Assemblée générale de l’UNEQ

L’Union des écrivaines et des écrivains du Québec se réunissait en assemblée générale cet après-midi à la Grande Bibliothèque Nationale. J’y assistais pour la toute première fois et j’ai trouvé l’expérience fort agréable malgré l’aridité intrinsèque à ce genre d’activité.

J’ai été ravi de rencontrer les personnes formant le Conseil d’administration et l’Exécutif. Le dévouement et la compétence de toute l’équipe sont rassurants, car l’art que nous exerçons est probablement le plus mal reconnu et le plus mal rémunéré de toute la communauté artistique. De plus, les filous sont légion à chercher à abuser de notre travail. On entend sans cesse des histoires d’horreur, car nous sommes des travailleurs solitaires spécialisés dans la capacité de faire rêver les lecteurs. Négocier des contrats avantageux fait rarement partie de nos talents et bien des gens tentent de profiter de cette faiblesse. L’Union a plus que jamais son importance et elle remplit ses nombreux rôles avec beaucoup d’énergie, malgré des moyens plus que modestes.

Dans une autre vie, j’ai présidé durant plusieurs années le C.A. d’un organisme sans but lucratif. Le Code des assemblées délibérantes m’est revenu en mémoire sans trop de problèmes. Ça m’a permis de déposer une proposition qui a « écourté le débat d’une bonne cinquantaine de minutes » selon les dires du Directeur général avec lequel je m’entretenais après la rencontre. J’ai également reçu les remerciements de la Présidente tout juste avant mon départ pour avoir trouvé la procédure appropriée au traitement de la problématique mise à l’attention de l’Assemblée générale des membres.

J’ai été moi-même un peu surpris de retrouver intacts tous mes réflexes qui n’avaient pas été sollicités depuis plusieurs années. Mais c’est grâce au Président de l’Assemblée qui a joué son rôle à la perfection, répétant la proposition avec précision et clarté, sa portée et ses implications, que les membres moins habitués avec la mécanique des délibérations ont pu la comprendre et voter en connaissance de cause.

Nous avons ensuite été reçus pour un cocktail à la Maison des écrivains située tout près de la Grande Bibliothèque où j’ai pu discuter avec des confrères et consœurs, partageant nos parcours et nos expériences réciproques. Nous vivons généralement notre art dans la solitude. Alors ces moments d’échanges, fussent-ils brefs, m’ont apporté beaucoup de satisfactions et de plaisirs. Une connivence nous unit fortement, car nous travaillons tous à l’élaboration de cette immense tapisserie collective que constitue la transmission de notre culture, travail qui se tisse sans relâche, jour après jour, mot après mot, œuvre après œuvre, sur le métier des arts de l’écriture pour que cette réalisation incessante puisse être léguée aux générations présentes et futures.

Compter jusqu’à trois.

Ou comment a commencé la quête de la complexité mathématique

Trois, three, tres, tre, três, trei, Drei, drie, voici huit façons différentes d’écrire le nombre trois en huit langues: français, anglais, espagnol, italien, portugais, roumain, allemand et néerlandais.

Une caractéristique saute immédiatement aux yeux et aux oreilles. Les sons très similaires «tʀ» ou «dʀ» se retrouvent au début de tous les chiffres 3. Le langage est un formidable véhicule de la culture. Certains éléments culturels persistent aisément durant des dizaines de millénaires et le mot «trois» est l’un d’eux.

C’est plutôt facile à comprendre, croirait-on. Il a dû exister un mot commun à toutes ces langues avant qu’elles ne divergent. C’est probablement exact puisque aujourd’hui, la linguistique considère que toutes les langues ont eu un même ancêtre, probablement remontant aux environs de 75000 ans. Lire l’article Adam, Ève et un certain Toba.

La langue parlée à cette époque devait nécessairement utiliser l’un des phonèmes, soit «tʀ», soit «dʀ» ou peut-être même simplement «ʀ» pour désigner le chiffre 3, mais il y a plus.

À l’époque où la communauté humaine vivait sans aucune mathématique, les sons utilisés devaient être indicatifs plutôt que formels. Ainsi, le son roulé «ʀ» précédé d’une consonne dentale «t» ou «d» devait avoir un certain sens pratique même s’il ne signifiait pas précisément le chiffre 3.

On suppose qu’à cette époque, l’humain ne comptait pas vraiment dans le sens qu’on donne aujourd’hui à ce mot. On n’a aucunement besoin de savoir compter pour séparer équitablement des fruits cueillis d’un arbre. On distribue une unité à chacun à tour de rôle jusqu’à épuisement des stocks. Évidemment, on commence la distribution par le chef. Ainsi, sans jamais savoir compter, chaque membre du clan ou de la tribu se voyait remettre sa juste part.

Ce lointain ancêtre comprenait par contre le sens d’être seul. Ainsi, le nombre 1 signifiait quelque chose de bien concret. Le nombre 2 devait également avoir droit à une réalité compréhensible. Quand «un» n’était plus seul, il avait de la compagnie, que ce fût pour partir à la chasse ou pour utiliser une section de la grotte pour faire des trucs louches avec une nana. Lorsque «un» n’est plus «unique», il fait «deux» avec un autre. Mais après 2, les chiffres commençaient à ne plus avoir de sens strict puisqu’on ne comptait pas. Après 2, il y avait quoi? Il y en avait plus, il y en avait beaucoup, il y en avait trop, très, trois. Ainsi, le son «tʀ» ou «dʀ» devait représenter non pas un nombre précis, mais simplement un état signifiant «au-delà de 2» ou «plusieurs».

Lorsque nos ancêtres ont ensuite eu besoin de créer une suite de nombres entiers pour distinguer 3 de 4, etc., par exemple pour compter des têtes de bétail, très, trop, trois est devenu le nombre bien réel qui suivait le 2 et pas seulement quelque chose signifiant «plus de 2».

Ainsi, le dicton «deux c’est un couple, trois c’est une foule» était parfaitement exact, puisque c’était le sens qu’on donnait à «trois» dans la préhistoire. C’est tout de même étrange de savoir que le tout petit nombre 3 créait une frontière conceptuelle difficile à outrepasser. Une frontière qui, lorsque nos aïeux l’ont franchie, ouvrit toutes grandes les portes du savoir par les mathématiques. Cette frontière ne cesse d’être repoussée et encore aujourd’hui, nos connaissances mathématiques s’enrichissent de nouveaux théorèmes toujours plus complexes. La quête du «trois» à partir du «très» s’est révélée une étape cruciale. Un tout petit pas, en apparence parfaitement anodin, occasionnera les plus grands bouleversements si l’on se donne la peine de pousser le concept tout juste un peu plus loin, mais ce, sans relâche, gravissant un à un les échelons menant à l’hyper complexité.

C’est la faute au zéro !

Cet article parle des deux façons différentes de compter.

Nous vivons aujourd’hui au XXIe siècle qui a commencé le Premier de l’an 2001 et se terminera à la toute fin de l’année 2100.

Nous commettons deux erreurs en lien avec les siècles. La première est de croire qu’ils commencent l’année où le chiffre marquant le centenaire change. Ça aurait été si simple, mais nous verrons pourquoi cela n’est pas le cas.

La seconde erreur est de calculer mentalement le siècle actuel en tronquant l’année et la décennie pour ne garder que le siècle et le millénaire. On obtient ainsi le XXe siècle plutôt que le XXIe pour la date actuelle. Ça semble logique et pourtant c’est encore faux.

D’où proviennent ces erreurs ? Est-ce une ancienne faute commise aux premiers temps du calendrier et perpétuée depuis par nécessité de conserver des intervalles de dates correspondant à la réalité ? Ça aurait pu être le cas, mais il n’en est rien. Il n’y a pas d’erreur.

On vit actuellement dans l’ère de Jésus, l’ère chrétienne, que vous y croyez ou pas. Celle-ci commence à sa naissance supposée. Toutefois, on n’a commencé à écrire la date de l’ère chrétienne que bien après sa vie et même bien plus tard après sa mort. L’Église chrétienne ne devint pas très populaire instantanément après sa crucifixion. Aux alentours de 525 de l’ère chrétienne qui n’était pas encore désignée sous cette forme, l’Église tenta avec succès d’implanter l’ère de Jésus-Christ. Donc toutes les dates antérieures à l’année 525 correspondaient à des dates en rapport avec le règne d’autres rois, pharaons, empereurs, etc. et aucune n’était universelle. On peut imaginer l’imbroglio occasionné par autant de dates différentes qu’il y avait de souverains narcissiques !

L’Église chrétienne a calculé le nombre d’années qui séparait le présent de la naissance du Christ. Il en découla le nombre 525. C’est alors qu’elle commença à calculer les années de l’ère chrétienne à partir de ce chiffre. La France adopta cette façon de désigner la date au cours du VIIe siècle.

Intuitivement on comprend pourquoi qu’en 2017 on est au XXIe siècle. Entre l’an 1 et 100 inclusivement, c’était le 1er siècle et en continuant de cette façon, inexorablement on obtient le résultat actuel du XXIe siècle pour les ans 2 001 à 2 100.

Aujourd’hui, lorsqu’on a le bonheur d’avoir un enfant, on compte son âge de façon intéressante. Il a 1 an uniquement à la fin de sa première année d’existence. On ne dit pas qu’il est dans sa première année de vie lorsqu’il vient de naitre. Pourtant avec les siècles, c’est bien ce que nous faisons. Dès le début du compte, c’est le premier siècle. Pour un bébé, on ne dit pas qu’il a zéro an lorsqu’il n’a pas encore 1 an. On compte alors les mois, plus jeunes on compte les semaines, et avant une semaine, ce sont les jours.

On parvient de cette façon à éviter de parler du chiffre zéro. C’est normal puisque zéro ne donne aucune indication sur l’âge du nourrisson. Pour calculer l’âge, chaque nombre avancé est considéré comme étant chose terminée. Pour le nombre de siècles, on aurait pu considérer l’an 1 jusqu’à l’an 100 comme étant le siècle zéro. Ainsi, le siècle 1 aurait signifié que plus de cent ans se seraient écoulés, d’autant plus qu’on n’a jamais écrit ni utilisé les siècles actuels de notre ère avant l’an 525. Ce n’est pas ce qui survint.

Alors pourquoi dit-on que nous vivons dans le vingt-et-unième siècle plutôt que de dire avoir complété vingt siècles entiers ? Les deux formulations sont rigoureusement exactes, mais l’usage de la première formulation s’est imposé pour une raison bien précise. À cette époque, le chiffre 0 (zéro) n’était pas vraiment connu et encore moins utilisé par la population, ni même des savants. Ainsi, le siècle zéro n’aurait correspondu à aucune réalité compréhensible, car personne n’imaginait en ces temps reculés qu’un jour, on comprendrait l’intérêt d’utiliser le zéro comme un vrai nombre au même titre que tous les autres. Pour preuve, il est impossible d’écrire le nombre zéro en numérotation de l’époque, en chiffres romains, puisqu’il n’existe pas de chiffre romain pour désigner le zéro. Ainsi, le siècle dont les années sont comprises entre un (I) et cent (C) est forcément le premier siècle puisque le siècle zéro n’aurait pas pu être écrit. C’est le même constat pour l’année. L’an zéro n’existant pas plus, l’année où Jésus serait né est l’an premier. S’il est mort en l’an 33e de notre ère, en fait il serait mort alors qu’il avait 32 ans par rapport à la façon actuelle dont nous comptons l’âge de quelqu’un. Rien ne sert de s’en faire avec cette imprécision puisqu’en recoupant certaines dates de l’époque, il apparait que Jésus serait vraisemblablement né aux alentours de l’an -5e ou -7e de sa propre ère et il serait mort en l’an 30e ou 33e. Et encore là, l’an zéro n’existant pas, on saute une année entre les années -1 et +1, une fois de plus à cause de l’absence du zéro. Alors J.C. serait mort à un âge compris dans une fourchette de presque dix ans. Aussi bien considérer qu’on n’en sait strictement rien.

C’est aussi pourquoi nous continuons à utiliser la notation romaine pour écrire les siècles, car les chiffres arabes comprennent ce qu’est le zéro. De plus, on parle du vingt-et-unième siècle, pas du siècle 20. L’usage de l’adjectif numéral ordinal vingt-et-unième (XXIe) plutôt que l’adjectif numéral cardinal 20 permet de différencier la façon dont le compte est effectué.

Voilà comment on parvient encore à notre âge à se rendre compte qu’on utilise deux façons différentes de compter. Le type d’adjectif numéral utilisé distingue si le compte commence avec 1 (premier) ou avec 0 (zéro) et aussi pourquoi dans le premier cas, il est nécessaire de rajouter un e (ième) au bout du chiffre pour marquer cette distinction dans l’adjectif numéral utilisé.

En revanche, l’heure a très bien intégré le zéro. À minuit, il est 0 h. La journée commence et il ne sera 1 h qu’à la fin complète de la première heure. On utilise donc les nombres cardinaux lorsqu’il est question de donner la « quantité » d’heures passées dans la journée plutôt que les nombres ordinaux qui ne feraient que classer les heures dans un certain « ordre ». Si on parle de la « huitième heure », cette façon de s’exprimer correspondrait à un intervalle de temps compris entre 7 h 01 et 8 h 00. Elle ne spécifie aucunement une heure précise à l’intérieur de cet intervalle d’une heure. Les nombres cardinaux donnent un compte précis. Les nombres ordinaux ne marquent que l’ordre à l’intérieur d’un ensemble donné.

Jeune, je servais la messe à l’église de la paroisse. Durant une prière lue par le prêtre, il disait « et le troisième jour il est ressuscité des morts » en parlant évidemment de Jésus. Pourtant, il était mort le vendredi pour ressusciter le dimanche. Dans ma tête d’enfant, ça ne faisait que deux jours, pas trois. Lorsque j’ai posé la question en classe, j’ai failli causer l’apoplexie de ma prof de catéchèse qui m’a répondu que c’était un mystère comme celui de la Trinité. L’Univers semblait profondément détester le chiffre 3 avec lequel il ne s’entendait jamais. Mais en utilisant la méthodologie précédente, tout se comprend puisque la formulation parle du troisième jour et pas qu’il est resté mort trois jours. Le premier jour de sa mort est le vendredi, donc le troisième tombe effectivement le dimanche même si l’intervalle entre vendredi et dimanche ne donne bien que deux jours.

Mais le concept des adjectifs numéraux cardinaux et ordinaux et leur différence dans le langage ne faisait pas partie du corpus de la petite école. J’en étais donc venu à croire que les gens de l’Antiquité, pas plus que ma prof de catéchèse, ne savaient correctement… compter jusqu’à trois.

Je vous le donne en mille ! Par un curieux hasard, le prochain article s’intitulera : « Compter jusqu’à trois ».

Soyez-y, sinon vous pourriez rater quelque chose, même si ça semble difficile à croire ! Après tout, ce n’est que trois !

Expressions québécoises — 2

Quoi de mieux que parler d’argent, sujet universel par excellence. L’exemple suivant donnera un aperçu de la mondialisation, bien avant l’époque actuelle, car ses origines sont hispano-franco-anglo-québécoise. Elle est instinctivement compréhensible sans vraiment piger grand-chose.

L’expression est : « Changer quatre trente sous pour une piasse ».

Sa signification est : ne rien avoir gagné dans l’échange. S’être démené inutilement, pour rien ou pour trop peu.

Les devises canadiennes sont depuis le milieu du XIXe siècle le « dollar canadien » et le « cent » valant un centième de dollar. On utilise occasionnellement ici comme ailleurs le mot « sou » plutôt que « cent » pour désigner la petite monnaie et lorsqu’on ne dit pas « sou », on dit « cenne » plutôt que « cent ». Quant à la « piasse », elle est espagnole et elle provient du mot « piastre », grâce ou plutôt à cause d’une élocution molle.

Mais que viennent faire une piastre espagnole et quatre trente sous censés valoir plus ou moins cette piastre ? La piastre espagnole a été une devise courante en Nouvelle-France durant le XVIIe siècle. Noter que dans une colonie, n’importe quoi peut prendre valeur de devise, l’important étant l’impossibilité d’en produire à volonté. Ça aurait pu être des cartes à jouer, des miroirs, des cailloux d’origine volcaniques, des oranges ou des peaux de castor. Noter que la peau de castor et le miroir furent effectivement utilisés comme monnaies d’échange entre les Amérindiens et les Européens. En Angleterre, à l’époque de la piastre espagnole, une couronne anglaise valait 120 sous, le quart de couronne correspondait donc à 30 sous. En emberlificotant toutes ces devises et prononciations, la piastre devenue la piasse, le quart de couronne à 30 sous, le dollar, les cents, les cennes et les sous on obtient une piasse valant quatre trente sous.

Aujourd’hui au Québec, dans le langage parlé courant, le mot « piasse » domine totalement le mot « dollar » qui est relégué aux situations officielles comme durant des négociations ou lorsque vous signez un contrat. Mais entre amis ou avec la famille, le mot piasse est roi. « Donne-moi deux piasses, je vais nous acheter un billet de loterie ». « Ça m’a coûté dix piasses ». Ou dans du plus vulgaire avec : « Se torcher avec des cent piasses ». Mais là, j’empiète sur le prochain article dédié aux expressions québécoises.

Quant au trente sous, encore très utilisé comme expression, qui correspond dans notre réalité quotidienne à un vingt-cinq cents, il avait la faveur des quêteux avant qu’il ne vaille plus grand-chose. « Vous auriez pas un p’tit trente sous pour un café ? », le trente sous n’existant pas, c’est bien d’un vingt-cinq cents (cennes) dont il est question. Aujourd’hui les sans-abris préfèrent la piasse ronde, qui n’est pas ronde du tout, mais hendécagonale (11 côtés) appelée aussi le huart à cause de l’image de cet oiseau aquatique au dos. Mais surtout, les émules de Saint-François d’Assise préfèrent le deux piasses rond montrant un ours polaire avec lequel ils parviennent tout juste à s’acheter un café et qui, habituellement, de toute façon, est utilisé à acheter un autre liquide plus satisfaisant que du café.

On dit des Québécois qu’ils ont peur de l’argent. Notre ancienne culture judéo-chrétienne associait le pouvoir de l’argent au diable. Mais quand on vous raconte dès votre jeune âge qu’un trente sous vaut réellement vingt-cinq cennes, que dix sous valent bien dix cennes, que la piasse, le sou et la cenne n’existent pas, mais qu’on en parle tout le temps, que les cennes sont des cents, cinq sous c’est la même chose que cinq cennes, que quatre trente sous ne valent pas une piastre tout en le valant, c’est facile ensuite de s’imaginer se faire rouler dans la farine en voulant parler argent.

Blague à part, l’histoire de ces quatre trente sous et de cette piastre espagnole est un superbe exemple de la capacité de rémanence de faits anciens, totalement disparus depuis des siècles, mais toujours culturellement bien présents et pratiquement indécrottables. Même si un jour le Québec se dotait de sa propre monnaie, il est fort à parier que cette nouvelle devise, peu importe son nom, resterait toujours dans le langage parlé, une piasse, une cenne ou un sou.

Ainsi, pour faire les choses simplement, aussi bien choisir les mots piastre et sou comme futures devises. Ça nous simplifierait l’existence. Malheureusement, on sera toujours pris avec une incongruité, car si le sou vaut le centième d’une piastre, il faudra expliquer à nos enfants pourquoi 4 trente sous, ainsi que 4 vingt-cinq sous valent tous les deux 1 piastre !

Ah, Culture… quand tu nous tiens !

Luminosité orchestrale

On rencontre parfois des musiciens de talent qui semblent avoir compris quelque chose de différent et qui marquent les œuvres interprétées d’un caractère céleste et infusant à l’auditoire une béatitude planante que seuls des musiciens d’exception parviennent à engendrer. Maestro Nézet-Séguin est l’un d’eux. La sensibilité qu’il insuffle à son orchestre, l’Orchestre Métropolitain de Montréal, s’apparente à de la magie. Ton badin ou contemplatif, accents de piété ou de sombreur, marques d’humour ou de douleur, sa musique est ressentie telle qu’il l’exige de ses musiciens. À la fin d’une représentation, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, les tutti prouvent hors de tout doute que leur principal interprète est parvenu à leur soutirer le maximum et le meilleur d’eux-mêmes.

Cet orchestre a présenté hier soir leur premier concert en sol étranger et voici l’introduction de la critique musicale de Mario Girard de La Presse avec un lien vers l’article entier. «On m’avait dit que le public de Dortmund, en Allemagne, du moins celui de la musique classique, était sage, limite ronfleur. Je ne sais pas si quelqu’un a mis de l’ecstasy dans les verres des 1500 spectateurs du Konzerthaus venus entendre hier soir l’Orchestre métropolitain de Montréal et Yannick Nézet-Séguin, mais ceux-ci ont offert un accueil délirant aux artistes montréalais.»

Ce genre d’effet ne représente plus une exception, mais plutôt la normalité dans la vie de cet ensemble musical. Partout où ils passent, l’orchestre et son maestro galvanisent et conquièrent les auditoires les uns après les autres. Certains soirs, on se croirait à un concert rock tellement la salle livre des applaudissements et des cris nourris. Pourtant, quand on pense à la moyenne des gens qui fréquentent ces salles, un public plutôt âgé et fort peu déplacé, il se passe quelque chose d’unique et surtout d’extrêmement talentueux.

Une erreur souvent faite par certains maestros est d’augmenter les tempi afin de plaire aux plus jeunes, incapables apparemment d’apprécier la lenteur des choses. J’en parle dans un autre article à paraitre très bientôt. Mais l’Orchestre Métropolitain se garde bien de succomber aux chants des sirènes. Alors, que font-ils pour réinventer l’interprétation des œuvres bien souvent pluricentenaires? Je parlerais de luminosité. Chaque instrument est exploité comme si son porteur était voué à accomplir une action héroïque. On a très, et trop souvent pensé que la musique symphonique devait générer l’équivalent d’un seul et vaste instrument polyphonique. Ce n’est pas totalement faux, mais pas nécessairement vrai. Chaque soliste dans l’orchestre exploite au mieux ses talents. On le sent surgir de l’ensemble pour livrer un moment de musique unique pour ensuite retourner produire la sonorité symphonique alors qu’un autre soliste prend sa relève avec le même désir de s’élever tout en étant transporté par ce flot continu de notes et d’accords. Le total de l’ensemble est plus grand que la somme des parties. On appelle cela de la synergie et en musique, cela devient la qualité d’une prestation symphonique basée sur des talents individuels au service de l’œuvre et Nézet-Séguin permet à tous ces talents de se cristalliser en un ensemble cohérent et scintillant.

Bien souvent, on parle des musiciens d’orchestre comme étant moins talentueux que les concertistes et qu’ils acceptent par dépit un poste au sein d’un orchestre. Les concertistes se vouent à une variété d’œuvres choisies alors que les musiciens d’orchestre se voient appelés à jouer une bien plus vaste sélection d’œuvres musicales. Les talents des deux types de musiciens sont différents, mais pas moins exigeants. Nézet-Séguin rend hommage à son orchestre à chaque spectacle, car le maestro ne serait rien sans lui. Cette marque de reconnaissance est totalement sincère et ses musiciens le ressentent et le lui rendent par des prestations exceptionnelles. Je suis totalement convaincu qu’aucun d’entre eux ne voudrait se voir actuellement concertiste, car la place qu’ils tiennent dans l’orchestre est vue et entendue comme étant non seulement importante, mais grandiose.

Photo: yannicknezetseguin.com

Un visiteur nommé `Oumuamua

Un corps étranger à notre système solaire se promène présentement parmi nos planètes. Depuis la découverte de ce géocroiseur le 19 octobre dernier, l’analyse de sa trajectoire prouve hors de tout doute qu’il provient d’au-delà de notre système planétaire. Cette observation unique dans notre histoire, n’est pourtant pas l’élément le plus bizarre de cet étrange événement.

Pour diverses raisons, les réservoirs d’astéroïdes sont parfois soumis à des forces gravitationnelles combinées qui déstabilisent certains cailloux en faisant partie. C’est précisément de cette façon que naissent nos comètes dont certaines acquièrent des trajectoires hyperboliques qui les feront raser le Soleil pour ensuite aller se perdre à travers l’espace intersidéral en direction d’autres mondes.

Or 1I/2017 U1, c’est son identifiant scientifique officiel, ferait partie de ce genre d’objet expulsé d’un autre système planétaire que le nôtre et qui maintenant croise notre espace. C’est du moins ce que pense une partie de la communauté scientifique, mais le caractère étranger de ce corps céleste n’est pas le seul élément troublant dans cette affaire.

En analysant sa forme grâce à la crème de notre instrumentation spatiale, l’on s’est rendu compte que ce corps était anormalement allongé, une forme auparavant jamais observée parmi nos propres débris spatiaux provenant de la Ceinture d’astéroïdes ou du Nuage d’Oort. L’objet en question ferait environ 400 mètres de long, serait dix fois plus long que large et tournerait sur lui-même toutes les 7,34 heures. Une forme en cigare de la sorte ne parait pas s’être formée naturellement. Bien que la plupart des astéroïdes ont des formes autres que sphériques dues aux collisions qui les ont créés, jamais cette apparence aussi allongée et rectiligne n’a été constatée chez aucun autre corps naturel connu. Les agglomérations d’astéroïdes donnent parfois des formes étirées, mais le résultat ressemble à des cacahuètes ou à des pommes de terre desquelles on reconnait assez facilement les différents corps originels les ayant façonnés. Ce n’est pas le cas de cet objet apparemment homogène.

Il est pauvre en eau (glace), riche en métal et possède une couleur rouge foncé ou brun comme serait un objet métallique soumis depuis longtemps aux radiations cosmiques. Aucune poussière ou gaz ne s’en dégage. Il est passé au plus près de la Terre le 14 octobre dernier en nous « frôlant » à 24 millions de kilomètres de distance, seulement le un sixième de la distance Terre-Soleil. Voir animation.

Sa vitesse actuelle après accélération due à l’effet de fronde autour du Soleil était de 25,5 kilomètres par seconde. Sa trajectoire hyperbolique fera en sorte qu’il se dégagera de son influence gravitationnelle pour ne plus jamais nous croiser.

Évidemment, les chercheurs de l’institut SETI (Search for Extra Terrestrial Intelligence) ont braqué une série d’instruments pour écouter l’objet afin de savoir s’il émettait des signaux. Pour l’instant, rien de tel n’est survenu, sinon à notre insu. Toutefois, le spectre électromagnétique est si étendu que nous cherchons une aiguille dans une botte de foin. Cependant, s’il était une sonde extraterrestre venue à la rencontre de notre système planétaire, il pourrait très bien transmettre des données non pas à notre attention, mais à ceux qui l’auraient fabriqué.

Malgré cette première rencontre avec un objet interstellaire, les scientifiques l’attendaient depuis des décennies et maintenant que notre instrumentation est particulièrement efficace, on suppose que nous en découvrirons bien d’autres. Une similarité avec la découverte de la première planète extrasolaire en 1995, alors que des milliers d’autres n’ont pas tardé à suivre.

Peut-on se réjouir d’un tel événement ? Les avis sont partagés. Certains le craignent. Si `Oumuamua est bien une sonde extraterrestre, en frôlant la Terre, elle n’aura pas manqué de noter tout un tas de renseignements utiles nous concernant, nous et notre planète. Gravité, océans, atmosphère, températures, vents, biologie, habitabilité, présence d’intelligence et de technologie, etc.

Pour des extraterrestres en quête d’une planète à coloniser, la Terre représente un trésor bleuté et notre présence comme une nuisance facile à exterminer.  Mais cette possible guerre des mondes nous hantera toujours puisque la vie intelligente foisonne certainement dans notre Galaxie et ailleurs dans l’Univers. Nous sommes condamnés un jour à rencontrer d’autres peuples des étoiles et à gérer au mieux la situation (en postulant que rien de tel ne se soit jamais produit).

`Oumuamua qui signifie « messager venu de loin et arrivé le premier » en langue hawaïenne semble définitivement trop atypique pour n’être qu’un astéroïde égaré. En faisant défiler le film à l’envers, on remonte vers son point d’origine qui, pour l’instant, semble être l’une des très jeunes étoiles de l’association Carina ou Colombe, située entre 163 et 277 années-lumière de la Terre. Il aurait ainsi voyagé pendant plus de 45 millions d’années avant de nous atteindre. Mais s’il s’avère être un objet artificiel, il aurait probablement beaucoup ralenti avant d’entamer son arabesque autour du Soleil. Si nous avions pu noter ce changement de régime, ça aurait été la preuve irréfutable d’une intelligence sous-jacente.

Maintenant, les astronomes possèdent une direction privilégiée où regarder puisqu’ils émettent l’hypothèse qu’un tel ejectum suggère plutôt des ejecta et que d’autres de son espèce pourraient suivre l’exemple de leur éclaireur, `Oumuamua.

Si c’était le cas, il serait important de regarder loin, question de mesurer leur vitesse. Si celle-ci varie, on saura que l’éclaireur venu de loin et arrivé en premier a attiré une troupe dotée d’intelligence à le suivre.

Il nous restera peu de temps pour choisir notre délégué mondial chargé de leur adresser nos salutations officielles ou, le cas échéant, de leur signifier notre reddition sans condition.

Illustration d’artiste et simulation vidéo : European Southern Observatory

Et de cent !

Voilà, ceci est le centième article de mon blogue. Au fil du temps, j’ai ratissé assez large, passant de la géologie à la musique, du volcanisme à la psychologie, de l’astrophysique à quelques tranches de vie, de la physique quantique aux extraterrestres, de la poésie à la cosmologie, et j’en passe.

Dès sa naissance, j’avais voulu faire de ce blogue un espace de lecture diversifié et je pense avoir atteint cet objectif. En surfant à partir du calendrier, le lecteur est amené à découvrir quelques une de mes pensées, des vulgarisations scientifiques et quelques tranches de vie, quoique je suis plutôt scrupuleux sur ce point. Je n’aime pas trop parler de moi. Ça semble contraire à la logique d’un blogue, mais je prends beaucoup plus de plaisir à parler d’une panoplie de sujets différents que de faire étalage de mes activités quotidiennes pour lesquelles le public aurait tôt fait de s’ennuyer. Pas parce que ma vie est d’une platitude mortelle, mais parce que j’aurais probablement tendance à couper court, à me débarrasser des exigences que requièrent les travaux de composition et de correction de qualité acceptable.

Ayant enseigné plusieurs années, je sais que la vulgarisation d’un sujet technique passe par une présentation sans omission. Toutes les tranches peuvent être résumées ou comprimées, mais elles doivent à tout prix former une chaine d’éléments tous raccordés les uns aux autres. Cette exigence m’oblige donc à présenter certains détails qui accroissent la longueur de mes articles. Tant pis, je laisse au lecteur le soin de sauter par-dessus certains paragraphes, mais pour ceux qui s’intéressent vraiment au sujet mis en scène cette journée-là, ils ne souffriront pas d’une présentation illogique ou incomplète.

J’espère que vous avez trouvé plaisant de lire certains articles. Pour moi, vous écrire a été une source continuelle de contentement et de bonheur. J’entame la deuxième centaine d’articles avec le même enthousiasme qu’au tout début.

J’aimerais également remercier tous les lecteurs qui se sont abonnés ou qui me lisent occasionnellement et qui prennent le temps d’inscrire un « j’aime » d’appréciation. Ce sont comme des baisers, on ne s’en lasse jamais. Et par-dessus le marché, aucun risque d’attraper un feu sauvage. Oui, oui, vous, mes amis non québécois, vous le connaissez sous le nom de bouton de fièvre, je crois. Mais pour tous, je peux affirmer que personne n’attrapera l’herpès labial. Merci pour votre assiduité. Et aux nouveaux lecteurs, vous avez une banque bien garnie d’articles en réserve. 

Alors, ne ratez pas le cent-unième article, à très bientôt.

Quelques précisions sur la… précision des infos sur les séismes

Aux nouvelles, on parle souvent de l’épicentre d’un séisme qui situe celui-ci par rapport à des coordonnées géographiques ou à des distances par rapport à des noms de villes ou villages. Pourtant, les dégâts les plus importants ne sont pas toujours situés à l’épicentre d’un séisme et voici pourquoi.

Lorsque les spécialistes déterminent l’origine géographique d’un séisme, ils le localisent dans les trois dimensions terrestres. Sa latitude, sa longitude, ainsi que sa profondeur. Un séisme survient généralement aux alentours des dix kilomètres de profondeur, rarement moins, parfois à des profondeurs plus grandes ou beaucoup plus grandes.

Les géologues tirent un trait vertical à partir du foyer du séisme jusqu’à la surface terrestre. Ce point en surface correspondant à des coordonnées géographiques connues, c’est l’épicentre du séisme, c’est-à-dire la projection au sol du lieu où en profondeur le séisme a eu lieu. Ce point peut très bien se situer à bonne distance des dégâts les plus importants puisqu’il est parfois très éloigné des failles géologiques qui ont coulissé et causé les dommages en surface.

Mais cette façon de déterminer l’origine d’un point dans un volume est standard puisqu’elle ne peut correspondre qu’à un seul lieu précis, ce qui n’est pas le cas des conséquences d’un séisme qui peuvent couvrir une grande surface et même des endroits géographiquement dissociés.

On doit se rappeler que l’épicentre n’est qu’une coordonnée, pas nécessairement le lieu où les ravages ont été les plus graves, même si parfois, et même assez souvent, les deux se confondent. La figure donne un exemple pour lequel l’épicentre et le lieu des dégâts de surface d’un séisme sont dissociés.

Le foyer situé en profondeur d’où émane un séisme se nomme l’hypocentre. La racine grecque « hypo » signifie « au-dessous », « en deçà ». Quant à l’épicentre, c’est le point en surface à l’exacte verticale de l’hypocentre, et pas nécessairement le lieu où les pires dégâts en surface sont survenus.

Donc, ne vous surprenez plus si dans des bulletins de nouvelles, on vous donne d’abord le lieu de l’épicentre d’un séisme et plus tard un autre endroit où sont survenus les ravages les plus notoires. Ce n’est pas une erreur d’estimation initiale. L’hypocentre est très précisément triangulé grâce à une panoplie de sismomètres répartis aux quatre coins de la planète et son alter ego en surface, l’épicentre, ne souffre d’aucune mésestimation importante.

Par contre, on révise parfois à la hausse ou à la baisse l’énergie dégagée par un séisme, la fameuse valeur sur l’échelle Richter. Afin d’accélérer le processus d’alerte, un séisme majeur sera immédiatement déclaré, quitte à n’avoir pas encore obtenu suffisamment de données des sismomètres éloignés pour lui attribuer une valeur d’énergie dégagée très précise. Mais qu’il soit de magnitude 8,9 ou 9,1, un séisme d’aussi grande importance doit être déclaré le plus rapidement possible afin de sauver le maximum de vies. La précision du nombre est améliorée plus tard.

Dernier détail concernant la mesure de l’ampleur des séismes sur l’échelle Richter. On reporte l’énergie dégagée par un séisme sur cette échelle qui est logarithmique et ouverte. Ceci signifie que chaque accroissement d’environ 0,3 point sur l’échelle Richter correspond au double de l’énergie du séisme. Par exemple, entre les deux magnitudes 5,0 et 8,0, l’énergie libérée est mille fois plus grande !

On dit de l’échelle Richter qu’elle est ouverte. Cela signifie qu’il n’y a pas de limite théorique à l’ampleur d’un séisme. Toutefois, le plus important séisme jamais estimé faisait 9,5. C’était au Pérou en 1960. On pense qu’un jour, un séisme causé par la tectonique des plaques pourrait atteindre la magnitude 10, mais pas beaucoup plus. Cependant, si un astéroïde monstre venait à frapper la Terre de plein fouet, il n’est pas exclu que des séismes de magnitude 11 ou 12 nous secouent.

Personne ne tient vraiment à vivre cette journée apocalyptique. Aucune construction ne résisterait à d’aussi puissants cataclysmes. Des incendies feraient rage sur l’ensemble des continents. Les victimes se compteraient par milliards et les survivants périraient à leur tour de l’un ou de l’autre des effets engendrés par cette collision cosmique ayant causé le séisme le plus monstrueux jamais ressenti.

Expressions québécoises – 1,5

Comment 1,5 ? Après 1, c’est 2, il me semble. Oui, si on compte sans les fractions. Mais j’ai voulu donner suite à la tuque attachée avec de la broche, car un lien les unit. Je le mentionnais dans la rubrique n° 1, une tuque possède souvent un pompon et voilà pourquoi j’associe les deux expressions, car…

L’expression est : « Se calmer le pompon », « Calme-toi le pompon ! ».

Sa signification est : « Garde la tête froide », « Respire par le nez », « Baisse d’un cran (ou de plusieurs) ».

Lorsqu’on se promène avec une tuque à pompon sur la tête, ce qui est fréquent par chez nous à cause du froid omniprésent 6 mois sur 12, cet appendice est particulièrement visible. Et si la personne porteuse d’une tuque à pompon s’énerve, celui-ci branlera dans tous les sens, signe apparent de son état.

On utilise cette expression uniquement lors de circonstances qui ne sont pas tragiques, puisque c’est une façon humoristique de dédramatiser une situation qui ne le mérite pas nécessairement.

On ne l’utilise pas plus avec des inconnus, puisque ça demande un certain niveau de complicité. Si celui-ci dépasse les bornes, on voudra chercher à le calmer et cette expression risque d’attiser son agressivité en laissant paraitre futiles ou inexistantes les raisons de sa colère.

Elle s’utilise lorsqu’un lien d’autorité existe, comme un parent à son enfant. La formule fait moins outrageante, mais pas moins sérieuse.

En amitié, c’est un bon moyen de signifier qu’il serait temps de changer de ton, sans égard aux causes entrainant la valse musette du grelot attaché au sommet de sa tuque virtuelle.

Donc, si vous constatez que je pète les plombs dans un de mes articles, vous seriez en droit de le commenter en m’écrivant « LeCorbot, calme-toi le pompon ! »

2018, l’année de tous les séismes ?

Deux chercheurs sismologues ont fait une étrange prédiction qui ressemble plus à une mauvaise blague qu’à des travaux d’analyse sérieux. Et pourtant, il se pourrait bien que la Nature leur donne raison et que leur prédiction s’avère. Quant à savoir si la raison qu’ils avancent est la vraie cause, il faudra plus d’incidents pour le prouver sans équivoque.

La rotation de la Terre ralentit peu à peu. Les jours s’allongent donc imperceptiblement et certaines années plus que d’autres. En analysant les données des 150 dernières années, un clin d’œil sur le plan géologique, les deux chercheurs ont établi une concordance entre les années où ce ralentissement est plus accentué et celles où plusieurs séismes supérieurs à 8,4 sur l’échelle Richter sont survenus. Un décalage de 5 ans semble relier les ralentissements importants aux années de grands séismes.

Mais concordance ne signifie pas toujours corrélation. En science, des données concordantes sont fréquentes et proviennent souvent de données partielles, insuffisantes ou simplement à des coïncidences. Ainsi, trouver des concordances n’est que le début de l’enquête et elles mènent souvent à des culs-de sac. Inversement, certaines corrélations nous passent fréquemment sous le nez puisque les relations de causes à effets nous apparaissent comme trop improbables pour être véridiques.

Mais il se pourrait que les deux chercheurs aient raison, car les deux phénomènes sont liés au noyau de notre Planète. De légères asymétries mécaniques engendrent des oscillations du Globe qui se répercutent sur la durée des jours, ainsi que sur le déplacement des contraintes sur les failles des différentes couches rocheuses.

Si cette prédiction s’avère, ce serait une première dans le monde géologique, mais là encore, des coïncidences sans incidences peuvent très bien survenir. Par exemple, on sait tous que la faille de San Andreas est due pour un coulissage majeur et elle est même en retard par rapport aux analyses. Qu’il survienne en 2018 ne signifierait pas qu’il ne se serait pas produit si la durée des jours était resté similaire durant l’année 2013.

S’il existe un intérêt certain à suivre le déroulement des séismes majeurs l’an prochain, on ne peut oublier que lorsqu’ils surviendront, ils feront énormément de victimes, peu importe les lieux. Certains chanceux s’en tireront indemnes, mais plusieurs personnes subiront des blessures graves et beaucoup d’autres y perdront la vie. C’est la triste réalité que les chercheurs tentent de comprendre afin de minimiser les conséquences. Mais qu’en est-il des populations vivant à proximité des zones à hauts risques ? Iront-elles s’établir ailleurs ? C’est très peu probable. L’humain vit sans se soucier de la science, même si, elle, se soucie de lui. Alors on déplorera d’innombrables pertes, comme si personne n’avait jamais prédit ces grandes années de cataclysmes.

Photo : www.openinventor.com