Utérus et société.

Y a-t-il un avantage évolutif à être vivipare plutôt qu’ovipare ? Si on se pose la question en regardant le passé, on serait porté à croire que l’utérus a supplanté l’œuf. Fait indéniable, les dinosaures ont disparu alors que les mammifères, eux, ont prospéré depuis qu’un mont Everest filant à 30 000 kilomètres à l’heure est tombé sur la Terre voilà 66 millions d’années.

Pragmatiquement, l’utérus a un sérieux avantage durant la première partie de la gestation. Un œuf se fait voler puis manger par une foule de prédateurs cherchant une prise facile. Suffit que maman et papa soient suffisamment éloignés du nid. Puisque papa préfère se taper une autre milf que de surveiller de futurs rejetons et que maman est bien obligée d’aller bouffer d’autres ovipares, les œufs restent souvent sans défense. Tandis qu’un utérus garde le ou les bébés avec sa mère lorsqu’elle part se nourrir. Alors les affamés n’ont qu’à bien se tenir puisque être chapardeur ne suffit plus. Ça prend maintenant des qualités de chasseur carnivore et être équipé conséquemment pour affronter une future maman bien déterminée à rendre son embryon à terme.

Mais une mère en fin de gestation, alourdie par le poids de ses bébés, devient plus vulnérable. Ensuite, pour aider à mettre bas, certains placentaires mettent au monde des bébés passablement immatures. C’est le cas de l’humain dont la position verticale a eu pour effet de rétrécir le bassin. Ses rejetons vivent donc longtemps aux crochets de leur mère, ce qui a tendance à créer un environnement fragilisé pendant aussi longtemps que ses bébés restent dépendants.

Pour solutionner le problème de fragilisation des mères et de ses rejetons, les placentaires n’ont pas eu d’autre choix que de créer des sociétés permettant aux petits et à leur mère d’être protégés par d’autres membres de leur communauté. Ainsi, de nécessité en nécessité, les sociétés ont évolué et se sont renforcées, permettant aux petits de grandir à l’abri des prédateurs.

Les œufs par contre ont une hygiène naturelle. Ces coquilles renferment le garde-manger des petits pour toute la durée de la couvaison et quand ils en sortent, la maman est en possession de tous ses moyens. Au contraire, la maman placentaire doit bien souvent recouvrer les forces après avoir passé un temps relativement long à supporter la dernière phase de sa grossesse et surtout l’accouchement.

Ainsi, la viviparité humaine a exigé la création de sociétés, ce qui a permis la spécialisation de ses individus et par le fait même, la croissance de ces groupes dont chaque membre est dépendant de l’ensemble. L’obligation de sédentarité occasionnelle ou permanente a par la suite engendré l’agriculture et l’élevage qui ont accru les besoins de recourir à des métiers spécialisés et par conséquent, notre dépendance mutuelle.

Aurions-nous pu évoluer jusqu’à notre état actuel si nous étions restés ovipares ? Il faudrait connaitre tout un tas de sociétés extraterrestres pour en tirer une conclusion en ce sens, ce qui nous échappe encore. Cependant, le succès d’une recette n’interdit pas d’en avoir plus d’une qui puisse fonctionner. Surtout que notre viviparité a exigé une modification génétique majeure de notre système immunitaire. Un corps étranger est censé être repéré, tué puis évacué par notre organisme. Les mères ont donc vu leur ADN modifié pour permettre la conservation intra-utérine de certains aliens que sont leurs bébés. C’est un changement majeur, car dans un certain sens, il nous affaiblit face à d’autres corps étrangers dangereux, ce que l’oviparité permet d’éviter totalement.

Il est toutefois certain que je ne serais pas en train d’écrire sur un ordinateur si chacun de nous étions restés des chasseurs-cueilleurs. Cela a nécessité des millions, voire des milliards d’individus surspécialisés pour en arriver à inventer et fabriquer ces outils de haute technologie. Des gens qui, bien au-delà de leur maturité sexuelle, sont restés improductifs pour la société jusque dans la vingtaine avancée (et bien plus dans certains cas).

Ainsi, l’utérus et la chute d’une météorite géante ont favorisé l’apparition d’un grand primate un peu plus malin que la moyenne. Un animal qui finira par acquérir la connaissance nécessaire pour faire disparaitre toute forme de vie plus évoluée que les bactéries.

Octobasse

Ce nom étrange évoque peut-être une guitare basse munie de huit cordes. Mais quand on connait la difficulté de jouer de cet instrument qui en possède cinq, on imagine mal jouer sur un modèle qui en déroulerait huit. À moins qu’il y ait deux manches, comme sur certains modèles de guitare à double manche (double neck guitar). Finalement, oublions ça, car l’octobasse n’est pas une basse ni une contrebasse… quoique là, je joue sur les mots. Effectivement, il existe une octobasse qui est une proche parente de la contrebasse. Mêmes formes avec sa caisse de résonnance, son manche, ses cordes et ses clés, son pont, etc. En fait, le mot octobasse signifie tout instrument de musique conçu pour jouer les notes d’une octave complète sous les notes les plus graves de son instrument modèle le plus grave. Et il en existe une pour la contrebasse qui est l’instrument à cordes le plus grave de l’orchestre. Une petite recherche sur le web vous permet de voir à quoi ressemble ce fabuleux et gigantesque instrument.

Vous vous souvenez du film « Twins » avec Danny DeVito et Arnold Schwarzenegger ? C’est à peu près la même image lorsqu’on place une contrebasse à côté d’une octobasse. La contrebasse ressemble à un jouet tellement sa grande sœur est énorme. Ôtez-lui une corde, placez des capots le long du manche pour remplacer les doigts qui ne pourront jamais atteindre son extrémité, grimpez le musicien sur un piédestal, donnez-lui des pédales et des leviers fermant les capots pour aider le musicien à écraser les cordes et voilà l’octobasse. Un étrange instrument inventé au XIXe siècle et qui ne s’est jamais vraiment imposé comme vous pouvez facilement l’imaginer. Son avantage est qu’il permet de projeter des notes aussi basses qu’un utØ, l’équivalent du bourdon sur un grand orgue, donc une fréquence de 16 Hz. Cette note est presque inaudible et on la ressent plus qu’on l’entend.

J’ai eu le privilège de voir et d’entendre une octobasse lors d’un concert de l’OSM (Orchestre Symphonique de Montréal) la semaine dernière pour la présentation de la symphonie n° 15 en la majeur de Chostakovitch. L’une des rares octobasse au monde, l’instrument est absolument gigantesque. Son manche s’élevait si haut qu’il frisait la rambarde du premier balcon. Seul le répertoire classique de la fin du XIXe et du XXe siècle y fait une place occasionnelle puisque sa conception remonte à seulement 1 834.

Ce type d’instrument d’exception vient enrichir notre patrimoine musical, car cette nouvelle acquisition est tout aussi spectaculaire au niveau visuel qu’auditif. Lorsqu’elle est inutilisée, l’octobasse de l’OSM est remisée au balcon de l’organiste. Elle reste donc toujours bien présente dans la salle de concert et elle partage ses moments de repos avec l’autre instrument d’exception qu’est le grand orgue Casavant de la Maison Symphonique.

Peu importe là où l’on vit, il existe presque toujours un orchestre symphonique qui offre un concert à proximité. Ne serait-ce que pour l’expérience auditive, il ne faut jamais hésiter à y aller au moins à une occasion. Vous en conserverez un souvenir inoubliable. Et si ce n’est pas le cas, racontez-moi ça.

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L’Antarctique, terre de glaces et de mystères

Paradoxalement, ce septième continent éloigné de tout fascine de plus en plus de gens. C’est tout de même étrange puisque ce pays de glace s’étendant sur une superficie de 14 millions de kilomètres carrés est plutôt monotone. Presque aucune flore, que des manchots, des phoques et des sternes, on fait vite le tour de la question. Par contre, certains scientifiques y trouvent leur compte pour d’autres considérations. Puisque c’est un désert, l’air y est très sec, il n’existe aucune pollution lumineuse, la nuit y est totale pendant plusieurs mois, des conditions idéales pour y installer des observatoires astronomiques.

Ces recherches scientifiques pourraient peut-être expliquer la présence au début décembre 2016 de Buzz Aldrin, le second homme à avoir marché sur la Lune. Peut-être. Certains semblent avoir d’autres théories plus exotiques. Presque au même instant, le secrétaire d’État des USA, Jim Kerry, y faisait un saut lui aussi. Pourquoi ? C’est également un mystère puisque le numéro 2 de la Politique américaine n’a rien d’officiel à y faire. Et il y a plus étrange encore. Le Patriarche Cyrille (Kirill) de l’Église Orthodoxe moscovite a, lui aussi, débarqué sur cette terre de désolation au lendemain de son tête-à-tête historique avec le pape François en février 2016. Plutôt étrange, car à ma connaissance, les phoques sont toujours athées et les sternes n’en ont que pour la sardine. Bien peu d’âmes à convertir et bien peu de fidèles à rencontrer. Mais alors, quelles raisons peuvent bien attirer tous ces gens atypiques de ce milieu jusqu’au bout du monde ? Est-ce la même raison qui attirait les sympathiques nazis en 1938 ? Depuis un certain temps, des rumeurs persistantes de bases secrètes d’extraterrestres ou d’intraterrestres circulent parmi les adeptes des théories du complot et autres penseurs alternatifs. D’autres parlent des nazis qui y auraient pris pied juste à la fin de la Seconde Guerre mondiale, emportant là-bas des trésors et peut-être Hitler lui-même. Cette théorie est beaucoup moins folle qu’il n’y parait lorsqu’on sait que la dépouille reconnaissable de l’ancien führer n’a jamais réellement été présentée au public.

Quoi qu’il en soit, ce continent est suffisamment vaste pour receler bien plus d’un mystère. Certains nous seront progressivement révélés, ils font partie des énigmes scientifiques qui trouveront réponse un jour ou l’autre. Quant aux extraterrestres, aux intraterrestres ou aux nazis, gageons qu’ils resteront pour longtemps encore des conjectures irrésolues ou des vérités tues.

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Du zéro, de la température et des chemins glacés… des prédictions

Zéro est un chiffre et un nombre. Une valeur nulle, mais zéro, ce n’est pas rien. Zéro est important, surtout lorsqu’il est situé dans un nombre composé de chiffres dont leur position relative leur confère une valeur différent du chiffre en soi. L’habitude d’écrire des nombres en base 10 est tellement ancrée qu’on en finit par oublier que dans le nombre 2847, le 4 vaut 40 et le 2 vaut 2 000, car les zéros ne valent pas rien.

Remarquez, le zéro n’apparait pas dans la suite des chiffres romains ? Même si leur base de calcul est également 10, le zéro est tout de même inexistant, et pour cause. À cette époque, les nombres servaient seulement… à compter. Ils comptaient des jours, des soldats, des sesterces, des acres, bref des choses comptabilisables. Lorsqu’ils n’avaient rien à compter, ils ne comptaient pas. Ainsi, puisque le zéro n’avait aucune utilité pratique, les Romains n’ont pas vu l’intérêt de donner une réalité à ce chiffre plutôt particulier.

La valeur zéro revêt une signification bien étonnante lorsqu’on l’utilise pour évaluer une température. Longtemps l’humain s’est demandé ce qu’était vraiment la température. Sachant même la mesurer, il ignorait toutefois ce qu’il mesurait exactement. Puis la température s’est progressivement laissé saisir. Aujourd’hui, on sait exactement ce qu’on mesure lorsqu’on plonge un thermomètre dans un milieu quelconque. On mesure l’agitation des atomes ou des molécules de ce milieu. Plus ils sont mobiles, plus la température est élevée. En revanche, plus ils sont figés, plus on se rapproche du zéro de température. Pas le zéro degré Celsius, mais le zéro kelvin, également appelé le zéro absolu. À zéro kelvin, les briques élémentaires de notre monde ont cessé de s’agiter. Cette température valant -273,15 °C, le zéro kelvin est une limite improbable à atteindre à cause des lois quantiques. Aujourd’hui, le record de froid atteint lors d’expérimentations scientifiques très sophistiquées est 450 pK (picokelvin) ou 0,000 000 000 450 kelvin.

L’unité de température kelvin a été donnée en l’honneur de William Thomson, Lord Kelvin qui en élabora le principe. Pour ceux dont ce physicien reste méconnu, il était l’une des plus importantes figures scientifiques de la fin du XIXe siècle, principalement en thermodynamique. Lors d’un exposé à la Royal Institution de Londres en 1900, il déclara qu’à part deux petits nuages, la physique arrivait au bout de son parcours. Ces deux nuages devinrent quelques années plus tard la physique relativiste et la physique quantique, les deux pans fondamentaux de la physique actuelle. Comme quoi, on a beau avoir inventé le zéro absolu, il est fort possible d’obtenir une note de zéro lorsqu’on s’attaque à faire des prédictions, même dans son propre champ d’expertise, y compris pour le plus grand spécialiste de son domaine.

Nous devons à tout prix garder une attitude suspicieuse lorsqu’une sommité veut nous éblouir avec des prédictions basées sur des faits et des calculs indéniables. Malgré que ces huiles puissent être admirables, ils deviennent faillibles comme nous tous lorsque, imbus, les impudents s’aventurent imprudemment sur les chemins glacés des prédictions.

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De l’usage et de l’avenir du français.

Cet article fait suite à celui intitulé « La langue des Gaulois d’Amérique ».

Bien sûr, la langue française continuera de s’épanouir, en partie par ses emprunts, comme ce fut toujours le cas. Mais alors, où se situe le point de non-retour au-delà duquel une langue s’éteint ? Effectivement, le français est empreint de latin, de grec, de perse, d’anglais, d’italien, d’espagnol et d’une quantité importante de mots d’autres origines. Si elle s’était cantonnée, elle aussi serait disparue. Son évolution future l’amènera-t-elle à mieux repousser son extinction ou, au contraire, s’éteindra-t-elle pour avoir été trop libertaire la rendant ainsi trop facilement assimilable ? Question sans réponse dans l’immédiat. Quoi qu’il en soit, parler notre langue, l’écrire, la diffuser, l’exiger, la défendre, la faire évoluer, sans relâche, le plus souvent, le plus loin, le mieux possible, tout francophone devrait souscrire à ces obligations au meilleur de ses capacités. C’est par une vigilance de tous les instants et par nos efforts mis en commun que la langue française demeurera vivante, belle et utile.

Le français se situe au sixième rang des langues les plus parlées, loin derrière l’anglais, le mandarin et l’espagnol. Si elle n’est pas encore en voie d’extinction, elle est indéniablement en danger. Nous ne devons jamais croire qu’elle subsistera toujours. Par conséquent, chaque attention que nous lui portons a son mérite. Parmi ceux-ci, la création de néologismes revêt une importance stratégique, car ce sont par eux que les langues restent vivantes. Nous trainons toujours de la patte, surtout dans le domaine des technologies qui concentre la grande majorité des néologismes. Nous en venons ainsi à utiliser le terme anglais malgré sa lexicologie française déficiente. On n’a qu’à penser à « e-mail ». Au Québec, on a inventé le mot-valise « courriel », en parlant du courrier électronique. Ça ensuite permis d’inventer le mot « pourriel » dont la signification ne vous échappera certainement pas.

Enfin, pour assurer l’avenir du français, dès qu’il sera possible, nolisons plusieurs grands vaisseaux spatiaux, emplissons-les de colons francophones et envoyons-les peupler une nuée d’exoplanètes. À défaut d’avoir gagné la bataille ici-même, donnons au moins la chance au français de refleurir ailleurs. Et qui sait si un jour, les Kepleriens, les Proximiens ou les Béréniciens auront des troupes de théâtre présentant Les Précieuses ridicules, La Cantatrice chauve ou Les Belle-sœurs ? Quel beau cadeau à donner à la communauté intersidérale que léguer une langue et une culture ayant la richesse du français. Ce présent pourrait aussi convaincre un possible Gouvernement des Planètes Fédérées que le sort de l’humanité vaut mieux que celui réservé aux peuples belliqueux assoiffés de pouvoir et insensibles à la destruction de leur planète dont nous sommes les indignes et sauvages représentants. Une langue belle et riche pourrait servir à sauver notre espèce d’une éventuelle action punitive extrême, surtout lorsque cette langue possède tous les atouts nécessaires à son utilisation… en diplomatie.

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La langue des Gaulois d’Amérique

Je suis d’origine québécoise, mes ancêtres sont français et amérindiens. Quand j’étais jeune, tous les gens ordinaires parlaient joual. Ce mot provient de la déformation du mot « cheval ». À l’instar du créole, le joual est un mélange de langues. Dans ce cas précis, le joual louvoie entre le français, le vieux français et l’anglais. Rajoutez-y une grammaire bicéphale, une prononciation lâche sur un fort accent breton moyenâgeux et vous obtenez un résultat plutôt incompréhensible pour les gens d’autres origines.

Durant les décennies 1960 et 1970, la révolution tranquille, c’est le nom qu’on a donné à notre affirmation comme peuple distinct libéré des jougs de l’Église catholique et de la domination anglaise, nous a rapprochés de nos origines françaises. Nous avons peu à peu épuré notre langue des mots et des expressions anglaises de mauvais aloi. Ce travail se poursuit encore aujourd’hui, car la culture a de la mémoire. Qui plus est, nous sommes 8 millions d’individus rassemblés sur un territoire entouré d’un océan de 400 millions d’anglophones. L’on constate bien évidemment que l’anglais est fortement prisé, il permet mieux que d’autres langues, dont le français, d’inventer des néologismes. À une époque où la technologie avance à un train d’enfer, le français peine à suivre le rythme de création des mots-valises et des acronymes composés à partir de mots techniques.

Tâche difficile pour un peuple géographiquement isolé de protéger sa langue face à une autre langue dont ses hégémonies tant géographique que technologique la rendent si attractive. Nous avons créé des institutions et avons voté des lois pour soutenir notre langue. Nous encourageons les immigrants à parler français. Nous le mettons en valeur, nous l’embellissons, nous y apportons notre contribution et nous travaillons sans relâche à contrer la puissance d’assimilation de l’anglais. Ainsi, nous nous empressons à créer des néologismes lorsqu’un mot anglais, souvent technique, cherche à s’imposer. Nous forçons l’usage des bons mots français ou des bonnes expressions françaises lorsqu’ils existent. Nous produisons nos propres émissions de radios, de télé, nos propres films, notre propre théâtre. Nous écrivons et éditons des tas de livres, malgré leur faible rentabilité. Nous nous efforçons d’être à l’affût des pièges linguistiques qui finissent par dénaturer une langue. Bien sûr, l’anglais reste incontournable qu’on soit Chinois, Russe, Argentin, Finlandais ou Québécois. Paradoxalement, le pourcentage de Québécois parlant couramment l’anglais est en forte hausse depuis notre révolution tranquille, car nous ne combattons pas le bilinguisme, nous combattons l’absence du français. Nous combattons l’anglicisation des allophones au détriment de leur francisation. Nous exigeons de travailler en français, de nous servir en français dans les boutiques, les restaurants et nos institutions logeant sur notre territoire. Plus qu’ailleurs, l’image de l’irréductible village gaulois convient très bien au peuple québécois faisant face à l’envahisseur anglophone omniprésent. Nos caricaturistes montrent d’ailleurs régulièrement nos dirigeants portant les habits de l’un ou de l’autre des personnages de la fameuse bande dessinée. Dans le prochain article, j’aborderai l’évolution de la langue française et son avenir.

Le poids des …ages (les solutions)

Notre bagage génétique déficient nous a rendus bien mal outillés pour vous assister lorsque, le samedi matin, vos yeux assassins nous fusillent sans possible riposte parce que nous restons étendus, amorphes, décatis devant la télé diffusant un interminable tournoi de golf. Vous voyez bien que quelque chose ne tourne pas rond dans notre tête ! Si les …ages auquels vous nous conviez si expressément étaient rédempteurs, nous serions les premiers à les accepter dans la joie et l’allégresse. Au contraire, nous préférons suivre d’un regard vide, hagard et hypnotique une minuscule petite balle blanche refuser obstinément de disparaitre au fond d’une coupe située à l’autre bout du pays. Le poids des …ages nous vieillit prématurément, a un effet néfaste bien connu sur notre libido et malgré tout, vous insistez quand même pour nous atteler comme si nous étions devenus de vieux canassons juste bons à exécuter ces travaux qu’une grand-mère peut encore très bien accomplir sans aide, malgré une démarche et une dentition vacillantes.

Mais il y a pire. Lorsque votre torture psychologique parvient finalement à vaincre notre courageuse résistance, lorsque, grâce à des ruses qu’aucun sioux ne s’abaisserait à utiliser, vous parvenez à faire de nous des conscrits, que nous crawlons de reculons jusqu’au gibet en vous implorant de nous laisser la liberté, votre âme insensible de tortionnaire ne démontrant aucune empathie pour votre victime, vous poussez la cruauté jusqu’à exiger de nos malheureuses personnes d’exécuter ces ignobles travaux selon vos règles et standards qui ont, avouez-le, la fabuleuse propension à se moduler aléatoirement de semaine en semaine.

Ainsi, malgré notre important apport à vos travaux forcés, vous avez toujours des reproches à nous adresser sur la façon dont nous nous sommes débrouillés pour compléter l’interminable liste des …ages du week-end. Vous n’hésitez jamais à nous obliger à recommencer le travail pour lequel nous avons dépensé tant d’énergie sous peine de nous priver de gâteries la prochaine nuit venue. Évidemment, toutes nos maladresses parfaitement compréhensibles iront grossir la pile des railleries à notre sujet lorsque vous vous réunirez avec vos amies pour partager vos atrocités et faire part de nos performances inévitablement inférieures à votre niveau de satisfaction, fut-il aussi irréaliste que jouer une ronde de 65 au golf. Si vous l’ignorez, ceux qui réussissent ce fabuleux score sont payés des millions et n’ont probablement jamais touché à un …age de leur vie.

J’en appelle ardemment à votre humanisme, le même mis de l’avant lorsqu’il est question d’animaux blessés, et je vous prie, je vous supplie de mettre fin à vos exactions à notre égard, car si les …ages sont pour vous d’une importance supérieure à celle de notre bien-être, si vous traitez mieux votre chat que votre chum en ne le privant jamais, lui, de ses gâteries quotidiennes préférées même s’il ne plie jamais des pyramides de linge, sachez que vous jouez dangereusement avec le destin de l’humanité. Devenez plus conciliante, et plutôt que d’aller au spa avec vos amies de filles, faites des partys d’… ages ensembles. Ainsi, vous cesserez de nous torturer, de nous humilier, et obtiendrez en retour des résultats supérieurs en tous points. Si vous acceptez ma proposition, au nom de tous les hommes, je vous promet solennellement de vous vouer une reconnaissance éternelle jusqu’au week-end prochain et de jeter aux ordures les vieilleries de votre mère qui encombrent tant le lieu le plus stratégique de la maison, c’est-à-dire le garage. Et surtout, surtout, tout homme sur la Terre vous jurera sans faillir à cette promesse de faire le ménage dans vos paires de souliers. Ainsi, ça vous aidera à vous débarrasser de cette fâcheuse tendance à les disséminer partout dans la maison. De plus, vous comprendrez enfin la différence entre souliers de montagne et montagne de souliers. Un seul geste, trois résultats positifs, c’est ça l’efficacité masculine à son meilleur lorsqu’il est question de réaliser des tâches ménagères. Il faut simplement nous demander d’effectuer les bons …ages. Comme vous voyez, les solutions se trouvent juste au bout de vos doigts. Vous nous excuserez, mais en attendant de recevoir enfin les bonnes tâches à accomplir, la dernière ronde du prestigieux tournoi de golf vient tout juste de commencer.

Le poids des …ages (suite)

Génétiquement, nous sommes désavantagés face à l’accomplissement de ces damnés travaux domestiques. Pour ceux qui en douteraient encore, relisez Darwin et vous comprendrez que c’est non seulement possible, mais très réaliste. On ne peut accomplir efficacement une fonction qui nous a toujours échappée. Car pendant que nous retroussions les babines du tigre à dents de sabre, que nous tentions d’acculer le mammouth laineux au bord du précipice sans se faire embrocher comme un lapin, nourriture de fortune les jours où le foutu mastodonte nous tenait malheureusement tête, vous vaquiez aux tâches importantes consistant à gérer tous les aspects du quotidien et plus particulièrement les fameux …ages, sauf le repassage qui viendra beaucoup plus tard, car c’est bien connu, à l’époque vous connaissiez l’art et la technique de confectionner nos habits en tissus infroissables. En parlant de repassage, tapez ce mot dans votre moteur de recherche préféré et vérifiez le nombre d’images montrant un gars attelé au fer et à la planche. Je dirais 2 % de toutes les illustrations et photos nous montrent face à notre calvaire. D’ailleurs, on parle constamment de femme de ménage et d’homme à tout faire, les tâches attendues de l’homme à tout faire étant toutes celles non dévolues à la femme de ménage. Oui mesdames, croyez-en mon expérience, vous avez un œil d’aigle pour voir la poussière microscopique, le petit pli revêche, la tache invisible qui vous agacent tant et pour lesquels, vous nous montrez de façon tout à fait excessive votre plus sale caractère. Mais cette saleté-là, pas question d’y toucher, ni vous, et encore moins votre victime favorite. Ça fait partie du merveilleux paradoxe féminin.

Dans le prochain épisode, je vous parlerai, entre autres, des effets psychologiques dévastateurs des …ages sur l’homme.

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Le poids des …ages

C’est un secret de gang de filles, nous, les gars, avons depuis longtemps développé au sein de notre code génétique une intolérance aiguë pour tous les travaux dont la prononciation se termine en « … age » : ménage, lavage, repassage, pliage, dépoussiérage, sage et plus encore. Seuls patinage et garage ne nous donnent pas d’urticaire et c’est normal puisque ce ne sont pas des tâches, ce sont des refuges pour hommes maltraités. Et mesdames, vous aurez beau mettre un accent circonflexe sur le mot tâche, pour nous ça constitue toujours des taches dans l’existence de l’homme moyen. Pensez-y quelques instants et l’évidence vous sautera au visage comme un barbecue que vous essayez d’allumer pour la première fois au printemps. Vous aurez bientôt l’occasion de lire la suite de mon argumentation. N’ayez crainte, elle sera à la hauteur de mon dédain pour tous ces …ages qui pèsent si lourd sur notre existence de mâles. Lire la suite « Le poids des …ages »

Avenir à venir

Combien de livres, combien de films, combien d’histoires parlent du destin, de la fatalité ? Comme si notre vie était toute tracée d’avance et que nous n’avions qu’à nous laisser porter par notre destinée jusqu’à un but tenu secret, mais bien réel. Plusieurs scénarios viennent instantanément à notre esprit où l’on voit des gens de toutes origines accepter de devenir meilleurs pour sauver des personnes ou des mondes dévastés par une calamité humaine ou autre. Malgré la fiction entourant ces personnages et leurs histoires, même si on est voué à jouer un rôle beaucoup plus secondaire et humble dans la vie, il est presque rassurant d’imaginer notre existence entre les mains d’un Grand Architecte.

Ainsi, plutôt que de forger notre place dans le monde, il suffirait de s’intégrer au moule préformé et d’en accepter les conséquences, positives ou affreuses. Personnellement, cette conception de la façon dont l’univers fonctionnerait, d’un Grand Patron omnipotent ayant écrit toutes nos existences avant même notre naissance, me rejoint très peu. Bien entendu, je passerai pour un mauvais croyant aux yeux des gens ayant foi en ce genre d’entité régentant nos actions, nos épreuves et nos destinées. La plupart d’entre eux croient également à l’existence d’une certaine part de liberté puisqu’il serait d’une infinie tristesse si nous n’étions que des marionnettes inconscientes de notre situation réelle. Mais voilà, ces deux conditions réunies se mêlent aussi bien que l’huile et le vinaigre. Notre existence ne peut pas être écrite et notre entité posséder un degré de liberté quelconque. Nous sommes l’écrivain d’une partie de notre biographie. L’écriture de certains passages ou chapitres de notre existence nous appartient alors que d’autres ont été ou seront rédigés par des gens de notre entourage ou par des rencontres fortuites. C’est normal, naturel et moins beaucoup moins attristant ainsi. L’écriture de notre avenir reste encore… à venir.

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