagir parce que, à l’évidence, ils l’ignorent totalement. Et quand ce sera plus clair dans ta tête et pour tes yeux qui en font partie, tu comprendras enfin que… touche surtout pas à ma blonde !

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