Jugement et tenue de gala

J’ignore pour vous, mais j’enfile mes habits de gala assez peu souvent. Le reste du temps, je les protège en les gardant sous des housses. Lorsque j’ouvre le zipper, c’est le signe d’une célébration prochaine. Une fois la fête terminée, les vêtements nettoyés, je les range en les oubliant au fond de la penderie puisqu’ils ne me seront plus d’aucune utilité jusqu’au prochain événement mondain «black tie».

Je vois des gens qui utilisent leur jugement de la même manière, comme s’il s’agissait de leur tenue de gala. Le reste du temps, ils le laissent bien rangé sous une housse pour ne se fier qu’au jugement des autres, aux décisions des autres, aux idées des autres.

Cette procuration leur permet de critiquer les sans risquer de mettre en cause leur propre manque de jugement. Je prends pour exemple la liste des mises en garde associées à des produits de consommation.

Fer à repasser: Ne pas repasser les vêtements sur vous.
Café
: Attention, chaud.
Tondeuse: Ne pas tenter d’enlever la lame pendant que la tondeuse est en marche.
Télécommande
: Ne pas mettre au lave-vaisselle.
Panneau de signalisation
: Route trempée lors de pluies.
Tronçonneuse
: Ne pas tenter d’arrêter la chaine avec vos mains ou vos organes génitaux.
Sèche-cheveux
: Ne pas utiliser en dormant.

Si des avertissements stupides de la sorte ont été imprimés, des individus sans cervelle ont posé ces gestes stupides et se sont plaints des conséquences aux fabricants, probablement dans l’espoir de recevoir une quelconque compensation. L’idiotie accomplie, le gaffeur est absout d’avoir manqué de jugement. Le coupable montré du doigt et puni sera le fabricant. En somme, on l’accusera de ne pas avoir réfléchi comme un idiot.

Non seulement les gens s’autorisent à ne pas réfléchir, mais la société les encourage dans cette voie en étant sans pitié pour ceux qui ont pensé à leur place sans avoir prévu toutes les gaffes possibles. En entreposant leur jugement sous la housse, les gens acquièrent un visa leur permettant de parcourir toutes les avenues de la bêtise.

Il faut dire que les dirigeants veulent contrôler un peuple soumis. Ça les arrange lorsque vous gardez vos fringues de gala bien loin de votre quotidien et que vous scandez leurs slogans sans les comprendre. L’important n’est-il pas de suivre les leaders, sans les critiquer, sans les juger?

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Personnellement, je tiens trop à la vie, à mes membres, à mes organes et à l’usage de mon cerveau pour laisser les autres utiliser leur jugement à la place du mien. Je n’irais pas sauter en bas d’un pont même si aucune pancarte ne m’avertit des dangers inhérents à un saut de l’ange à cet endroit. Il en va de même pour le reste des situations, même les moins dangereuses. Je pense, donc je suis, je suis en vie et je le reste en réfléchissant.

On peut voir sur les sites de vidéo en ligne des tas de gens commettre des stupidités. Je me dis que leur instinct de survie doit tenir dans un ou deux neurones tout au plus. Le fait qu’ils s’en sortent parfois indemnes ne confirme en rien la pertinence de leurs tentatives. Des conséquences miraculeusement mineures, étonnantes en comparaison avec la connerie des actes, démontrent seulement que la vie ne possède aucune justice intrinsèque.

Personne ne nait avec une quantité limitée de pensées réfléchies, le bassin ne se tarira jamais. Mieux, à chaque effort de réflexion, la matière grise s’habituera et les pensées intelligentes foisonneront. En revanche, le cerveau s’atrophie et les idées brillantes finissent par disparaitre entièrement lorsque le jugement est rangé sous une housse, comme la tenue de gala, cadenassé au fond d’une penderie ramassant la poussière au milieu d’un grenier oublié.

Je vis dans un monde peuplé de gens s’imaginant toujours être des entités individuelles vivantes alors qu’ils ne sont que des clones zombis.

Conseiller ou pas ?

« Il ne faut pas cesser de donner des conseils, il faut cesser d’être de mauvais conseillers. » — LeCorbot

La vie humaine en société consiste à procéder à des échanges entre nous. Donner, recevoir, échanger, transférer ou transmettre, il est tout à fait permis et même désirable de le faire, non seulement avec des biens et des services, mais aussi avec des idées, des avis et des conseils. Tous les jours, nous sommes influencés et nous influençons notre environnement, ça fait partie du grand jeu de la vie. Vouloir rendre les conseils tabous en noircissant leur influence, comme si elle était nécessairement néfaste, irrespectueuse, voire démoniaque, prouve seulement une chose, l’ignorance sur les façons de bien conseiller.

Les mauvais conseils commencent au moment où on pense et on dit : « Si j’étais à ta place… ». Personne ne peut se trouver à la place d’une autre. Ne croyez pas avoir le moindre soupçon de chance de vous mettre à la place de quelqu’un. Personne n’a le même passé, les mêmes sensibilités, les mêmes désirs, les mêmes peurs, les mêmes influences, la même culture, la même éducation, la même formation, la même personnalité et le même potentiel.

Au mieux, il est possible de dire en le pensant sincèrement : « Connaissant certains aspects te concernant, je vois diverses possibilités… ».

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Conseiller exige de l’humilité, tant de celui qui reçoit les conseils que de celui qui les prodigue. Celle du conseiller avivera celle de son interlocuteur.

Un conseil survenant sans options perd de son intérêt et par incidence son statut même de conseil. Le conseiller ne cherche pas à trouver la meilleure option, mais à présenter des pistes de solutions. Si le conseiller se contente de présenter sa meilleure option, elle peut très bien correspondre à la seule que la personne ne peut absolument pas envisager pour des raisons inconnues.

Évitez de conseiller par ricochet. L’exemple le plus évident est celui de la belle-mère qui conseille son gendre pour que sa fille obtienne ce qu’elle désire en se foutant éperdument de tout ce qui le concerne. Seul compte le bonheur, soit-il éphémère, de sa fille.

Conseiller par métaphores possède des vertus et des risques. La métaphore doit être bien choisie, pertinente, simple à comprendre et à décoder. Elle évite une mise en situation personnelle trop brutale, trop évidente, et s’intègre au cœur d’une conversation. En revanche, elle éloigne la personne de l’exemple utilisé et peut la garder à distance si elle décide de ne pas vouloir l’appliquer à elle pour quelque raison que ce soit. Ainsi, votre conseil se retrouvera prestement aux orties.

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On ne devrait tirer aucune gloire des conseils prodigués, car ils s’avèrent lourds de responsabilités. Le conseiller devrait toujours se souvenir de faire profil bas, de les dispenser avec parcimonie et de rester très prudent quant à leur contenu.

Un conseil ne doit pas être perçu comme une menace. Oubliez les conseils en forme d’ultimatums, car vous devrez presque à coup sûr mettre votre menace à exécution. Même un conseil bien exprimé s’avère souvent difficile à accepter. Alors, imaginez si vous lui fournissez une bonne raison de le refuser en brandissant une épée de Damoclès !

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Un conseil n’est pas plus un ordre. Que le conseil soit accepté et suivi ou refusé et oublié, votre attitude ne devrait pas changer à l’égard de la personne. Vous ressentirez certainement de la frustration, surtout si les aléas anticipés en cas de refus surviennent précisément comme vous les aviez appréhendés. Mais c’est ce qui différencie un conseil d’un ordre. Si vous désirez ordonner des choses, ne les maquillez pas en conseils. Trouvez la raison pour laquelle vous êtes en droit d’ordonner quelque chose. Si vous ne la trouvez pas, c’est qu’un ordre est inapproprié. Le maquiller en conseil semble une bonne idée pour manipuler en douceur. Détrompez-vous, car vous n’accepterez pas un refus d’obtempérer et vous tomberez dans votre propre piège.

Un conseiller n’est pas un tribunal. Alors, évitez de juger les choix de la personne que vous désiriez conseiller.

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Le conseil devrait suivre l’intention et le désir de la personne à en recevoir, pas l’inverse. Cette ouverture peut s’exprimer subtilement, car avouer avoir besoin d’un conseil est une démarche difficile. Restez sensibles aux phrases exprimées et aux sous-entendus tout en évitant de prendre vos désirs pour des réalités.

Conseiller s’accompagne de responsabilités. Si des conseils ne semblent pas nécessaires, évitez de les prodiguer et vous réduirez le poids de vos interventions sur vos épaules. Si ça ne vous cause aucun poids, dites-vous bien que vous vous méprenez sur la nature de ce que vous qualifiez de « conseils ». Parlez alors de manipulations pour obtenir ce que vous désirez, ce serait plus adéquat.

Conseiller ne doit pas relever de l’impression d’avoir raison. Être convaincu d’avoir compris un truc et penser que la personne comprendra la même chose que vous risque de vous décevoir. Ce que vous avez compris fut le résultat d’un processus et un conseil est insuffisant pour remplacer un processus d’apprentissage en entier.

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Un conseil est aussi un appel à votre patience, à votre indulgence et à votre compréhension. Si vous manquez d’un des trois, votre conseil n’était peut-être pas aussi honnête que vous le pensiez.

Certains attendent les conseils pour faire exactement l’inverse. Si vous avez détecté ce type de comportement chez quelqu’un, je suggère de rester loin de tout ce qui pourrait s’apparenter ou ressembler à un conseil. Si vous êtes tombé dans le panneau, vous pouvez lui faire savoir qu’il s’est acheté un billet pour s’assurer de votre futur silence. Le fait de vous abstenir va le contrarier puisqu’il a besoin des conseils pour savoir où se situe l’opposé. Ne tentez pas de penser blanc et dire noir afin qu’il choisisse blanc. Ce type de truc tordu finit toujours mal pour les deux.

Le confondez pas « prodiguer de bons conseils » avec « conseiller de la bonne façon ».

En fin de compte, cet article consiste-t-il à vous conseiller sur votre façon de conseiller ? Ça en a tout l’air ! Mais faites-en ce que bon vous semble, c’est juste un conseil, après tout !

Et pour conclure cet article sur la même note qu’il a commencé, une autre citation.

« Les meilleurs conseils sont ceux qu’on ignore avoir prodigués… et ceux qu’on a tus. » —  LeCorbot

Char ou fille ?

« L’humour, c’est l’art de dire des trucs horribles à quelqu’un en lui faisant perdre le désir de vous tuer. » LeCorbot

Lecteur, lectrice, voici un billet d’humour pour se relever du dimanche annonçant nostalgiquement la fin des vacances.

Au Québec on utilise beaucoup le mot « char » pour désigner son véhicule personnel. C’est un terme plutôt archaïque, mais la culture perpétue les vieilles expressions. Il existait des chars pour transporter des denrées, du foin, mais il y avait également des chars de guerre, de course, d’apparat, de défilé.

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Je ne voudrais pas péter la bulle des filles, mais certains signes ne trompent pas. Vous devriez être convaincue que vous passez au second plan, après l’automobile de votre copain, si vous entendez ce genre de phrases.

*****

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La jupe

Pourquoi j’appelle mon auto « Émilie » ? Tu vois, elle porte des jupes. Émile, ça aurait fait travelo.

J’aime quand tu mets ta jupe en cuir, tu sens le char neuf.

Oui, un autre week-end à exposer ma caisse au club des voitures modifiées. J’ai toujours eu l’âme d’un pédagogue. Mets ta petite jupe serrée rouge, elle s’harmonisera parfaitement avec celles d’Émilie.

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L’air provenant de la trappe remonte ta jupe ? Les déflecteurs sont bloqués ? Émilie est mon amie, après tout.

La fille

J’adore ton pare-chocs arrière, tu sais ! Tu as juste un petit problème de hauteur inégale avec tes amortisseurs avant.

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Tu es de quel type, déjà ? Démarreur ou cylindre ?

Le temps de ta vidange mensuelle, c’est quand ?

Tu es la plus bielle.

Les fuites de ton radiateur, ça se colmate ?

Je te préfère en V plutôt qu’à plat.

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Oui, je retire ses pneus d’hiver pour les remplacer par ses pneus d’été. Pourquoi je refuse de retirer tes bottes cuissardes quand tu me le demandes ? Boulot sans boulons, tu peux faire le travail toute seule.

La relation intime

Je ne caresse pas ma caisse, je la bichonne. La différence ? Tu me caresses, je la bichonne.

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J’aime quand tu ronronnes si sensuellement ! Quoi ? Je ne te parlais pas !

Menace-moi d’aller coucher dans le garage ! Pourquoi tu ferais cela ? Pour me… punir !

Tu mérites au moins autant d’attentions que j’en accorde à Émilie ? Elle ne me menace pas de me quitter si parfois je la néglige.

Possessivité et jalousie

Émilie ne me fait aucune scène lorsque je regarde une autre bagnole. Elle ne cherche pas à se comparer à une Ferrari non plus.

Tu t’inquiètes pour rien, parce que je ne voudrais jamais d’une Ferrari. Trop chère à entretenir. Par contre, je ferais bien une petite balade.

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Ne me demande plus si tu peux conduire Émilie. Comme tu vois, elle n’est pas équipée d’une conduite à droite.

Tu aimerais partir en balade ? Pas certain qu’Émilie ait envie que tu l’accompagnes.

Sexy

Si je te trouve sexy ? Surtout avec des auto…collants.

Et tu es très sexy avec avec tes talons aiguille, car impossible de conduire avec ces échasses dans tes pieds !

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Évidemment, tu es sexy ! Sinon, jamais tu n’embarquerais à bord d’Émilie !

Le cinéparc

Une soirée au cinéparc ? Tu n’y penses pas ! Côtoyer tous ces tacots et guimbardes !

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Si j’accepte, tu vas m’offrir une gâterie ? Seulement si tu me promets de ne rien laisser tomber sur le siège.

De choses et d’autres

Ton huile d’olive a quel indice SAE ?

Prendre notre douche ensemble ? Bien sûr ! Je me préparais justement à laver Émilie.

Ton parfum interfère avec celui du petit sapin.

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Tu mets encore tes pieds sur mon tableau de bord ! Je comprends ta façon de conduire maintenant !

Tu sens que j’aime plus mon char que toi ? Les femmes ! Toujours des idées stupides en tête. Pas surprenant qu’on préfère passer plus de temps derrière le volant et moins en votre compagnie !

Esclaves de la technologie

Sommes-nous devenus esclaves de la technologie? Cette question divise le public pour certaines raisons relevant tout d’abord de la sémantique.

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Dans ce genre de phrase, l’esclavage est généralement considéré dans son sens figuré. Il serait alors plus juste de parler de dépendance plutôt que d’esclavage, car un esclave ne s’appartient pas. Si toutefois nous remplaçons le mot esclave par le mot dépendant, le résultat obtiendrait la quasi-unanimité et la question perdrait de son intérêt.

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Ainsi, en posant cette question, il faut situer son contexte entre la dépendance évidente et l’esclavage apparent. Agissons-nous comme si nous étions des esclaves de la technologie?

La technologie a-t-elle une emprise si grande sur nous, sur notre quotidien, que nous semblons lui appartenir? Notre jugement lui est-il cédé?

Pour bien voir le présent, un retour dans le passé peut nous aider à y voir plus clair, car nous le connaissons et nous pouvons comprendre son futur qui relève une fois de plus de notre passé. Alors, remontons le temps jusqu’à la maitrise du feu par l’humain.

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Le feu constitue l’élément technologique primaire et toujours primordial. Sa récolte, sa sauvegarde, son transport et ensuite sa création ont représenté des étapes successives d’une importance sans bornes.

Ce faisant, nous nous sommes rendus vulnérables à son absence, car nous avons appris à cuire nos aliments pour les assimiler plus facilement et nous avons choisi de vivre dans des lieux trop hostiles pour notre frêle constitution en nous réchauffant à son contact. La dépendance à son égard et aux sources de combustibles ne pose aucun doute.

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Mais qui aurait voulu s’en passer pour éliminer cette dépendance? Ses avantages ne dépassent-ils pas largement les inconvénients d’être devenus plus fragiles sans lui?

La dépendance à une quelconque technologie ne représente pas le cœur du problème. La vraie question consiste donc à savoir ce que nous pourrions faire si nous la perdions. Jusqu’à quel point sommes-nous fragiles en fonction de nos aptitudes à survivre en son absence?

Nos ancêtres qui ont maitrisé le feu et qui vivaient dans un habitat riche en combustible, en aliments variés et dont les températures demeuraient annuellement clémentes possédaient une fragilité moindre à son absence que ceux d’entre eux qui ont pris racine dans des lieux très hostiles et pauvres en ressources.

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Sans toute notre technologie, nous n’aurions jamais atteint les 7,6 milliards d’humains sur Terre. Dit autrement, il serait impossible de faire vivre 7,6 milliards d’individus si notre technologie venait à manquer. Il en résulterait une hécatombe dont l’ampleur ne s’imagine presque pas. Nous frôlerions l’extinction.

Plusieurs experts pensent que la population déclinerait jusqu’à un milliard. Je crois qu’elle diminuerait bien en deçà de ce nombre si toute la technologie s’effaçait. J’ose avancer le chiffre de dix millions de personnes seulement.

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Même si bien plus de gens pouvaient survivre uniquement de leur environnement immédiat en mettant à profit leurs connaissances et leur débrouillardise, il faut compter sur les guerres et les épidémies pour les décimer pratiquement jusqu’au dernier.

Quelques poches disséminées sur une certaine bande critique de la Terre résisteront à toutes les affres. Elles constitueront l’avenir de l’humanité et celle-ci créera des légendes autour de ce passé technologique. Les générations futures parleront d’histoires inventées, absurdes, auxquelles il est stupide de croire.

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Tiens, tout ça me fait penser à quelque chose de bien connu!

Et la question primaire, sommes-nous esclaves de la technologie ? J’y répondrai de la façon suivante. Nous ne sommes pas esclaves de la technologie malgré notre grande dépendance à son égard. Toutefois l’humain peut très bien devenir son propre esclave. Il se cherchera alors un bouc émissaire et ses dépendances l’orienteront à en pointer une du doigt. La technologie se prête merveilleusement bien à ce jeu de la déculpabilisation par transposition.

Chasseuse de géants

Chasseuse de géants (v.f. de I kill giants) est un film belgo-britannico-américano-chinois réalisé par Anders Walter et paru en anglais en mars 2018. Vous pouvez le trouver sur Netflix sous sa dénomination originale anglaise et trame sonore en français.

D’une intelligence et d’une sensibilité rares, ce film s’adresse aux adolescents, aux parents et aux éducateurs.

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Il est dénué de tous les défauts que je déteste dans un film dont le sujet se prête à devenir moralisateur. Je ne vous raconterai pas l’histoire. Je vous conseille seulement de tenir bon même si parfois vous pouviez avoir tendance à vouloir le zapper.

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La jeunesse et certains problèmes auxquels elle fait face méritent amplement notre attention. Ce film possède la finesse de suivre le parcours de l’héroïne à deux niveaux qui s’emmêlent sans montrer aucune frontière, aucun saut d’un à l’autre. C’est génialement amené, tout bonnement parce que c’est vibrant de simplicité et de vérité.

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Il a été présenté en primeur au TIFF (Festival international de films de Toronto) le 9 septembre 2017.

Madison Wolfe dans le rôle principal de Barbara et Zoe Saldana (la verte beauté des Gardiens de la galaxie) dans celui de la psychologue Molly offrent des performances brillantes qui se tiennent loin de la caricature, une tendance naturelle pour le sujet et évitée avec grand art.

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Assurez-vous d’être émotionnellement réceptif avant d’entamer son visionnement. Le film ne vous tournera pas les sangs, mais sa beauté vous atteindra si vous la laissez vous toucher.

Êtes-vous démocrate dans l’âme ?

Vous vous targuez d’aimer la démocratie, vous la voulez plus belle, plus pure, vécue de plus près. Cet article vous prouvera le contraire. Pour la très grande majorité d’entre vous, la démocratie restera une utopie, car vous avez choisi ou vous opterez pour un mode de fonctionnement bien différent. Commençons votre désillusion.

Vous vivez déjà ou rêvez de vivre en couple. Cependant, votre couple est-il ou deviendra-t-il une institution démocratique? Vous le croyez? Je ne vous connais pas et pourtant je sais pertinemment que ce bel objectif ne surviendra probablement jamais.

Tout d’abord, la démocratie est basée sur l’acceptation d’une proposition à majorité simple. Dans un couple, cette majorité simple se confond avec l’unanimité, qu’elle penche en faveur ou contre l’idée du projet. Dans le seul cas qui reste, la division parfaitement égale du vote, cette impasse ne s’avère qu’apparente. Dans une démocratie utopique de couple, l’impasse se transforme habituellement en dictature.

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Disons que je propose à ma tendre moitié de voyager ensemble en Inde. Après avoir discuté d’un tas de facteurs, je demeure fermement décidé à y aller, mais je n’ai pas convaincu ma partenaire de démocratie, et accessoirement ma bien-aimée, de m’accompagner. Décision partagée. Pourtant, de ce débat au résultat divisé, il en ressortira quand même un gagnant. À égalité, le non l’emporte et l’emportera toujours. Le poids du non est prépondérant sur celui du oui. Nous ne verrons pas le Taj Mahal ni les trapps du Deccan.

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Certaines personnes ont vite compris les avantages que procure le fait de voter non et son droit prépondérant se mue rapidement et très souvent en tentative de coup d’État pour instaurer une dictature à l’intérieur du noyau familial. Tant qu’à vivre dans une fausse démocratie utopique de couple, pourquoi ne pas la transformer en dictature? Un régime bien plus performant, qui exige moins de temps pour discuter, négocier, et où convaincre l’autre camp devient accessoire.

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Contrairement à la démocratie, la dictature ne constitue pas un régime utopique, ni dans un couple ni pour une nation entière. Elle s’instaure naturellement dans le but primaire d’accroitre l’efficacité décisionnelle. Ensuite, elle glisse aisément pour se transformer en totalitarisme aveugle. Le pouvoir non partagé corrompt toutes les âmes, même les plus pures. Il en va de même dans un couple lorsqu’il a dérivé vers ce côté obscur.

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Ainsi, la démocratie dans un couple ne pourrait vraiment exister que si un nombre impair de personnes le forment. Et c’est là où j’en arrive au trip à trois, au trio, ou pour piocher dans le lexique musical, au triolet.

Un triolet consiste en un groupe de trois notes jouées dans le temps normalement imparti à deux. Alors, un triolet de vie serait un groupement de trois individus composant l’équivalent d’un couple et prenant ensemble des décisions réellement à majorité simple.

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Petit problème que vous pouvez anticiper, dans la vie normale, le mot couple rime fortement avec le mot sexualité. Un triolet équilibré devrait donc laisser la place à une sexualité satisfaisante pour tous ses participants.

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Voilà, rien n’est parfait dans la vie. Pour régler un problème de vote démocratique à l’intérieur d’un couple, il faut accepter le trip à trois permanent. On comprend aisément pourquoi si peu de triolets existent, mais également pourquoi tant de couples échouent en refusant d’adopter la solution la plus performante pour la démocratie et le bien-être décisionnel de leur couple.

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Alors, chère lectrice, cher lecteur, si votre partenaire ose un jour vous proposer un triolet, ne vous offusquez pas. Il s’agit peut-être de la seule occasion que vous aurez dans votre vie de faire partie d’un vrai système démocratique pur et non utopique.

Vous vous croyiez démocrate? Prêt à vivre en vraie démocratie ? Prouvez-le maintenant!

Nuit de mains

De ta soie peau vêtue

Collier désirs te pare donne

My love lovée doigts uncinés

Agrippe la brute fierté

Enceint de mains je m’abandonne

Délices dépravent toutes vertus

Héroïsme spontané

L’humain peut empêcher les catastrophes, mais il reste totalement impuissant à s’opposer aux cataclysmes. Nous vivons à la surface d’un monde né du feu des cataclysmes et toujours bâti sur ce feu qui engendrera d’autres cataclysmes. On ne parle pas de probabilités, mais de temps avant que de nouveaux monstres n’apparaissent et nous frappent.

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Séismes, explosions volcaniques, tsunamis, tous ces phénomènes partagent une origine commune. La tectonique des plaques, montrée par la dérive des continents, accuse la venue de toutes ces horribles conséquences pour l’humain et son environnement.

Malgré les systèmes d’alerte avancés, malgré la science des prédictions, malgré les précautions prises, malgré notre compréhension des mécanismes mis en œuvre, des milliers de gens périront quand même lors de prochains cataclysmes. Plusieurs individus bénéficieront d’un droit à la vie grâce à nos connaissances acquises au fil du temps. D’autres n’auront pas cette chance, certains par leur propre faute.

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Plusieurs curieux en mal de devenir célèbres sur les réseaux sociaux braveront les interdictions et les consignes d’évacuation. Certains ne voudront pas quitter leur logement afin de protéger (!) leurs biens. D’autres resteront piégés dans des bouchons en tentant de fuir. Quelques-uns attendront sereinement que la grande faucheuse vienne les cueillir. Enfin, plusieurs personnes chargées du secours des citoyens mourront en devoir.

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Des centaines de drames épouvantables seront vécus. Des actes héroïques incalculables seront également accomplis un peu partout. La grandeur et la décadence humaines s’exprimeront dans ce qu’elles ont de plus puissant. C’est toujours le cas lors des catastrophes, certains s’élèvent en risquant leur vie pour aider leurs semblables, tandis que d’autres s’élèvent en grimpant sur la tête de victimes nécessiteuses. Le sauveteur risque sa vie sans la perdre nécessairement. L’ingrat, lui, perd son âme à coup sûr. D’incroyables gestes de pure bonté côtoieront d’innommables félonies.

Des héros et héroïnes spontanés naitront pour rapidement retourner à leur vie ordinaire. Action éphémère et pourtant tout sauf futile, le samaritain opère spontanément. Il n’éclot d’aucun bouton apparent, puis il disparait sans fanage, sans laisser de traces de son altruisme et de son courage offerts gratuitement. Il ne se verra jamais comme un héros, mais plutôt comme une sorte d’opportuniste ayant eu la chance de sauver une ou plusieurs vies.

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Le héros spontané n’est pas entrainé ni fourbu aux techniques à employer dans ces circonstances. Il pense peu, car le temps compte plus que tout. Il agit, simplement. Il fait taire son propre instinct de survie pour ne pas qu’il interfère dans sa mission. Parfois, il deviendra lui-même une victime. Il aura offert le précieux pour préserver le précieux, trop conscient de la valeur de la vie pour ne pas tout tenter pour la sauver même si elle ne lui appartient pas.

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Est-ce une tautologie de parler d’héroïsme spontané? L’héroïsme relève-t-il toujours de la spontanéité? Pas nécessairement. Malgré leurs compétences en la matière, les professionnels du secourisme démontrent autant d’héroïsme lorsque leur propre survie est déposée sur la balance.

Peut-on confondre héroïsme spontané et témérité? Tous les deux consistent à agir dangereusement et même de manière inconsidérée. Toutefois, la témérité ne vise aucun objectif noble, contrairement à l’héroïsme. La différence entre les deux se situe dans le pourquoi et non dans le comment.

Connaissez-vous une personne qui a été ce genre de héros ou héroïne? L’avez-vous été vous-même? Avez-vous été rescapée par une de ces personnes anonymes issues de nulle part?

Cœur brisé

Je me souviens de mon dernier ECG à l’hôpital. Cet examen avait été commandé par mon médecin de famille afin de lever un doute que les limitations de son stéthoscope ne parvenaient pas à dissiper ou à confirmer.

Tout semblait correct, mis à part un petit souffle. Rien de bien important, rien pour attenter à ma santé, mais une légère anomalie quand même.

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Sans y réfléchir, mais probablement aiguillonné par la joliesse de l’infirmière, je lui ai déclaré qu’il avait été causé par une peine d’amour. Elle s’est retournée en me lançant un regard chargé de questionnements, de reproches, et d’inquiétudes. Muette, elle venait pourtant de tout me dire.

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«Êtes-vous sérieux?» «C’est possible, vous savez?» «On ne badine pas avec ces choses-là!» «Qu’en savez-vous?» «Faut pas être à ce point sensible!» «Faites plus attention à vous lorsque vous aimez.» «Ça me plairait bien de savoir que mon homme pourrait être aussi amoureux de moi!»

Bien sûr, ma théorie sur la cause de ce souffle restera invérifiable et je n’y crois qu’à moitié.

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Avez-vous déjà eu si mal en amour que vous avez senti votre cœur littéralement se briser? La moitié de ma croyance provient d’un épisode de ce type. À prendre avec modération et même avec sobriété au cas où ces événements causeraient réellement des souffles au cœur.

Pour conclure ce billet, un petit mystère auquel je viens de penser.

Comment se fait-il que seules les femmes ayant fait fondre notre cœur parviennent ensuite à le briser? S’est-il cristallisé entre les deux ? Ce serait l’explication de sa fragilité.

Au-delà de l’invisible

8 août 1982. Ce jour restera à jamais gravé dans ma mémoire. Moi, pour qui les dates me posent de sérieux problèmes, chaque année, pourtant, je regarde des photos… et je lui souris.

Mon fils est né ce jour-là. J’ai également su à ce moment précis que ma vie ne se déroulerait pas comme un conte de fées, sans être banale pour autant.

Devenir du jour au lendemain le père d’un enfant lourdement handicapé physiquement et mentalement m’a obligé à me poser des questions fondamentales et à y répondre rapidement. Vous me trouverez probablement bizarre, mais mes préoccupations les plus sérieuses à ce moment ne portaient pas sur le diagnostic ni les pronostics. De toute façon, ce n’était pas à moi à y répondre. Je me souciais de celles dont les réponses m’appartenaient.

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La plus importante fut : est-ce que je veux tenter de faire une différence dans sa vie ? Peu importe le temps que durerait l’aventure, je devais savoir si je l’acceptais, si je désirais lui donner mon espace, mon temps, mes énergies, mon présent ainsi que mon futur.

Ayant répondu par l’affirmative, mes problèmes avec les dates, les jours, les nuits, les ans ont commencé à ce moment précis. Le temps s’est transformé en un concept peu utile et même, je pourrais dire, nuisible à l’atteinte de mon objectif.

Mais qu’était donc cet objectif et quelle importance pouvait-il bien avoir pour lui sacrifier toute notion de temps ? Mon seul vrai désir se résumait simplement. Que mon fils puisse vivre heureux, et ce malgré son handicap.

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Cet objectif ne possède aucune courbe normalisée sur laquelle se baser pour évaluer son degré d’avancement. Il ne possède aucun jalon, pas de nombre de jours, aucun graphique, pas de marqueurs, aucune référence.

Au début, les progrès de mon garçon restaient invisibles pour tout le monde ainsi qu’à sa mère. Moi, j’en voyais. On me disait que j’inventais ce que je voulais voir. Je savais que c’était faux parce que je n’ai jamais cherché à voir autre chose que la réalité. J’avais réglé le problème potentiel de me cacher la vérité alors que j’avais tout juste onze ans.

Une nuit à cette époque, j’étais loin dans la forêt, il faisait nuit et j’étais seul dans ma tente. Le tonnerre frappait sans arrêt devenant plus terrifiant de minute en minute. Les éclairs fusaient si nombreux que la nuit se faisait jour. Le terrible orage déversait des torrents qui délavaient le sol forestier. Je me protégeais des intempéries à l’aide, ou malgré une tente sans plancher. Une rivière s’était invitée à faire des cascades dans mon habitacle de fortune et je pataugeais littéralement dans mon sac de couchage. Je grelottais de tous mes membres, j’étais transi et au bord de l’hypothermie. Une pensée fugace m’est tout à coup venue à l’esprit, je pourrais trouver refuge au fond de ma tête afin d’échapper à ce désastre.

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Sans jamais avoir su pourquoi, j’ai refusé net. J’ai préféré ressentir toutes les affres de cet orage plutôt que sombrer dans l’irréel. Cet épisode charnière m’a permis de connaitre un des mécanismes menant à la fuite, à la création de l’irréel, à l’abandon d’un présent concret détestable pour un rêve plus doux et agréable.

Sachant que je ne m’étais pas enfui dans ce monde, j’étais convaincu que mes observations concernant mon fils, aussi ténues fussent-elles, devaient être véridiques. Et progressant d’un iota invisible à un atome tout aussi intangible, le résultat finit par devenir visible aux yeux de mes proches, et ensuite à tout le monde.

La vie de Mathieu n’a pas été parsemée ici et là de quelques moments de bonheur. Il a vécu heureux la plupart du temps, plus que bien des gens normaux.

Atteindre cet objectif fut la plus grande et la plus belle de toutes mes réalisations. Pourtant, elle n’a tenu qu’à un fil, qu’à une seule capacité, qu’à une seule volonté, qu’à une seule certitude, celle de percevoir la réalité à travers et au-delà de l’invisible.