Un bon vendeur

Cette histoire m’a été racontée alors que je travaillais dans la vente à l’occasion d’un week-end consacré aux futures stratégies de vente.

Un bougre arrive devant saint Pierre qui lui fait visiter le paradis. Nuages, musique classique, angelots, voix célestes, vertus, paix et tranquillité. Mais avant d’y entrer, saint Pierre l’oblige à visiter l’enfer en guise de pénitence pour la rémission de ses péchés. L’homme choisira ensuite l’endroit qu’il préfère.

Arrivé aux portes de l’enfer, Satan l’invite à entrer. Il ouvre des portes les unes après les autres et ne voit qu’orgies, drogues, alcools, festins de toutes sortes, le tout sur des airs de musique rock à tue-tête.

De retour au paradis pour annoncer sa décision, l’homme avise saint Pierre qu’il préfère l’enfer. Saint Pierre fait une moue et accepte son choix.

L’homme revient en enfer et Satan l’attrape par le bras sans mot dire. Il ouvre une porte et projette violemment le nouvel arrivé sur le sol. L’homme regarde ce qui s’y passe autour de lui pour ne voir que des gens en train de se faire brûler, écarteler, dépecer, mutiler.

Au moment d’être attaché à une table de torture, l’homme crie à l’attention de Satan « ce n’est pas ce que tu m’as montré quand je suis venu te visiter ».

Et Satan de lui répondre : « à ce moment tu étais un prospect, maintenant tu es un client ».

Évidemment, cela avait pour but de nous inciter à éviter la représentation mensongère et non à la promouvoir, quitte parfois à laisser un client se perdre aux mains d’un vendeur malhonnête.

De Hochelaga à Montréal

Mes ancêtres Iroquoiens occupaient l’ile de Montréal bien avant l’arrivée des colons Français. Une bourgade portant le nom d’Hochelaga, accueillit Jacques Cartier en 1535, mais son emplacement précis reste aujourd’hui incertain. Même si un quartier de la ville porte encore ce nom, la communauté amérindienne avait son campement sur les flancs du Mont-Royal, passablement éloigné du quartier Hochelaga actuel.

Si Jacques Cartier aperçois le campement amérindien en 1535, il n’est pas revu par Samuel de Champlain lors de son passage en 1603. Toutefois, si le campement se trouvait sur le flanc sud-est du Mont-Royal et que Champlain emprunta l’embranchement de la Rivière-des prairies au nord de l’ile plutôt que de passer par le fleuve Saint-Laurent au sud, la montagne se serait interposée entre les deux. D’autre part, beaucoup d’eau s’est écoulé entre les expéditions des deux voyageurs Français. Les amérindiens avaient pour habitude de se déplacer durant l’année. Il aurait suffit de qu’ils se soient rendus ailleurs pour chasser ou pêcher pour rendre invisible la bourgade visitée par Jacques Cartier soixante-huit ans auparavant.

En l’année 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance instaurent une colonie permanente sur l’ile, sur les rives du Saint-Laurent aux abords d’une petite rivière, un lieu aujourd’hui appelé Pointe-à-Callière qui se situe dans le Vieux-Montréal. Le lieu prend le nom de Ville-Marie. Plus tard, ce nom sera cédé pour adopter celui de son mont Mons Realis (Mont-Royal), Montréal.

De par mes racines mohawks et françaises, je suis doublement Montréalais, aujourd’hui une agglomération urbaine de plus de 4 millions d’habitants, soit un peu moins de la moitié de la population entière de la province de Québec.

La particularité de Montréal est d’être un ile au cœur du fleuve Saint-Laurent tout en possédant un mont de 111 mètres en son centre. Ce mont fait partie des Montérégiennes, une série de 11 élévations toutes alignées, signe d’un point chaud se déplaçant avec la dérive du continent. Ces montagnes se sont formées par une remontée de magma qui n’a jamais atteint la surface. L’érosion dues aux glaciers a grugé la roche plus tendre aux alentours, laissant apparaitre cette chaine formée de roches magmatiques beaucoup plus dures.

Si autrefois habiter une ile pouvait s’avérer avantageux, l’obligation actuelle d’emprunter un pont pour s’y rendre complique la circulation routière, parfois à toutes heures du jour et d’autant plus depuis que le camionnage a remplacé une bonne partie du trafic ferroviaire.

La rive sud de l’ile de Montréal est occupée par le Port de Montréal qui utilise 24 km de ses berges, le cinquième port en importance à l’Est de l’Amérique du Nord. Il accueille également de plus en plus des passagers en croisière grâce à un réseau d’attractions touristiques bien développé autour du Vieux-Port et du Vieux-Montréal.

La ville de Montréal occupe aujourd’hui 360 km2, les trois-quarts de la superficie totale de l’ile.

Photo : Par Limage95 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=61252656

Montréal a 375 ans

Montréal a 375 ans, mais elle a un vécu bien plus grand.

Les festivités entourant le 375e anniversaire de fondation de Montréal se terminent bientôt et je n’en ai pas encore touché un mot.

Étant Montréalais de naissance et citoyen de cette ville, mon patriotisme serait-il en panne ? Possible. Disons que j’avais perdu beaucoup de fierté depuis une bonne vingtaine d’années alors que les scandales de corruption avérés et soupçonnés étaient les seules nouvelles qui parlaient de notre ville.

Selon moi, les Montréalais avaient peu de bonnes raisons de fêter leur ville sapée de toutes parts, gangrénée et sucée de son sang, chacun se servant comme dans un buffet ouvert jusqu’à se faire exploser la panse. Malgré toute cette grisaille, la ville a malgré tout réussi à organiser et à tenir une panoplie d’événements répartis tout au long de l’année 2017.

L’un des plus éblouissants succès est sans contredit l’illumination du pont Jacques-Cartier. Nos artisans illuminent déjà des centaines de spectacles partout sur la Planète et pas les moindres. Les mettre à contribution pour léguer à la ville un héritage témoignant de notre talent, de nos saisons et de nos énergies fut l’un des faits marquants de l’année.

La firme Moment Factory fut le maitre d’œuvre de cette colossale réalisation. Elle fit appel à toutes les autres entreprises montréalaises spécialisées en éclairage et en multimédia dans un formidable esprit de coopération.

Jour après jour, l’éclairage change selon la saison, mais également en fonction des événements survenant dans la ville et de l’humeur de ses citoyens. Que ce soit durant le Grand Prix de Montréal de Formule 1 ou lors d’une tempête de neige et de blizzard, le pont adapte sa personnalité aux conditions environnantes. Véritable baromètre de l’activité montréalaise, le pont de dentelles d’acier juché très haut au-dessus de la voie navigable du fleuve Saint-Laurent en met plein la vue à tous ceux qui l’aperçoivent, même à des distances impressionnantes. Ne serait-ce que pour cette seule réalisation, le 375e anniversaire de la ville a valu la peine d’être souligné.

Ah, l’espoir !

L’espoir est un sentiment teinté de souffrances. Il résulte de la capacité qu’a l’humain à anticiper l’avenir, mais il émane souvent de l’envie et de la jalousie, ou encore d’un instinct primitif enfoui au plus profond de nous tous. Il se manifeste parfois dans les moments les plus sombres, mais il peut aussi nous quitter sans raison apparente, faisant de nous des loques, des zombis ou des cadavres.

L’espoir s’achète sous la forme d’un billet de loterie, d’une participation à un concours, d’une entrevue ou d’une audition. Il s’amuse avec nous, souffle le chaud et le froid, nous nargue, nous convie à faire la fête, mais n’évite jamais de nous la faire payer cher.

L’espoir nous rend amnésiques, nous gave de nuages vides, nous remplit de déceptions et de rage. L’espoir nous offre la délivrance, mais nous sert la souffrance.

L’espoir est cette toute petite flamme inextinguible qui cherche sans fin le combustible à dévorer. Parfois, on lui permet d’y goûter du bout des lèvres, mais ce n’est que pour mieux le tenir en esclavage.

L’espoir est omnivore, il se nourrit de rêves, de lubies, d’utopies, de chimères et de pensées magiques. Il dépense ses derniers deniers en vain et sans sagesse. Larmoyant, il se raccroche à un signe des cieux inexistant, ignorant les conseils et les mises en garde de ses proches.

L’espoir fustige les pessimistes, leur fait la leçon, pourtant les taciturnes ont cent fois plus de victoires que de défaites à leur compte. L’espoir s’en moque, le moqueur est terrassé, il se relève pour un nouvel assaut, semblant oublier sa dernière déconvenue et la fin certaine de la suivante.

L’espoir est-il si entêté qu’il refuse de regarder en face l’issue fatale impossible à éviter ? L’espoir est-il si bête ? N’est-il rien de plus qu’un chien se pourléchant les babines à la vue d’une viande qu’il n’aura jamais, car située bien à l’abri de ses crocs derrière une vitrine ?

L’espoir n’est rien de plus que l’espoir et ne sera jamais rien de plus que l’espoir. Rien de plus, mais tellement, car l’espoir est tout ce qui reste de l’homme lorsqu’il n’est plus rien. L’espoir est donc tout ce dont l’humain a réellement besoin pour être et pour rester en toutes circonstances et à jamais… un humain.

Photo : espoir.ca

Nouvelle tentative ratée de prendre Einstein en défaut

La théorie de la relativité générale d’Einstein élaborée entre 1907 et 1915 est considérée comme étant la plus importante contribution d’un seul homme à la physique. Il reçut toutefois de l’aide de deux mathématiciens qui lui permirent de compléter son œuvre, Marcel Grossmann et David Hilbert. Cette théorie complexe nous présente un modèle sur la façon dont les objets déforment l’espace-temps pour, en contrepartie, faire bouger ces mêmes objets. Depuis, sa théorie tient bon contre tous les assauts, y compris les plus récents et les plus raffinés, dont l’expérience Microscope. Cette récente tentative cherche à prendre en défaut le postulat qu’a utilisé Einstein pour élaborer sa fameuse théorie.

Un postulat est une affirmation non démontrée servant de point de départ à l’élaboration d’une théorie. Dans le cas de la relativité générale, Einstein a postulé un principe d’équivalence entre lois physiques dans un référentiel tombant en chute libre dans un champ de gravitation et les lois physiques dans un référentiel inertiel.

On connait mieux la formulation suivante. Deux corps, quels qu’ils soient, tomberont de façon identique dans un même champ gravitationnel, peu importe leur masse ou leur densité.

L’expérience du satellite Microscope «Micro Satellite à traînée Compensée pour l’Observation du Principe d’Équivalence» consiste en deux cylindres imbriqués l’un dans l’autre faits de métaux différents, donc de densité différente. Si les deux cylindres tombent de façon identique dans le champ de gravitation, on ne constatera aucun changement dans leurs positions respectives. Dans le cas contraire, ils se déplaceront l’un par rapport à l’autre et le principe d’équivalence sera violé, mettant à mal la relativité générale, ce qui ouvrira la voie à établir une nouvelle théorie de la gravitation.

Pourquoi cette énième expérience sur le même sujet alors que toutes les précédentes se sont soldées par une confirmation du principe d’équivalence?

Tout d’abord, pour affiner les mesures puisque Microscope est cent fois plus sensible que les précédentes expériences. Une différence pourrait alors être perçue par des accéléromètres là où elle aurait échappé aux expérimentations moins précises.

L’autre raison est encore plus fondamentale. Les deux piliers de la physique actuelle se détestent mutuellement. La chromodynamique quantique et la relativité générale semblent décrire deux univers différents alors qu’elles font partie d’un seul et même monde, le nôtre. Pourquoi le comportement de la matière se modifie-t-il si drastiquement aux très petites et aux très grandes échelles, demeure un mystère total et très dérangeant.

Pourtant, les deux théories résistent jusqu’à présent aux multiples tentatives de plus en plus raffinées visant à prendre en défaut l’une ou l’autre, sinon les deux. La dichotomie actuellement observée agace, frustre et embête les physiciens qui n’y voient qu’un moyen de progresser vers une vérité cachée sous-jacente. Mais les deux édifices théoriques tiennent bon, malgré l’inventivité des expérimentateurs. Par exemple, le satellite Microscope a permis jusqu’à présent de vérifier le principe d’équivalence jusqu’à une sensibilité de 2 x 10-14 (0,00000000000002) et on espère améliorer cette sensibilité d’un facteur 20 d’ici peu (1 x 10-15).

Même si le principe d’équivalence reste toujours valide, cette expérience permettra d’éliminer d’autres théories concurrentes. Si, par contre, des différences commencent à apparaitre, la théorie des cordes (actuellement repoussée dans les cordes du ring) pourrait prendre du gallon puisqu’elle prédit une différence très faible entre la masse inerte (inertielle) et la masse grave (en champ de gravité).

Il est important de comprendre que toutes les théories ne sont qu’une modélisation de notre Univers et non une représentation exacte de ce qu’il est. Les nouvelles théories émanent des ambiguïtés des précédentes. Il n’est pas dit qu’un jour nous ayons réponse à tout à partir d’une seule théorie unifiée. Par contre, notre compréhension actuelle du comportement de notre monde ne nous satisfait aucunement, malgré notre capacité de prédiction permise soit par la relativité soit par la chromodynamique quantique. C’est comme demander à papa de nous répondre lorsqu’il est question de sujets d’ordre cosmique et à maman lorsqu’on discute d’atomes et de ses constituants. On rêve du jour où nos parents règleront leurs différents une fois pour toutes. Cela pourrait s’avérer impossible, mais jusqu’à présent, on a toujours réussi à trouver un terrain d’entente. C’est seulement lorsqu’on affine le sujet de conversation que de nouvelles différences apparaissent. Cette divergence actuelle résiste aux assauts de millions de théoriciens et expérimentateurs depuis près d’un siècle. Jamais nos efforts n’ont été aussi nombreux et perfectionnés dans le but de faire mentir la gravitation ou son adversaire composé des forces nucléaires faible et forte ainsi que de la force électromagnétique.

La schizophrénie dont est atteint le monde de la physique finira, espérons-le, à être un jour guérie. Pour ce faire, d’autres expériences devront être effectuées avec des moyens toujours plus ingénieux afin d’atteindre des degrés de précision inégalés.

Photo : europe1.fr

Expressions québécoises – 3

Aujourd’hui, une expression très simple qui me servira de prétexte pour donner la définition de quelques mots associés qui sont parfois absents des dictionnaires français ou qui présentent une définition différente de celle que nous utilisons.

L’expression est : « Tire-toi une bûche ».

Je vous parle d’une vieille expression datant de nos ancêtres colons. À cette époque, le travail de la terre était éreintant puisqu’une grande partie du territoire n’avait jamais été défriché ni essarté. De plus, le froid intense obligeait les colons à couper beaucoup de cordes de bois (1,8 stères) afin de passer les hivers au chaud. Une véritable corde de bois correspond à un cube de 4 pieds, par 4 pieds, par 4 pieds de bûches de bois fendu. 4 pieds correspondent à 1,22 mètre. On utilisait une corde de cette longueur pour mesurer l’empilement compact des quartiers de bûches prêts à être brûlés dans les poêles à bois ou les foyers. Il n’était donc pas rare d’arriver chez quelqu’un et qu’il soit en train de débiter du bois. L’arbre s’abattait à l’aide d’une hache à deux lames. Une fois l’arbre abattu et ébranché, il était étêté pour que la bille de bois mesure un multiple de 4 pieds. De là, on obtenait une pitoune de bois standard qui était tirée par des chevaux de trait ou plus efficacement en la jetant à la rivière pour la drave, une opération consistant à diriger d’énormes tas de pitounes sur une rivière pour les faire descendre le courant jusqu’à un moulin à scie. Un travailleur spécialisé dans la drave est un draveur. J’en ai connu un qui avait plus de 90 ans et qui me racontait ses histoires de drave. Il ne devait pas peser plus de 50 kilos. Son poids plume l’avait conduit à être celui qui plaçait la dynamite lorsqu’il fallait détruire un embâcle. Une fois la mèche allumée, il devait s’éloigner le plus vite possible en sautant d’une pitoune à l’autre jusqu’en lieu sûr. Ce travail était extrêmement dangereux puisque les pitounes sont mouillées, glissantes, instables et elles tournent facilement sur elles-mêmes. La plupart des mortalités dans ce métier étaient justement dues à des chutes entre deux pitounes qui écrasaient le travailleur ou à des noyades lorsqu’un malheureux ayant passé à travers le radeau était incapable de retrouver la surface. 

Lorsqu’on coupait des arbres pour ses besoins personnels, les pitounes étaient tranchées en bûches de 16 pouces de long à l’aide d’un sciotte, une lame de scie montée sur un cadre en bois en forme de C, ou en duo avec un godendard, une très grande lame de scie seulement munie d’une poignée en bois à chaque extrémité où les utilisateurs tirent la lame vers eux chacun à leur tour. Vous n’avez probablement jamais manié un godendard. Je vous jure que ça prend une excellente technique, une bonne coordination entre les partenaires, ainsi qu’une endurance… de bûcheron. En revanche, un arbre de 50 centimètres et plus n’impressionne pas cet outil qui peut passer au travers d’une bille de bois couchée à l’horizontale en une dizaine de secondes lorsque le godendard est manié de façon adéquate.

Pour revenir à notre expression, « tire-toi une bûche », elle a dépassé aujourd’hui le cadre initial qui signifiait littéralement que l’invité était convié à se choisir une bûche et à la rapprocher pour s’asseoir quelques instants. Aujourd’hui, elle s’est répandue dans le quotidien même si on ne débite plus son bois et qu’on ne s’assoit plus sur des bûches, sauf parfois en camping.

Sa signification est : « Prends une chaise et assieds-toi qu’on cause quelques instants ».

L’idée initiale était que l’hôte signifiait à la personne arrivée parfois à l’improviste qu’il s’accordait un moment de répit et qu’elle pouvait se choisir une bûche de bois pour s’asseoir. Maintenant, on utilise cette expression familière entre amis ou avec des personnes qu’on cherche à mettre à l’aise pour une discussion sans fla-fla, à la bonne franquette. Évidemment, les bûches ne servent plus de siège depuis longtemps, mais l’expression est restée comme signe de convivialité et d’hospitalité. Alors, si vous venez nous visiter et qu’on vous dit « tire-toi une bûche », soyez assuré que la discussion s’aligne pour être amicale et détendue, mais ne cherchez pas la bûche. Et si par hasard vous en trouvez une près d’un foyer, dites-vous que notre intention n’est vraiment pas de vous offrir le plus mauvais siège possible. Et de grâce, ne vous la tirez surtout pas !

Dans mon canot d’écorce

« Dans mon canot d’écorce
Assis à la fraîche du temps
Où j’ai bravé toutes les tempêtes
Les grandes eaux du Saint-Laurent »
(paroles d’une chanson folklorique québécoise)

Lorsque dans des films ou des séries télé on présente des personnes en train de faire du canot, la façon dont ils se servent de leur aviron me chamboule à chaque fois. Ils pourraient tenir des broches à tricoter et le résultat serait comparable. Pourtant, en quelques minutes seulement, n’importe qui peut apprendre les rudiments de cet acte que, pour ma part, je trouve empreint d’une belle noblesse et d’une élégance rare.

Un canot fendant en silence l’eau miroitante. Le canotier laissant nonchalamment trainer son aviron avant de le relever pour l’enfoncer tout doucement dans les ténèbres d’un lac immobile. L’absence apparente d’efforts pour maintenir le cap, son canot filant droit devant comme s’il était guidé par une main magique. Quelques gouttes d’eau dégoulinant de l’aviron en laissant échapper un faible cri de liberté. La gite volontaire imprimée à la frêle embarcation, comme si le plat-bord défiait la rivière d’y pénétrer.

Bien sûr, il existe, comme dans toute activité physique, des monstres de la performance. J’ai travaillé un certain temps avec Jeff, un expert en canot de rivière. Il se mesurait aux pires rivières que la Terre avait engendrées. Rochers coupants comme des lames de rasoir, tourbillons meurtriers, courants démentiels, chutes vertigineuses, remous sournois. Jeff ne canote pas. Lui et son canot ponté ne font qu’un. Alors si vous regardez une publicité ou un reportage dans lequel un gars descend une rivière déchainée, dites-vous qu’il s’agit peut-être de Jeff.

Malgré ses compétences hors du commun, Jeff était toujours prêt à initier des groupes à l’art du maniement de l’aviron pour ensuite ramer quelques kilomètres en leur compagnie sur un lac ou sur une gentille rivière. À ces occasions je lui servais parfois de serre-file. Alors je lance une invitation aux réalisateurs cinématographiques. Ne laissez pas les acteurs avironner comme s’ils tenaient une batte de baseball. Trouvez quelqu’un dans les parages qui saurait leur donner une ou deux vraies leçons. Et si vous ne dénichez personne aux alentours, achetez-moi des billets d’avion et j’irai volontiers leur montrer les différences entre tenir une raquette de tennis, une baguette de pain et un aviron.

Photo : https://www.espaces.ca

Programmer des voyages dans le temps, le problème de l’espace

Cet article est la suite du précédent dans lequel il a été établi que les voyages temporels sont en fait des voyages spatiotemporels. Ceux-ci obligent de programmer des coordonnées de temps ainsi que d’espace pour réussir un retour à un moment et dans un lieu précis. L’autre concept est la notion de valeur de référence. La machine à voyager dans le temps doit être alimentée avec des valeurs de référence pour éviter d’envoyer son voyageur à n’importe quel endroit.

Toutefois, le temps et l’espace se comportent différemment, car le temps ne possède qu’une seule dimension et elle coule naturellement du passé vers le futur, elle est dotée d’un mouvement propre, tandis que l’espace possède trois dimensions statiques dans lesquelles on peut se mouvoir à notre guise puisqu’il n’existe pas de devant, ni d’arrière, ni de gauche, ni de droite, ni de haut, ni de bas. C’est uniquement à partir de l’établissement de façon non contraignante d’un point d’origine commun aux trois axes ainsi que notre choix des axes de longueur, de hauteur et de profondeur que les six notions de direction acquièrent un sens pratique.

En ce qui concerne le temps, une référence temporelle commune aux deux dates n’est pas nécessaire. Elle pourrait valoir n’importe quelle valeur puisque dans les équations, elle s’annule avec elle-même. Ainsi, peu importe la référence de temps choisie, le moment du Big Bang, l’apparition de la première forme de vie sur Terre, la naissance de Gengis Khan ou la perte de ma première dent, la différence entre le moment de mon départ et ma valeur de référence temporelle, puis la différence entre le moment de l’arrivée et la même valeur de référence temporelle, si je soustrais les deux chiffres obtenus de ces soustractions, j’obtiens toujours le même nombre, quelle que soit la référence temporelle utilisée, pourvu qu’elle soit la même. Cette référence s’élimine toute seule dans les équations. En fait, pour être plus précis, c’est le temps présent qui sert de temps de référence pour déterminer hors de tout doute le moment exact du passé à atteindre.

Pour ce qui concerne des coordonnées spatiales, le problème se corse puisqu’on ne peut malheureusement pas compter sur l’annulation des coordonnées de référence et c’est là le nœud du problème parce qu’il n’existe aucun point spatial pouvant être considéré comme une référence immuable pour les deux moments, celui du départ et celui d’arrivée.

Un saut instantané d’un espace-temps à un autre semble ainsi impossible, sauf dans le cas où il serait possible de capter le signal GPS pour déterminer la position géographique exacte. Toutefois, il est nécessaire de donner au GPS un repère géodésique pour compenser la dérive des continents. Il existe aussi la précession des équinoxes, un mouvement rotatoire des pôles géographiques terrestres qui peut influencer la lecture d’une position précise. Si on rajoute la nutation, une oscillation de l’axe terrestre, on obtient tout un tas de mouvements aptes à dérégler la mesure du point spatial référentiel.

Évidemment, de cette façon, il est impossible de faire un saut dans le temps plus important que depuis la mise en service du signal GPS et ça ne résout pas entièrement le problème de la dérive des continents qui déplace la localisation d’un point en surface d’une valeur comprise entre un et dix centimètres par année.

Toute erreur de position, même de quelques centimètres, déplacera le voyageur par rapport aux objets de l’enceinte dans laquelle réside la machine spatiotemporelle. Se retrouver la tête prise dans le plancher de béton de l’étage supérieur ne représente pas une solution santé. Pas plus d’ailleurs si le chanceux se retrouve au beau milieu du Pacifique, ou dans le vide intersidéral, ou au cœur du Soleil !

Une référence spatiale solide à travers le temps constitue un sérieux handicap et un défi extraordinaire à relever pour réaliser, mais surtout réussir, des sauts spatiotemporels d’envergure à l’aide d’une machine programmable.

Photo : magazineprestige.com

Programmer des voyages dans le temps

En deux articles, j’aborderai une fois de plus ce sujet, mais cette fois du point de vue de voyages qu’on pourrait programmer dans une machine à remonter le temps. Ce premier article abordera deux concepts fondamentaux qu’il faut absolument connaitre pour programmer adéquatement ce type de machine.

Je regarde actuellement des épisodes de la série télévisée Dark produite en Allemagne par Netflix. L’intrigue est basée sur les voyages temporaux et plus spécifiquement sur le temps cyclique. Comme je l’écrivais dans un article précédent, l’industrie du cinéma et des séries télé adore apprêter ce sujet à toutes les sauces. Les producteurs ne craignent pas les paradoxes et certains d’entre eux auraient dû s’en méfier, car les aberrations de scénarios inondent quelques fois les spectateurs d’inepties carabinées ininterrompues. Mais bon, faut croire qu’au nom du divertissement, on puisse oublier tout sens commun. La série Dark, faut-il le souligner, n’est pas désagréable. Le dédoublement des personnages est pleinement assumé, mais ils ont oublié, comme la plupart des autres scénarios sur le sujet, un élément fondamental et essentiel lié aux voyages temporaux.

Depuis Einstein, nous savons que l’espace et le temps sont intimement liés dans une construction indissociable. Si nous partons du principe que les voyages dans le passé sont possibles, il est plutôt aisé de calculer le nombre d’années, de jours, d’heures et de minutes d’un voyage dans le passé et de donner à la machine cette quantité de temps à rebours. La difficulté ne réside pas dans ce calcul, le problème est que cette donnée est insuffisante pour réussir un voyage temporel puisque Einstein l’a bien compris, le temps et l’espace forment une seule et même entité indissociable appelée espace-temps.

Donc, pour les voyages temporels programmés, les coordonnées d’espace sont des données aussi essentielles que celle de la valeur du temps à rebours. Il faut nourrir notre machine avec deux séries de données complètes. Celle du moment et du lieu de départ et aussi celle du moment et du lieu d’arrivée. Cette exigence est tout aussi valable même si les lieux de départ et d’arrivée sont identiques pour les deux dates. L’espace-temps ne constitue qu’une seule et même donnée composite constituée de trois valeurs spatiales et une de temps. Et il en faut deux de ces données composites pour programmer un voyage spatiotemporel. Un voyage seulement temporel, ça n’existe pas.

Voyons maintenant le second concept essentiel, celui de valeur de référence. Une valeur de référence est une donnée statique permettant de donner un point de comparaison commun à un groupe de données variables. L’exemple le plus simple est celui d’un individu se rendant chaque jour sur les lieux d’attraits touristiques différents à partir de sa chambre d’hôtel. Son emploi du temps dessiné sur une carte ressemble à des rayons émanant d’un seul et même lieu, son hôtel.

Mais si on élimine ce point de référence, le lieu de départ quotidien, il ne reste sur la carte que des points n’ayant aucune relation entre eux et la carte ne nous renseigne pas sur les itinéraires à parcourir. Programmer le lieu de départ est donc essentiel, car il constitue le point de référence commun à chaque itinéraire quotidien.

Dans un même souffle, on doit inscrire une date et une heure de départ et d’arrivée pour chaque rayon dessiné sur la carte afin d’avoir le portrait complet du programme spatiotemporel du voyageur.

Voilà pour les deux concepts fondamentaux qu’il faut absolument comprendre avant d’aborder la programmation de voyages spatiotemporels.

Dans le prochain article, j’aborderai la question de la différence importante existant entre les données de nature temporelle et celles de nature spatiale dans le but de programmer une machine à voyager dans l’espace-temps.

De Jules, de César, des Gaulois et d’une certaine langue commune

Lorsqu’on fait partie des irréductibles Gaulois comme moi, on ne se laisse pas facilement assimiler. Gaulois comme moi, diriez-vous ? Certainement ! Une partie de mes ancêtres étaient gaulois, enfin, bretons, c’est presque pareil. L’autre partie n’est pas Gauloise, même si elle fumait le calumet de paix. On mettait probablement des Gitanes dans le calumet. Parait que ça se fume. Selon un Français ! Mais faut toujours être circonci… circonlo… circonvo… circonspect avec les déclarations des Français.

En déclarant leur indépendance, les Français ont voulu couper les cheveux de leur reine pour leur donner une belle Égalité. Ils ont raté leur coup, la tête y est passée au complet ! C’est certain qu’ils devaient avoir trop Picolé, mais celui-là ils l’ont pas mis dans leur devise. Ils ont prétexté que c’était pour la Liberté, mais c’est faux parce qu’ensuite ils l’ont refilé aux Américains. Moi, je leur aurais plutôt donné leur reine avec sa tête à part. Me semble que ça aurait plus ressemblé aux Américains. Et parait-il qu’ils ont également parlé de Fraternité. Encore un autre problème avec l’Égalité ? Oui, l’Égalité des sexes. Elle est où la Sororité dans leur devise ?

Eh ! vous de l’Hexagone ! Vous ne croyez pas que les fameuses bandes dessinées d’Astérix se prêtent bien plus à nous décrire, nous, les Québécois ? Vous savez, l’encerclement général, l’absolue infériorité du nombre, l’omnipotence du voisin, sa culture envahissante, l’ennemi infiltré dans nos rangs, la ressemblance physique des personnages, le chien édenté inutile, la potion magique (nos bières), les poissons puants (certains ex-ministres), les dolmens en ruines (nos autoroutes), les festins au sanglier (nos partys de poutine au bacon), le chef instable sur son bouclier (les tergiversations de nos derniers PM), le barde impopulaire (notre meute de chanteurs-chanteuses envahissant vos oreilles) et j’en passe.

Franchement, les Astérix, ce sont nous, les Québécois, entre autres parce que vous remplacez toutes nos expressions québécoises par des astérisques à défaut de les comprendre. Je connais même un corbot qui s’amuse à vous les expliquer. Quand on vous parle, vous répondez Quèskidiz ? Quèskidiz ? J’ai cherché dans tous vos dictionnaires et ce mot n’ex-i-ste pas. Faque vot argot ! Utilisez plutôt des vrais mots français comme catarrhiniens, hyoscyamine, chloasma, yeomanry ou jablotchkoff si vous voulez le moindrement vous faire comprendre, parce que Quèskidiz, j’ai juste envie de vous répondre : Dekessékidilala !

Et les Gaulois, c’était dans le temps de Jules César, non ? Oui ? Il vous a vraiment traumatisé ce Jules César. Quand une femme trouve chaussure à son pied, vous dites qu’elle a trouvé son… Jules. Et les gars appelle leur petite amie une… Césarienne, je crois. Oui, oui, l’autre jour, un Français m’a dit : « on m’a eu par Césarienne ». Ouais, nous c’est plus par les gosses. Vous parlez d’enfants alors qu’on en est seulement rendu aux préliminaires, encore aux couilles.

On a beau parler la même langue, ma langue refuse totalement de parler comme la vôtre! Facile à comprendre pourquoi on ne vous comprend pas. Vous refermez votre bouche quand vous parlez pour ne laisser qu’un tout petit trou. De plus, vous parlez moitié français, moitié anglais. Quand vous utilisez votre langue, vous dites que vous frenchez au lieu de simplement dire que vous parlez français. Votre excuse c’est que vous mettez les mots dans la bouche de l’autre, mais on ne vous entend pas très bien. Enfin, on entend des slurp ! des schlitsh ! ou des achoupf ! Quelle langue vous parlez ? Hum ? Français ? Mon œil !

La langue, c’est comme du bon pain… ou une amie contorsionniste. Dans tous les cas, l’a mie doit être molle, élastique, blanche de préférence, mais avec un beau bronzage en surface qui rend doux comme une belle fesse. Une langue, dans ce cas, ne trouve plus rien à redire. Mais faut pas être rassis ni rassiste, même quand l’amie est brune en dedans et en dehors, c’est bien correct. La langue ne voit pas grand différence, parce que son ouïe n’est pas sur son cou. Non, la langue, c’est dedans le cou. Mais on ne voit rien quand on est dedans le cou. Oui, je sais, ma mère n’arrêtait pas de me dire que si je voulais tout comprendre, je devais être dans le cou, mais son plan, ça ne marche pas. Je lui disais que son plan, c’est un plan con, cave. Elle me calmait en disant : Fais pas le con, vexe-toi pas pour ça. Je pense que si elle avait su que je serais con, elle ne m’aurait pas con… çu. Enfin, elle aurait plutôt utilisé sa langue française… pour éviter le con. Encore une autre histoire de langue et de sexe !

Ma langue française, j’essaye de la faire rentrer dans une de vos oreilles sans qu’elle ressorte par l’autre. Certaines Françaises aiment ça, d’autre pas. Et il n’y a rien de pire quand on est chatouilleux sur la chose. Là, ma langue dans votre oreille, vous ne voulez rien savoir ! Vous demandez qu’on garde notre langue dans sa poche… ou sur sa poche, je ne me rappelle plus très bien les pressions exactes qu’on utilise. Encore et toujours une histoire avec les gosses !

Une langue maternelle, ah, ça, ça, c’est bon. L’autre jour, j’ai vu naitre un veau et une langue maternelle qui le nettoyait bien comme il faut. On voyait que le veau comprenait très bien la langue de sa mère, parce qu’il ne bougeait pas du tout. Moi, je ne me rappelle pas d’avoir été léché par ma langue maternelle même si ma mère m’a souvent dit d’avoir une langue léchée. Je ne comprenais rien, parce que je pensais que la langue, ça servait à lécher.

Et c’est là que finalement, j’ai tout compris. Un éclair de génie, je vous dis !

La langue léchée et le french. Voilà ce que ma mère essayait de me faire comprendre depuis tout ce temps. En frenchant, mais en français, pas en anglais s’il vous plait, on lèche la langue de l’autre pour avoir une langue léchée en retour. Ah, ce français, quelle langue coquine ! Mais un peu compliquée, tout de même.

Toutes ces circonci… circonspe… circonvo… circonlocutions dans mes oreilles ! Trop de cire, de cons, de si, et d’ions, ça m’en fait perdre mon lutin. Je n’ai jamais possédé de lutin ! Un lutrin, oui, pour mes partitions. J’en perds mon lutrin… ça ne doit pas être ça, j’ai encore mon lutrin. Si j’étais suffisamment vieux, je pourrais demander à Jules César. Je suis certain qu’il connait ça, lui, cette expression avec le lutin.