Savoirs anciens, les dimensions de la Terre et le mètre

Dans un article précédent, j’ai prouvé au pharaon Khéops que la Terre était sphérique en utilisant des instruments de mesure disponibles à cette époque. Dans celui-ci, je poursuis mon récit et j’obtiens les dimensions de notre planète, toujours en utilisant une méthode des plus simple. J’en déduis également le mètre que je nommerai « la valeur sacrée ».

Coordonnées géographiques modernes de Gizeh et d’Assiout.
Gizeh :     30° 00’ N – 31° 10’ E
Assiout:  27° 00’ N – 31° 10’ E

Ces deux villes partagent le même méridien (31° 10’ E) et sont à 3 degrés de latitude de différence qui correspond au 1/30e d’un quart de la Terre.

Ces 3° d’angle mesurés sont ensuite utilisés pour déterminer les dimensions de la Terre.

*****

— Alors, très pharaonique Australopithecus Khéops, comme je disais, les deux mesures différentes des ombres à la même date-heure à des endroits éloignés le long d’un même méridien terrestre permettent de prouver facilement que la Terre est ronde. En connaissant la distance entre les deux villes et en le calculant pour 90°, j’ai mesuré le quart de la circonférence terrestre.

— Et cela donne quelle longueur, croustillant Corbot cornélien ?

— 24 millions de coudées populaires, c’est la distance du pôle Nord à l’Équateur, un quart de la circonférence totale de la Terre, oh Grand Acétominophène !

Preuve-Terre-Ronde

— Et qu’avez-vous fait ensuite pour déterminer la coudée royale de mon père ?

— J’ai décidé de diviser ce nombre pour obtenir un chiffre valant 10 millions d’une unité que j’ai appelée la « valeur sacrée » (4 500 ans plus tard, à partir de la même méthode, quelques scientifiques utiliseront le même chiffre et lui donneront le nom de « mètre »).

— Donc, la coudée royale serait le dix millionième de la distance pôle-équateur ?

— Non, car cette longueur s’avère trop grande pour une coudée, même royale. Elle équivaut à la hauteur de votre nombril par rapport au sol.

— Ouais, je vois le problème. Cette mesure sacrée ne peut pas s’appeler coudée, même royale, même pharaonique. On peut exagérer, mais là, ce serait vraiment de l’abus. Qu’avez-vous alors fait ?

— Cette valeur sacrée équivaut à 2,4 coudées populaires. Il faut donc la diviser pour créer une coudée royale qui sera plus grande que la coudée populaire, mais pas trop.

— Divisez-la simplement par deux !

— J’y avais pensé, mais cette simple division m’agaçait puisque je la voulais toute aussi sacrée afin de conserver le statut exceptionnel de cette nouvelle mesure. Diviser une valeur sacrée par le nombre le plus commun qui soit aurait représenté une sorte de sacrilège.

— Évidemment, je ne vous l’aurais jamais pardonné, avisé et prudent Corbot !

— Puisque je venais de prouver que la Terre est ronde, rien ne peut être plus sacré que cette figure géométrique. En m’inspirant des cercles, j’ai donc préservé tout le caractère sacré de sa nouvelle mesure.

— En faisant quoi ?

— J’ai dessiné un cercle dont le diamètre vaut cette « mesure sacrée ». J’ai ensuite dessiné un hexagone inscrit dans ce cercle, car les côtés de cette figure mesurent précisément le rayon du cercle. Les 6 pointes de l’hexagone définissent 6 arcs de cercle. J’en mesure la longueur et je la compare à celle de la coudée populaire. Elle est environ un quart de fois supérieure. C’est parfait, me dis-je ! La coudée royale était née.

Roue-Hex-Coudee-2

— Une coudée royale issue de la forme et des dimensions de la Terre. Une coudée parfaite qui cache une « valeur sacrée » cryptée au centre d’un cercle dont le périmètre mesure 6 de ces coudées royales. Bravo rusé Corbot noctiluque !

— Vous noterez un élément intéressant dans tout cet exercice, Mirifique Paradichlorobenzène. Les chiffres 6 et 60 ainsi que plusieurs de leurs multiples reviennent constamment dans mes ouvrages, ils se retrouvent littéralement partout. La base sexagésimale (60) est le multiple des chiffres 6 et 10. Les 360 degrés d’un cercle proviennent de cette base (6 x 60). Les 60 minutes et 60 secondes le sont également. Quant aux 24 heures, lorsqu’on divise la Terre en 4 quarts, le Soleil balaye chaque quart-de-cercle en 6 heures.

— Sauf que la base sexagésimale n’est pas utilisée dans le chiffre de dix millions que vous avez choisi pour créer la « valeur sacrée ».

— C’est exact, car cette valeur est si sacrée qu’elle représentera la seule base de travail dans un futur lointain. Elle portera le nom de « mètre » et sera utilisée par l’ensemble de l’humanité à la grandeur de toute la planète, sauf pour quelques peuples barbares qui rechigneront avant de l’adopter quand même, surtout en sciences.

— Une longueur maitre utilisée par tous et partout dans le monde. Une longueur valable pour tous les habitants, car tirée de la Terre et utilisée pour la première fois par nous, les Égyptiens. Je ne peux être plus heureux du choix de vos calculs.

— Pour les effectuer, j’ai choisi deux villes relativement proches l’une de l’autre et seulement séparées par 3°. J’aurais pu choisir des villes bien plus éloignées, mais le nombre précis de foulées en ligne droite serait devenu bien plus difficile à garantir. D’autre part, puisque le Nil serpente, il y a très peu d’endroits le long de son cours où la longitude est la même qu’à Gizeh, ce qui est le cas pour Assiout.

Terre-Gizeh-Assiout

— Expliquez-moi le terme « longitude ».

— Imaginez la Terre comme une orange tournant sur elle-même autour d’une paille passant par sa queue et son nombril.

— Je la vois très bien.

— Chacun des espaces entre ses différentes tranches est appelé un méridien et le chiffre servant à les distinguer est la longitude.

— Ah ! Donc, vous vous êtes déplacé le long du Nil en restant le plus possible le long du même méridien.

Méridien-Gizeh-Assiout

— C’est exact. Gizeh et Assiout partagent un même méridien et ces villes sont suffisamment éloignées pour commencer à distinguer les dimensions des ombres entre les deux endroits. Il existe un autre point beaucoup plus éloigné, légèrement au-delà de la frontière avec la Nubie le long du Nil, qui possède la même longitude. Par contre, il est séparé de Gizeh d’une distance trop importante pour la mesurer précisément à l’aide de foulées. Le Nil possède trop de méandres entre les deux lieux pour effectuer le trajet vers le sud en ligne droite.

— Si je comprends bien, le fait que l’Égypte s’étire en longueur dans l’axe nord-sud vous a permis de mesurer la rotondité de la Terre.

— Le Nil a forgé l’Égypte à plus d’un titre, cher Pharaon ?

Informations supplémentaires

J’ai évidemment procédé à quelques petites approximations afin de faciliter les calculs et la compréhension, mais dans l’ensemble, tout est rigoureusement plausible et exact.

J’ai utilisé des degrés, des foulées et des coudées, des unités de mesure existantes à cette époque, mais puisque tout n’est que rapports (fractions), on peut utiliser n’importe quelles unités et on obtiendrait les mêmes dimensions terrestres. Il n’est donc pas nécessaire de travailler en degrés, en foulées et en coudées. Dans mes calculs, j’ai défini que la coudée populaire vaudrait aujourd’hui approximativement 41,67 cm. Ainsi, une foulée équivaut à un facteur réaliste de 4/3 coudées.

La base sexagésimale (60) a été inventée voilà 5 000 ans par les Sumériens, donc avant l’ère des grands bâtisseurs de l’Égypte (4 500 ans).

Dans mon récit, je postule que Khéops et sa dynastie sont les bâtisseurs des grandes pyramides. Ce n’est pas une affirmation de ma part, mais simplement un moyen d’imager la méthode employée pour mesurer la Terre. Au besoin, remplacez Khéops par le nom de votre choix.

Cette méthode était parfaitement accessible aux premières dynasties d’Égyptiens et même à ceux qui auraient pu les précéder. En fait, n’importe quel individu sachant observer et réfléchir, peu importe son lieu sur Terre et son époque pouvait obtenir les mêmes résultats. Elle n’a rien de magique et elle ne nécessite aucun extraterrestre ni aucun voyage dans l’espace pour prouver que notre planète est une sphère. Avis aux négationnistes en la matière, vous êtes 5 000 ans en retard. Rendu là, on peut vous qualifier d’attardés sans que cela constitue une insulte, mais simplement une vérité.

Nous possédons la preuve que le grec Eratosthène a utilisé la même méthode voilà 2 200 ans pour mesurer la circonférence de la Terre. Oui, les érudits de cette époque reculée et tous ceux qui les ont succédé savaient que la Terre était ronde. Que les Égyptiens aient pu le savoir avant les Grecs ne pose aucun problème puisque les maths utilisées restent rudimentaires.

Une rotondité niée et camouflée

La rotondité de la Terre fut cachée pendant les 1 800 ans qui suivirent Eratosthène. Il convient de dire que ce fut le plus long et le plus grand complot de tous les temps. Ce savoir faisait également partie des connaissances de certaines sociétés secrètes dont celle des « Bâtisseurs » qu’on peut faire remonter à plus de trois mille ans et qui s’est par la suite appelée « franc-maçonnerie ».

Le problème consistait à expliquer que, malgré cette rotondité, les choses ne glissaient pas vers un abîme quelconque. Et il était impensable que les autorités (religieuses) ne puissent pas tout expliquer, sauf les mystères religieux, bien entendu.

Une Terre plate ne nécessitait aucune explication… sauf les éléphants géants ou la méga tortue pour la soutenir. Et sur quoi reposaient ces créatures géantes ? C’est à ce moment qu’on vous enfermait pour hérésie si vous osiez poser la question.

Le fait de questionner en utilisant une pensée logique est devenu le péché originel du judaïsme. Il a servi à empêcher les autorités religieuses de perdre la face et leur hégémonique influence sur les gens et les rois s’ils avaient dû avouer leur ignorance.

Alors si vous entendez dire que les complots n’existent pas, notez bien le déclarant et rajoutez son nom sur la liste de ceux qui les fomentent. Les complots existent depuis qu’une quelconque autorité a refusé pour la première fois de voir s’étioler son influence, ses pouvoirs et surtout les avantages matériels y découlant.

Alors, soyez assuré que les conspirations et les complots ont toujours existé ne cesseront pas de sitôt.

Savoirs anciens, la coudée royale égyptienne

Je vous parlais dans des articles antérieurs d’une étrangeté concernant la longueur de la coudée royale égyptienne sans vous dire de quoi il s’agissait. Le temps est venu de vous en faire part.

Dans l’article précédent, j’utilisais une roue dont le périmètre valait exactement 6 coudées royales. La coudée commune utilisée tous les jours par le peuple était issue d’une mesure de la longueur du coude jusqu’à l’extrémité du majeur. Elle tournait autour de 42 à 45 cm, des valeurs normales et réalistes pour une telle longueur. La coudée royale se démarque par son étonnante longueur et on est en droit de se demander si elle était issue d’une mesure prise sur un humain. Voyez par vous-même.

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En mesurant les coudées royales étalons retrouvées à différents endroits, elles ont été estimées à 0,5236 m (52,36 cm), du moins pour certaines. C’est énorme! Les bras de ce pharaon utilisés pour déterminer la coudée royale auraient quasiment trainé par terre!

On peut donc en déduire que la coudée royale n’a rien à voir avec la longueur d’une coudée humaine normale, pas même celle d’un pharaon. Elle devait donc découler d’une autre mesure tout en conservant le nom de coudée, mais en la qualifiant de «royale» afin de montrer que seul le pharaon pouvait s’approprier cette dimension et bâtir en utilisant cet étalon de mesure. Mais d’où pouvait bien provenir cette longueur hors norme pour une coudée?

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Il serait bien tentant de l’imaginer surgir d’un extraterrestre aux longs bras, celui-là même qui aurait fourni outils et techniques avancés ayant servi à édifier ces étonnants monuments. Toutefois, avant de faire intervenir des étrangers d’outre espace, il demeure essentiel d’analyser d’autres possibilités moins exotiques, plus terre à terre et peut-être plus réelles.

Si ces 7 à 10 cm de plus (ou de trop) permettent d’octroyer le qualificatif «royale» à la mesure étalon du pharaon, sa longueur précise n’était certainement pas aléatoire, elle devait émaner d’une source quelconque!

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Revenons à la roue possédant un périmètre de 6 coudées que j’ai utilisé pour mesurer avec précision la base de la pyramide du promoteur immobilier Khéops (Khoufou) et comparons le périmètre étalon avec nos mesures métriques actuelles.

6 coudées de 0,5236 m donnent un périmètre exact de 3,1416 m. En connaissant le pourtour de cette roue, son diamètre est facile à calculer en le divisant par une approximation bien connue de pi (π), soit 3,1416. Un cercle ayant un périmètre de 3,1416 m possède un diamètre π fois moindre. Ce diamètre vaut donc précisément 1,0000 mètre!

Holà! Je vois toutes les têtes se tourner vers LeCorbot. Le mètre est une invention très récente en regard à l’histoire égyptienne puisque sa première définition remonte à l’année 1793, pas à 2500 ans avant notre ère!

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J’ai utilisé une roue de 6 coudées royales de périmètre pour mesurer précisément les dimensions de la pyramide de Khéops et je me rends compte que cette roue possède un diamètre exact de 1 mètre moyennant une erreur de moins d’un dix millième de mètre! Sincèrement, je déteste ce genre de hasard un peu trop précis, un peu trop surprenant, un peut trop… révélateur peut-être.

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Rapportons-nous à la première définition officielle du mètre. C’est le dix millionième du quart de la circonférence de la Terre mesurée le long d’un méridien. Donc, si les anciens Égyptiens connaissaient eux aussi la circonférence de la Terre, ils pouvaient très bien faire comme nos scientifiques de la fin du XVIIIe siècle et en déduire une mesure étalon. Toutefois, le mètre égyptien comparable à notre propre mètre n’aurait pas été utilisable comme mesure étalon à cause de sa trop grande différence avec la coudée commune (42-45 cm). D’autre part, camoufler la longueur de ce mètre, le crypter en quelque sorte en le dissimulant dans un cercle représente une méthode élitiste qui ne pouvait déplaire à un pharaon.

Cependant, l’hypothèse que ce dernier puisse connaitre la longueur du méridien terrestre à cette époque archaïque si reculée semble ridicule. On en revient encore à un possible extraterrestre qui a le don de pouvoir tout expliquer sans jamais vraiment rien expliquer. C’est toujours pratique de garder un ET sous la main, ça évite de chercher à comprendre ce qui aurait pu réellement se passer en réfléchissant à des solutions moins extravagantes.

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Car il existe effectivement une solution plus réaliste dans laquelle la géographie particulière de l’Égypte pourrait expliquer comment ce peuple aurait connu la circonférence de la Terre aux méridiens à une époque aussi reculée. Pour vous la présenter, je vous rapporterai une conversation tenue entre moi et le pharaon Khoufou autour de sa fameuse coudée royale étalon lorsque je travaillais à lui construire sa damnée pyramide. Vous apprendrez comment un individu observateur et un peu dégourdi de cette époque reculée a pu mesurer sans grands efforts le quart du périmètre de la Terre et en arriver lui aussi à déduire le mètre. À lire dans un prochain article.

Savoirs anciens — Une base parfaitement carrée

Cet article reprend les notions présentées dans celui d’hier en rapport avec le triangle rectangle de proportions 3-4-5, mais sa lecture n’est pas requise pour comprendre la suite.

Me voici donc à Gizeh sur un haut plateau dominant les constructions environnantes. Mon client, un certain dénommé Khoufou, pharaon de profession, m’a commandé la construction d’un énorme bâtiment de forme pyramidale devant présenter des dimensions parfaites. Sa base doit donc posséder quatre côtés rigoureusement identiques, mais également quatre angles identiques qu’on appelle «droits». De fait, 4 côtés identiques ne suffisent pas à définir un carré, un losange étant le contre-exemple.

J’utilise évidemment la coudée royale comme étalon de mesure pour cette pyramide qui fera 440 coudées de chaque côté. Il ne faut pas se le cacher, ce bâtiment surpassera tout ce qui s’est déjà construit, du moins en hauteur. Mais avant de penser à entasser des pierres, imaginons un moyen de tracer sa base, un carré parfait. Je rencontre Pharaon pour discuter de cette première tâche qui s’avère cruciale pour tout le reste à suivre, évidemment.

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— LeCorbot, donnez-moi la liste du matériel et le nombre de travailleurs dont vous aurez besoin pour parachever cette première tâche. Je veux également savoir quand vous aurez terminé de tracer ce carré selon les sévères exigences qui vous ont été transmises.

Je lui tends un bout de papier qui le fait largement sourciller.

— LeCorbot, vous me prenez pour un pharaon, pour un idiot ou pour un désœuvré?

— Grand Khoufou, je vous jure que cette liste représente tout ce dont j’ai besoin.

— Une longue cordelette que vous mesurerez vous-même, six petits piquets de bois, quelques bouts de ficelle, un maillet et une coudée royale étalon. Avec ceci, vous prétendez pouvoir tracer la base parfaite de mon pharaonique bâtiment dont je n’ai pas encore défini son usage final!

— C’est exact, votre Grandeur et future bienveillante asséchée Momie.

— Je ne vous donnerai pas jusqu’à la prochaine crue pour terminer ce premier travail!

— Ce ne sera pas nécessaire. Laissez-moi jusqu’au zénith, ce sera amplement suffisant, oh Grand Escogriffe!

— Jamais entendu ce compliment avant aujourd’hui. Grand Escogriffe, ça me donne un air royal et léonin, j’aime bien. Vous me plaisez, cher noir volatile! Combien de travailleurs désirez-vous?

— Aucun, sérénissime et majestueux Barbichu! Je préfère travailler seul.

— Vous êtes certainement fou, mais puisque je ne perdrai que quelques heures, soit. Cependant, si vous me décevez, vous dormirez ce soir dans la fosse aux lions.

— Je n’oserais jamais faire planter les royales dentitions félines dans mes impropres chairs. Cet honneur représenterait une bien trop fabuleuse récompense pour un simple architecte. Trouvez autre chose à donner à vos lions. N’ayez de doute, j’utilise une technique très économique, mais des plus performantes.

— Je ne crois personne et encore moins un rusé Corbot! J’irai inspecter votre travail juste après le zénith. Mes lions m’accompagneront, question de leur faire flairer leur prochain repas.

— Je garde toute ma confiance en mes moyens, votre Macronissime Altesse. Aux environs de midi, je prendrai une bouchée en vous attendant. Y a-t-il un Subway dans les parages?

— Un quoi?

— Bah! Laissez tomber. Trouver un sous-marin dans un désert, c’est pas de la tarte! Je me contenterai de la bouffe locale, tiens, pourquoi pas une tarte? Pourvu qu’il y ait de la bière fraiche! Il fait une de ces chaleurs!

— Bien entendu nous avons de la bière! Nous sommes un peuple civilisé même si nous vivons dans un carré de sable! Nous ne sommes pas de buveurs de jus de chaussettes fabriqués avec de vulgaires raisins!

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La technique

La description suivante prouvera que tracer la base de la pyramide de Khéops est pour moi un jeu d’enfant comme le laisse entendre la petite liste de matériel remise au promoteur. Tout ce dont j’ai besoin, en plus de ce matériel plus que rudimentaire, est de connaitre le fameux théorème de Pythagore et surtout son célèbre triangle de dimensions 3-4-5 avec lequel je créerai une équerre géante d’excellente qualité qui me servira à déterminer les quatre coins (O, A, B, C) du futur bâtiment. Pourquoi ce triangle en particulier? Il possède la fabuleuse propriété de n’avoir que des nombres entiers presque semblables qui me permettront de diviser facilement et très précisément la longueur totale de la corde.

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Étape préparatoire

Je dois tracer la base de la pyramide de Khéops, un carré parfait de 440 coudées de côté selon le décret du Pharaon. Ce nombre n’est pas anodin comme nous le verrons maintenant. Je prends une très longue cordelette. Je mesure une longueur du triple de la dimension décrétée, soit 1320 coudées. Je la plie en 3 et je noue un bout de ficelle aux deux coudes de la corde qui donnent, sans devoir les mesurer, les distances 440 coudées correspondant au repère 1, et 880 coudées pour désigner le repère 3, les deux mesures étant prises à partir de la même extrémité de la corde. Je plie ensuite la même corde en 4 pour trouver la longueur 330 coudées à partie de sa seconde extrémité jusqu’au premier coude de la corde pliée. Je lui fais correspondre le repère 2 que j’indique avec un autre bout de ficelle noué à cet endroit précis.

Remarque: La mesure initiale de la corde à 1320 coudées a été produite avec la coudée royale étalon fournie par Khoufou. Ce travail multiplie l’erreur et la valeur précise de 440 coudées s’en trouve ainsi affectée. Il existe un moyen de donner à la corde une plus grande précision par une technique que je présentai dans un autre article et qui comporte en plus une surprise de taille.

Étape bleue

Je dispose la corde au sol, je relie ensemble ses 2 extrémités, je plante un premier piquet à cet endroit et sa position détermine le coin O de la pyramide. Je tire la corde en direction nord correspondant à l’alignement d’un premier côté de la pyramide, et ce jusqu’au repère 1 situé à 440 coudées sur la corde. Je plante un piquet juste à cet endroit, voilà donc le coin A, le deuxième de la pyramide.

Remarque: Si vous désirez savoir comment je suis parvenu à trouver le nord exact avec des moyens primitifs, je vous en ferai part dans un autre article.

Pour trouver les deux autres coins, les choses deviennent un peu plus subtiles. Je tire ensuite la corde pour la tendre en direction est, celle correspondant au deuxième côté, vers le coin B. Inutile de chercher à calculer un angle droit, celui-ci se créera de lui-même. Lorsque j’atteins le repère 3 sur la corde, je plante un piquet à cet endroit en m’assurant que la corde soit parfaitement bien tendue, c’est le point M. Cependant, ce piquet n’indique pas un coin de la pyramide, mais seulement une direction avec le coin O situé aux trois quarts de la position du troisième coin. Par contre, je viens de tracer un angle droit parfait avec le côté 1 de la pyramide valant exactement 440 coudées tel que requis. J’ai déjà déterminé deux coins sur quatre, un côté sur quatre et un angle droit sur quatre. Le travail progresse rapidement et midi est encore loin. Les lions auront droit à du mouton ce soir.

Étape rouge

J’intervertis simplement les deux segments de corde en conservant le même alignement pour les deux côtés à 90 degrés. Je plante un piquet vers le Nord, cette fois, exactement au repère 2 de 330 coudées, c’est le point N. J’aligne le repère 1 valant 440 coudées en direction de la ligne formée du coin O et du point M. Je tends bien la corde. Le repère 1 sur celle-ci indique que je viens de trouver le coin B de la pyramide, le troisième. J’y plante un autre piquet et le côté 2 du futur bâtiment est maintenant tracé. Bilan provisoire: 3 coins sur 4, 2 côtés sur 4 et 1 angle de 90° sur 4.

Étape verte

Je déplace le repère zéro de la corde pour le mettre au coin A. Je place le repère 2 de la corde situé à 880 coudées au piquet placé au coin B. Je tire bien la corde en direction du coin C dont j’ignore encore sa position exacte, mais ce n’est pas grave, la corde tendue et le repère 1 me le révèleront. Je plante un piquet précisément à ce repère. Voilà la quatrième extrémité de la pyramide, le coin C, ainsi que le traçage des côtés 3 et 4 de la base de ce futur fabuleux monument. Les trois autres angles droits ont également été directement obtenus en plantant ce dernier piquet. Je rallonge ensuite la corde jusqu’à une valeur de 1760 coudées, je trace ensuite le périmètre complet du carré parfait en joignant les 4 piquets O, A, B et C. Le travail est terminé.

Notez que je n’ai jamais eu besoin de recourir à la diagonale du carré pour créer ce dernier. Heureusement, car sa longueur précise est un nombre irrationnel et il est bien difficile dans ces temps anciens de la déterminer à partir de la longueur d’un des côtés et d’une corde pliée. Cependant, en bon architecte, je m’octroie une dernière étape, celle de la preuve de l’exactitude de mon carré que j’utiliserai pour démontrer la qualité de mon travail au Pharaon.

Étape orange

Tout d’abord, je m’assure de la même longueur des 4 côtés de la pyramide en utilisant l’origine de la corde et le même repère 1 pour chaque côté. Une fois ce test réussi, je peux maintenant procéder à l’équerrage des 4 angles grâce aux diagonales du carré.

Je me fous d’ignorer la longueur des deux diagonales, car je peux facilement tester leur similitude en comparant simplement leur longueur. Si les deux diagonales diffèrent le moindrement, les 4 angles ne sont pas tous à 90°, nul besoin de mesurer ces angles pour le prouver.

En obtenant des diagonales rigoureusement identiques, je prouve l’exactitude de la forme carrée du périmètre sans jamais utiliser la valeur de leur longueur qui peut rester totalement inconnue. En bonus, je trouve le centre exact de la pyramide, le point X situé à l’intersection des deux lignes.

Épilogue

En l’espace de quelques instants et sans aucun calcul, à l’aide d’une simple corde et de quelques piquets, je viens de tracer la base parfaitement carrée de la plus formidable pyramide de tous les temps. De plus, point très important, peu importe la longueur exacte de la corde utilisée au départ, cette technique assure le traçage d’un carré aux côtés rigoureusement identiques et aux angles exactement de 90° sans recourir à aucun extraterrestre… du moins, pour cette première étape.

Par contre, je viens de déboulonner le mythe attribuant à Pythagore le principe du triangle rectangle 3-4-5. Il est certainement possible que les Anciens utilisaient ces proportions sans avoir prouvé son exactitude comme l’a fait Pythagore bien plus tard. Ils avaient probablement constaté les rapports proportionnels entiers 3-4-5 de manière empirique et cela suffisait amplement pour garantir la qualité de leurs constructions.

La pyramide de Khéops mesure effectivement 440 coudées royales de côté. Ce chiffre permet d’obtenir des longueurs du triangle 3-4-5 de 330, 440 et 550 coudées en les multipliant par 110, faisant en sorte qu’aucune mesure de fractions de coudées n’est requise nulle part. Hasard? J’en doute.

La technique présentée dans cet article est bien plus précise que celle constamment utilisée par des poseurs de pavés qui tirent deux ficelles et ajustent l’angle droit avec une toute petite équerre placée à l’intersection des cordes. Leur imprécision rendrait hilare n’importe quelle momie pharaonique m’ayant vu à l’œuvre.

Pharaon fut satisfait du travail accompli grâce aux preuves que je lui ai apportées. Il a donné son assentiment royal puisqu’il avait parfaitement compris ma méthode en regard de sa très grande simplicité. Elle s’avérait si évidente que Khoufou n’a même pas pris la peine de la noter. D’après lui, «n’importe quel enfant de cinq ans saurait la reproduire». 4500 ans plus tard, il semblerait que nous ayons une pénurie d’enfants de cinq ans puisque nous nous extasions sur ce puéril exploit en lui attribuant des origines des plus mystérieuses.