Ah, l’espoir !

L’espoir est un sentiment teinté de souffrances. Il résulte de la capacité qu’a l’humain à anticiper l’avenir, mais il émane souvent de l’envie et de la jalousie, ou encore d’un instinct primitif enfoui au plus profond de nous tous. Il se manifeste parfois dans les moments les plus sombres, mais il peut aussi nous quitter sans raison apparente, faisant de nous des loques, des zombis ou des cadavres.

L’espoir s’achète sous la forme d’un billet de loterie, d’une participation à un concours, d’une entrevue ou d’une audition. Il s’amuse avec nous, souffle le chaud et le froid, nous nargue, nous convie à faire la fête, mais n’évite jamais de nous la faire payer cher.

L’espoir nous rend amnésiques, nous gave de nuages vides, nous remplit de déceptions et de rage. L’espoir nous offre la délivrance, mais nous sert la souffrance.

L’espoir est cette toute petite flamme inextinguible qui cherche sans fin le combustible à dévorer. Parfois, on lui permet d’y goûter du bout des lèvres, mais ce n’est que pour mieux le tenir en esclavage.

L’espoir est omnivore, il se nourrit de rêves, de lubies, d’utopies, de chimères et de pensées magiques. Il dépense ses derniers deniers en vain et sans sagesse. Larmoyant, il se raccroche à un signe des cieux inexistant, ignorant les conseils et les mises en garde de ses proches.

L’espoir fustige les pessimistes, leur fait la leçon, pourtant les taciturnes ont cent fois plus de victoires que de défaites à leur compte. L’espoir s’en moque, le moqueur est terrassé, il se relève pour un nouvel assaut, semblant oublier sa dernière déconvenue et la fin certaine de la suivante.

L’espoir est-il si entêté qu’il refuse de regarder en face l’issue fatale impossible à éviter ? L’espoir est-il si bête ? N’est-il rien de plus qu’un chien se pourléchant les babines à la vue d’une viande qu’il n’aura jamais, car située bien à l’abri de ses crocs derrière une vitrine ?

L’espoir n’est rien de plus que l’espoir et ne sera jamais rien de plus que l’espoir. Rien de plus, mais tellement, car l’espoir est tout ce qui reste de l’homme lorsqu’il n’est plus rien. L’espoir est donc tout ce dont l’humain a réellement besoin pour être et pour rester en toutes circonstances et à jamais… un humain.

Photo : espoir.ca

Nouvelle tentative ratée de prendre Einstein en défaut

La théorie de la relativité générale d’Einstein élaborée entre 1907 et 1915 est considérée comme étant la plus importante contribution d’un seul homme à la physique. Il reçut toutefois de l’aide de deux mathématiciens qui lui permirent de compléter son œuvre, Marcel Grossmann et David Hilbert. Cette théorie complexe nous présente un modèle sur la façon dont les objets déforment l’espace-temps pour, en contrepartie, faire bouger ces mêmes objets. Depuis, sa théorie tient bon contre tous les assauts, y compris les plus récents et les plus raffinés, dont l’expérience Microscope. Cette récente tentative cherche à prendre en défaut le postulat qu’a utilisé Einstein pour élaborer sa fameuse théorie.

Un postulat est une affirmation non démontrée servant de point de départ à l’élaboration d’une théorie. Dans le cas de la relativité générale, Einstein a postulé un principe d’équivalence entre lois physiques dans un référentiel tombant en chute libre dans un champ de gravitation et les lois physiques dans un référentiel inertiel.

On connait mieux la formulation suivante. Deux corps, quels qu’ils soient, tomberont de façon identique dans un même champ gravitationnel, peu importe leur masse ou leur densité.

L’expérience du satellite Microscope «Micro Satellite à traînée Compensée pour l’Observation du Principe d’Équivalence» consiste en deux cylindres imbriqués l’un dans l’autre faits de métaux différents, donc de densité différente. Si les deux cylindres tombent de façon identique dans le champ de gravitation, on ne constatera aucun changement dans leurs positions respectives. Dans le cas contraire, ils se déplaceront l’un par rapport à l’autre et le principe d’équivalence sera violé, mettant à mal la relativité générale, ce qui ouvrira la voie à établir une nouvelle théorie de la gravitation.

Pourquoi cette énième expérience sur le même sujet alors que toutes les précédentes se sont soldées par une confirmation du principe d’équivalence?

Tout d’abord, pour affiner les mesures puisque Microscope est cent fois plus sensible que les précédentes expériences. Une différence pourrait alors être perçue par des accéléromètres là où elle aurait échappé aux expérimentations moins précises.

L’autre raison est encore plus fondamentale. Les deux piliers de la physique actuelle se détestent mutuellement. La chromodynamique quantique et la relativité générale semblent décrire deux univers différents alors qu’elles font partie d’un seul et même monde, le nôtre. Pourquoi le comportement de la matière se modifie-t-il si drastiquement aux très petites et aux très grandes échelles, demeure un mystère total et très dérangeant.

Pourtant, les deux théories résistent jusqu’à présent aux multiples tentatives de plus en plus raffinées visant à prendre en défaut l’une ou l’autre, sinon les deux. La dichotomie actuellement observée agace, frustre et embête les physiciens qui n’y voient qu’un moyen de progresser vers une vérité cachée sous-jacente. Mais les deux édifices théoriques tiennent bon, malgré l’inventivité des expérimentateurs. Par exemple, le satellite Microscope a permis jusqu’à présent de vérifier le principe d’équivalence jusqu’à une sensibilité de 2 x 10-14 (0,00000000000002) et on espère améliorer cette sensibilité d’un facteur 20 d’ici peu (1 x 10-15).

Même si le principe d’équivalence reste toujours valide, cette expérience permettra d’éliminer d’autres théories concurrentes. Si, par contre, des différences commencent à apparaitre, la théorie des cordes (actuellement repoussée dans les cordes du ring) pourrait prendre du gallon puisqu’elle prédit une différence très faible entre la masse inerte (inertielle) et la masse grave (en champ de gravité).

Il est important de comprendre que toutes les théories ne sont qu’une modélisation de notre Univers et non une représentation exacte de ce qu’il est. Les nouvelles théories émanent des ambiguïtés des précédentes. Il n’est pas dit qu’un jour nous ayons réponse à tout à partir d’une seule théorie unifiée. Par contre, notre compréhension actuelle du comportement de notre monde ne nous satisfait aucunement, malgré notre capacité de prédiction permise soit par la relativité soit par la chromodynamique quantique. C’est comme demander à papa de nous répondre lorsqu’il est question de sujets d’ordre cosmique et à maman lorsqu’on discute d’atomes et de ses constituants. On rêve du jour où nos parents règleront leurs différents une fois pour toutes. Cela pourrait s’avérer impossible, mais jusqu’à présent, on a toujours réussi à trouver un terrain d’entente. C’est seulement lorsqu’on affine le sujet de conversation que de nouvelles différences apparaissent. Cette divergence actuelle résiste aux assauts de millions de théoriciens et expérimentateurs depuis près d’un siècle. Jamais nos efforts n’ont été aussi nombreux et perfectionnés dans le but de faire mentir la gravitation ou son adversaire composé des forces nucléaires faible et forte ainsi que de la force électromagnétique.

La schizophrénie dont est atteint le monde de la physique finira, espérons-le, à être un jour guérie. Pour ce faire, d’autres expériences devront être effectuées avec des moyens toujours plus ingénieux afin d’atteindre des degrés de précision inégalés.

Photo : europe1.fr

Dérèglement climatique – vers le pire

Des chercheurs de l’université Stanford prévoient que les scénarios les plus pessimistes du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, prévaudront sur les autres prévisions moins alarmistes.

Rappelons que le GIEC ne fait aucune recherche scientifique, par contre il collige toutes les études publiées sur l’évolution du climat. Il tente ensuite d’en tirer plusieurs tendances suivant divers scénarios allant du plus optimiste au plus pessimiste.

Le GIEC est important puisque personne n’a le goût ni le temps de lire ces études une à une et de faire le travail de synthèse qui s’impose pour comprendre où va la planète.

Ce que les chercheurs de Stanford ont publié tend à se rapprocher des conclusions les moins favorables du GIEC, mais je ne suis pas surpris et voilà pourquoi.

Au début de son mandat, Le GIEC a été fustigé et insulté d’être alarmiste et irréaliste. Il a ensuite été soumis à d’intenses pressions qui l’ont fait reculer. Ils ont alors ajusté leurs courbes d’évolution du climat en avalant des antidépresseurs et en enfilant des lunettes roses. Ils ont ainsi obtenu des courbes prédictives entièrement décalées vers le côté joyeux des axes. Il est donc normal de retrouver in fine des courbes de mesures réelles parfaitement alignées avec celles du GIEC qui prévoient le pire. Ces scénarios aujourd’hui anticipés par Stanford auraient dû se situer en plein cœur des courbes du GIEC.

Le GIEC s’est-il comporté comme un bon scientifique? nous a-t-il menti? Quelle est sa position aujourd’hui? Ces trois questions sont parfaitement légitimes. À l’évidence, il ne s’est pas comporté en bon scientifique puisqu’il a éliminé de son bilan les études les moins favorables, mais a conservé la plupart de celles prévoyant des changements moins importants et moins alarmistes. Dans le contexte où l’on collige une grande quantité d’études scientifiques, il est normal et même nécessaire d’en écarter une certaine quantité, car les études situées aux deux extrémités du spectre sont souvent biaisées par un protocole de recherche inadéquat, des données insuffisantes ou préalablement filtrées, ainsi que de la triche. En éliminant les extrêmes des deux côtés, le cumul des études restantes et la réalité devraient mieux concorder.

Toutefois, les études aux deux extrêmes n’ont pas reçu le même traitement. Au bout du compte, il est resté beaucoup plus d’études optimistes que pessimistes, ce qui engendre un important biais dans les conclusions tirées de toute cette manip antiscientifique.

Ce filtrage asymétrique a engendré des conclusions mitigées préjudiciables. De fait, les gens au pouvoir se fient généralement aux conclusions les moins contraignantes. En déplaçant artificiellement la moyenne dans cette direction, l’inaction devient presque acceptable alors qu’avec des résultats non biaisés, l’inaction aurait été critiquable. Les lobbyistes favorisant le statu quo ont donc obtenu une victoire éclatante sur la vérité.

Alors pourquoi ce groupe de travail, le GIEC, a-t-il agi ainsi, lui qui est composé de scientifiques aguerris? Les conséquences d’être resté neutre et franc l’auraient menacé d’extinction ou de remplacement de leurs membres clés, occasionnant un déplacement des prévisions encore plus important vers l’allégresse et un retard significatif dans l’émission des rapports. Mentir et tricher jusqu’à une limite «tolérable» nuisait moins à la cause du climat que d’être resté honnête et réaliste. Ce fut un geste de désespoir qui sera un jour décrié pour n’avoir pu tirer l’alarme à temps. Je suis certain que les auteurs du GIEC en sont pleinement conscients. Ils doivent être déchirés puisqu’ils ont sciemment enfreint leur code d’honneur en retranchant des poids de l’un des plateaux de la balance tout en laissant intact le second.

Les résultats de l’étude de Stanford apportent d’une certaine façon la preuve que le GIEC a été manipulé. D’autre part, on observe que ce dernier n’a pas outrepassé une certaine limite en pliant aux pressions et aux jeux de coulisses puisque les données de l’étude de Stanford concordent tout de même avec l’un des scénarios prévus par le GIEC, le pire. L’étude de Stanford n’est pas un cas isolé. D’autres études confirment la tendance réelle des changements climatiques à frôler et même à dépasser les scénarios les plus pessimistes du GIEC.

Sachant cet état de fait, il est important d’interpréter les rapports du GIEC en se focalisant sur les courbes les moins optimistes en imaginant que l’avenir leur ressemblera.

Photo : davidsuzuki.org

Programmer des voyages dans le temps, le problème de l’espace

Cet article est la suite du précédent dans lequel il a été établi que les voyages temporels sont en fait des voyages spatiotemporels. Ceux-ci obligent de programmer des coordonnées de temps ainsi que d’espace pour réussir un retour à un moment et dans un lieu précis. L’autre concept est la notion de valeur de référence. La machine à voyager dans le temps doit être alimentée avec des valeurs de référence pour éviter d’envoyer son voyageur à n’importe quel endroit.

Toutefois, le temps et l’espace se comportent différemment, car le temps ne possède qu’une seule dimension et elle coule naturellement du passé vers le futur, elle est dotée d’un mouvement propre, tandis que l’espace possède trois dimensions statiques dans lesquelles on peut se mouvoir à notre guise puisqu’il n’existe pas de devant, ni d’arrière, ni de gauche, ni de droite, ni de haut, ni de bas. C’est uniquement à partir de l’établissement de façon non contraignante d’un point d’origine commun aux trois axes ainsi que notre choix des axes de longueur, de hauteur et de profondeur que les six notions de direction acquièrent un sens pratique.

En ce qui concerne le temps, une référence temporelle commune aux deux dates n’est pas nécessaire. Elle pourrait valoir n’importe quelle valeur puisque dans les équations, elle s’annule avec elle-même. Ainsi, peu importe la référence de temps choisie, le moment du Big Bang, l’apparition de la première forme de vie sur Terre, la naissance de Gengis Khan ou la perte de ma première dent, la différence entre le moment de mon départ et ma valeur de référence temporelle, puis la différence entre le moment de l’arrivée et la même valeur de référence temporelle, si je soustrais les deux chiffres obtenus de ces soustractions, j’obtiens toujours le même nombre, quelle que soit la référence temporelle utilisée, pourvu qu’elle soit la même. Cette référence s’élimine toute seule dans les équations. En fait, pour être plus précis, c’est le temps présent qui sert de temps de référence pour déterminer hors de tout doute le moment exact du passé à atteindre.

Pour ce qui concerne des coordonnées spatiales, le problème se corse puisqu’on ne peut malheureusement pas compter sur l’annulation des coordonnées de référence et c’est là le nœud du problème parce qu’il n’existe aucun point spatial pouvant être considéré comme une référence immuable pour les deux moments, celui du départ et celui d’arrivée.

Un saut instantané d’un espace-temps à un autre semble ainsi impossible, sauf dans le cas où il serait possible de capter le signal GPS pour déterminer la position géographique exacte. Toutefois, il est nécessaire de donner au GPS un repère géodésique pour compenser la dérive des continents. Il existe aussi la précession des équinoxes, un mouvement rotatoire des pôles géographiques terrestres qui peut influencer la lecture d’une position précise. Si on rajoute la nutation, une oscillation de l’axe terrestre, on obtient tout un tas de mouvements aptes à dérégler la mesure du point spatial référentiel.

Évidemment, de cette façon, il est impossible de faire un saut dans le temps plus important que depuis la mise en service du signal GPS et ça ne résout pas entièrement le problème de la dérive des continents qui déplace la localisation d’un point en surface d’une valeur comprise entre un et dix centimètres par année.

Toute erreur de position, même de quelques centimètres, déplacera le voyageur par rapport aux objets de l’enceinte dans laquelle réside la machine spatiotemporelle. Se retrouver la tête prise dans le plancher de béton de l’étage supérieur ne représente pas une solution santé. Pas plus d’ailleurs si le chanceux se retrouve au beau milieu du Pacifique, ou dans le vide intersidéral, ou au cœur du Soleil !

Une référence spatiale solide à travers le temps constitue un sérieux handicap et un défi extraordinaire à relever pour réaliser, mais surtout réussir, des sauts spatiotemporels d’envergure à l’aide d’une machine programmable.

Photo : magazineprestige.com

Programmer des voyages dans le temps

En deux articles, j’aborderai une fois de plus ce sujet, mais cette fois du point de vue de voyages qu’on pourrait programmer dans une machine à remonter le temps. Ce premier article abordera deux concepts fondamentaux qu’il faut absolument connaitre pour programmer adéquatement ce type de machine.

Je regarde actuellement des épisodes de la série télévisée Dark produite en Allemagne par Netflix. L’intrigue est basée sur les voyages temporaux et plus spécifiquement sur le temps cyclique. Comme je l’écrivais dans un article précédent, l’industrie du cinéma et des séries télé adore apprêter ce sujet à toutes les sauces. Les producteurs ne craignent pas les paradoxes et certains d’entre eux auraient dû s’en méfier, car les aberrations de scénarios inondent quelques fois les spectateurs d’inepties carabinées ininterrompues. Mais bon, faut croire qu’au nom du divertissement, on puisse oublier tout sens commun. La série Dark, faut-il le souligner, n’est pas désagréable. Le dédoublement des personnages est pleinement assumé, mais ils ont oublié, comme la plupart des autres scénarios sur le sujet, un élément fondamental et essentiel lié aux voyages temporaux.

Depuis Einstein, nous savons que l’espace et le temps sont intimement liés dans une construction indissociable. Si nous partons du principe que les voyages dans le passé sont possibles, il est plutôt aisé de calculer le nombre d’années, de jours, d’heures et de minutes d’un voyage dans le passé et de donner à la machine cette quantité de temps à rebours. La difficulté ne réside pas dans ce calcul, le problème est que cette donnée est insuffisante pour réussir un voyage temporel puisque Einstein l’a bien compris, le temps et l’espace forment une seule et même entité indissociable appelée espace-temps.

Donc, pour les voyages temporels programmés, les coordonnées d’espace sont des données aussi essentielles que celle de la valeur du temps à rebours. Il faut nourrir notre machine avec deux séries de données complètes. Celle du moment et du lieu de départ et aussi celle du moment et du lieu d’arrivée. Cette exigence est tout aussi valable même si les lieux de départ et d’arrivée sont identiques pour les deux dates. L’espace-temps ne constitue qu’une seule et même donnée composite constituée de trois valeurs spatiales et une de temps. Et il en faut deux de ces données composites pour programmer un voyage spatiotemporel. Un voyage seulement temporel, ça n’existe pas.

Voyons maintenant le second concept essentiel, celui de valeur de référence. Une valeur de référence est une donnée statique permettant de donner un point de comparaison commun à un groupe de données variables. L’exemple le plus simple est celui d’un individu se rendant chaque jour sur les lieux d’attraits touristiques différents à partir de sa chambre d’hôtel. Son emploi du temps dessiné sur une carte ressemble à des rayons émanant d’un seul et même lieu, son hôtel.

Mais si on élimine ce point de référence, le lieu de départ quotidien, il ne reste sur la carte que des points n’ayant aucune relation entre eux et la carte ne nous renseigne pas sur les itinéraires à parcourir. Programmer le lieu de départ est donc essentiel, car il constitue le point de référence commun à chaque itinéraire quotidien.

Dans un même souffle, on doit inscrire une date et une heure de départ et d’arrivée pour chaque rayon dessiné sur la carte afin d’avoir le portrait complet du programme spatiotemporel du voyageur.

Voilà pour les deux concepts fondamentaux qu’il faut absolument comprendre avant d’aborder la programmation de voyages spatiotemporels.

Dans le prochain article, j’aborderai la question de la différence importante existant entre les données de nature temporelle et celles de nature spatiale dans le but de programmer une machine à voyager dans l’espace-temps.

Le silence pour contrer les dérèglements climatiques

Je me souviens, voilà plus de trois décennies maintenant, j’écoutais régulièrement la météo sur une chaine spécialisée de télévision. Le débat sur les récents dérèglements climatiques n’avait pas encore atteint la population. Seuls quelques spécialistes osaient avancer cette éventualité surtout basée sur des appréhensions plutôt que sur des mesures. D’ailleurs, l’expression anglaise global warming a été évoquée pour la première fois par un climatologue dans la revue scientifique Science en 1975.

Soir après soir, je prenais connaissance des données météo constatées durant la journée et des prévisions pour les prochains jours. J’étais consterné de noter le nombre effarant de journées où l’on battait différents records de toutes sortes. Plus haut ou plus bas maximum, plus haut ou plus bas minimum, nombre d’heures d’ensoleillement mensuel, vitesse de pointe des vents, etc. Les météorologues nous répétaient également que rien d’affolant n’était en train de survenir puisque les moyennes des données restaient plus ou moins inchangées.

J’étais sans connaissance! Je me disais qu’ils devaient tous être tarés ou innocents pour déclarer ce genre d’ineptie. On ne peut pas constamment battre des records sans que rien d’important soit en train de survenir. Prenons un objet simple, une balançoire dans un parc. On connait sa position au repos qui correspond également à sa position moyenne lorsqu’elle se balance. La force de l’élan ne change pas cette position moyenne. On peut donc croire que rien d’important ne se produira, peu importe la poussée appliquée à la balançoire, puisque sa position moyenne reste identique. Et pourtant, on sait tous pertinemment que c’est faux puisque les positions extrêmes atteintes par la balançoire deviendront de plus en plus critiques avec l’ampleur de la poussée. Et finalement, elle cessera de balancer pour décrocher de sa trajectoire pendulaire. Le pendule s’est déréglé.

Pourtant, les météorologues persistaient dans leurs déclarations. Avaient-elles pour but d’éviter la panique dans la population? Si c’était le cas, ils ont parfaitement réussi puisque aucune panique n’est survenue, mais aucun plan d’action pour renverser la tendance n’a émergé de ces années d’indolence jusqu’à aujourd’hui.

Ils auraient mieux fait de nous alerter et même de nous alarmer. Mais un météorologue n’est pas nécessairement un climatologue. Comprendre les cycles moyens et longs des températures ainsi que leurs causes afin de les prévoir n’entrent pas dans les attributions de ceux qui doivent nous livrer leurs prévisions pour les prochains jours, et au mieux les tendances probables pour la prochaine saison.

Sans totalement les blâmer, je ne les excuse pas pour autant. Si les dérèglements du climat ne faisaient pas partie de leurs champs de compétence, l’analogie avec la balançoire aurait dû les interpeller. À partir de ce point, ils auraient pu en référer à des autorités compétentes. Leur silence coupable a engendré une nonchalance toujours présente, puisque les dérèglements climatiques ne font pas encore partie de nos plus grandes préoccupations et ils le devraient depuis plusieurs dizaines d’années maintenant. La tendance actuelle aurait pu être renversée bien plus tôt.

Plusieurs climatologues croient de toute façon que cette balançoire est maintenant trop déréglée pour l’empêcher de décrocher. Les concentrations de CO2 et de CHactuelles engendrent des hausses de température suffisamment importantes pour permettre la libération accélérée de ces mêmes gaz actuellement piégés dans les pergélisols et les fonds océaniques. On appelle ce phénomène un emballement thermique puisque la hausse des températures engendre une hausse encore plus grande des températures et aucun autre phénomène naturel n’est suffisamment important pour contrer cette boucle réactive fatale.

La pensée magique anime les politiciens du monde entier. Placer un bandeau sur ses yeux ne fait pas disparaitre la Lune, pourquoi le ferait-il avec les changements climatiques? Le silence déployé comme solution nous mènera tout droit à des temps de grande noirceur.

La vérité, aussi dure et laide soit-elle, ne causera jamais autant de torts que son ablation. Mais certains croient encore qu’il faut tempérer les états d’âme des citoyens pour préserver la paix sociale. Dans un certain sens, ils n’ont pas tort, car quoi de plus pacifique qu’une humanité entièrement disparue?

Un visiteur nommé `Oumuamua

Un corps étranger à notre système solaire se promène présentement parmi nos planètes. Depuis la découverte de ce géocroiseur le 19 octobre dernier, l’analyse de sa trajectoire prouve hors de tout doute qu’il provient d’au-delà de notre système planétaire. Cette observation unique dans notre histoire, n’est pourtant pas l’élément le plus bizarre de cet étrange événement.

Pour diverses raisons, les réservoirs d’astéroïdes sont parfois soumis à des forces gravitationnelles combinées qui déstabilisent certains cailloux en faisant partie. C’est précisément de cette façon que naissent nos comètes dont certaines acquièrent des trajectoires hyperboliques qui les feront raser le Soleil pour ensuite aller se perdre à travers l’espace intersidéral en direction d’autres mondes.

Or 1I/2017 U1, c’est son identifiant scientifique officiel, ferait partie de ce genre d’objet expulsé d’un autre système planétaire que le nôtre et qui maintenant croise notre espace. C’est du moins ce que pense une partie de la communauté scientifique, mais le caractère étranger de ce corps céleste n’est pas le seul élément troublant dans cette affaire.

En analysant sa forme grâce à la crème de notre instrumentation spatiale, l’on s’est rendu compte que ce corps était anormalement allongé, une forme auparavant jamais observée parmi nos propres débris spatiaux provenant de la Ceinture d’astéroïdes ou du Nuage d’Oort. L’objet en question ferait environ 400 mètres de long, serait dix fois plus long que large et tournerait sur lui-même toutes les 7,34 heures. Une forme en cigare de la sorte ne parait pas s’être formée naturellement. Bien que la plupart des astéroïdes ont des formes autres que sphériques dues aux collisions qui les ont créés, jamais cette apparence aussi allongée et rectiligne n’a été constatée chez aucun autre corps naturel connu. Les agglomérations d’astéroïdes donnent parfois des formes étirées, mais le résultat ressemble à des cacahuètes ou à des pommes de terre desquelles on reconnait assez facilement les différents corps originels les ayant façonnés. Ce n’est pas le cas de cet objet apparemment homogène.

Il est pauvre en eau (glace), riche en métal et possède une couleur rouge foncé ou brun comme serait un objet métallique soumis depuis longtemps aux radiations cosmiques. Aucune poussière ou gaz ne s’en dégage. Il est passé au plus près de la Terre le 14 octobre dernier en nous « frôlant » à 24 millions de kilomètres de distance, seulement le un sixième de la distance Terre-Soleil. Voir animation.

Sa vitesse actuelle après accélération due à l’effet de fronde autour du Soleil était de 25,5 kilomètres par seconde. Sa trajectoire hyperbolique fera en sorte qu’il se dégagera de son influence gravitationnelle pour ne plus jamais nous croiser.

Évidemment, les chercheurs de l’institut SETI (Search for Extra Terrestrial Intelligence) ont braqué une série d’instruments pour écouter l’objet afin de savoir s’il émettait des signaux. Pour l’instant, rien de tel n’est survenu, sinon à notre insu. Toutefois, le spectre électromagnétique est si étendu que nous cherchons une aiguille dans une botte de foin. Cependant, s’il était une sonde extraterrestre venue à la rencontre de notre système planétaire, il pourrait très bien transmettre des données non pas à notre attention, mais à ceux qui l’auraient fabriqué.

Malgré cette première rencontre avec un objet interstellaire, les scientifiques l’attendaient depuis des décennies et maintenant que notre instrumentation est particulièrement efficace, on suppose que nous en découvrirons bien d’autres. Une similarité avec la découverte de la première planète extrasolaire en 1995, alors que des milliers d’autres n’ont pas tardé à suivre.

Peut-on se réjouir d’un tel événement ? Les avis sont partagés. Certains le craignent. Si `Oumuamua est bien une sonde extraterrestre, en frôlant la Terre, elle n’aura pas manqué de noter tout un tas de renseignements utiles nous concernant, nous et notre planète. Gravité, océans, atmosphère, températures, vents, biologie, habitabilité, présence d’intelligence et de technologie, etc.

Pour des extraterrestres en quête d’une planète à coloniser, la Terre représente un trésor bleuté et notre présence comme une nuisance facile à exterminer.  Mais cette possible guerre des mondes nous hantera toujours puisque la vie intelligente foisonne certainement dans notre Galaxie et ailleurs dans l’Univers. Nous sommes condamnés un jour à rencontrer d’autres peuples des étoiles et à gérer au mieux la situation (en postulant que rien de tel ne se soit jamais produit).

`Oumuamua qui signifie « messager venu de loin et arrivé le premier » en langue hawaïenne semble définitivement trop atypique pour n’être qu’un astéroïde égaré. En faisant défiler le film à l’envers, on remonte vers son point d’origine qui, pour l’instant, semble être l’une des très jeunes étoiles de l’association Carina ou Colombe, située entre 163 et 277 années-lumière de la Terre. Il aurait ainsi voyagé pendant plus de 45 millions d’années avant de nous atteindre. Mais s’il s’avère être un objet artificiel, il aurait probablement beaucoup ralenti avant d’entamer son arabesque autour du Soleil. Si nous avions pu noter ce changement de régime, ça aurait été la preuve irréfutable d’une intelligence sous-jacente.

Maintenant, les astronomes possèdent une direction privilégiée où regarder puisqu’ils émettent l’hypothèse qu’un tel ejectum suggère plutôt des ejecta et que d’autres de son espèce pourraient suivre l’exemple de leur éclaireur, `Oumuamua.

Si c’était le cas, il serait important de regarder loin, question de mesurer leur vitesse. Si celle-ci varie, on saura que l’éclaireur venu de loin et arrivé en premier a attiré une troupe dotée d’intelligence à le suivre.

Il nous restera peu de temps pour choisir notre délégué mondial chargé de leur adresser nos salutations officielles ou, le cas échéant, de leur signifier notre reddition sans condition.

Illustration d’artiste et simulation vidéo : European Southern Observatory

Quelques précisions sur la… précision des infos sur les séismes

Aux nouvelles, on parle souvent de l’épicentre d’un séisme qui situe celui-ci par rapport à des coordonnées géographiques ou à des distances par rapport à des noms de villes ou villages. Pourtant, les dégâts les plus importants ne sont pas toujours situés à l’épicentre d’un séisme et voici pourquoi.

Lorsque les spécialistes déterminent l’origine géographique d’un séisme, ils le localisent dans les trois dimensions terrestres. Sa latitude, sa longitude, ainsi que sa profondeur. Un séisme survient généralement aux alentours des dix kilomètres de profondeur, rarement moins, parfois à des profondeurs plus grandes ou beaucoup plus grandes.

Les géologues tirent un trait vertical à partir du foyer du séisme jusqu’à la surface terrestre. Ce point en surface correspondant à des coordonnées géographiques connues, c’est l’épicentre du séisme, c’est-à-dire la projection au sol du lieu où en profondeur le séisme a eu lieu. Ce point peut très bien se situer à bonne distance des dégâts les plus importants puisqu’il est parfois très éloigné des failles géologiques qui ont coulissé et causé les dommages en surface.

Mais cette façon de déterminer l’origine d’un point dans un volume est standard puisqu’elle ne peut correspondre qu’à un seul lieu précis, ce qui n’est pas le cas des conséquences d’un séisme qui peuvent couvrir une grande surface et même des endroits géographiquement dissociés.

On doit se rappeler que l’épicentre n’est qu’une coordonnée, pas nécessairement le lieu où les ravages ont été les plus graves, même si parfois, et même assez souvent, les deux se confondent. La figure donne un exemple pour lequel l’épicentre et le lieu des dégâts de surface d’un séisme sont dissociés.

Le foyer situé en profondeur d’où émane un séisme se nomme l’hypocentre. La racine grecque « hypo » signifie « au-dessous », « en deçà ». Quant à l’épicentre, c’est le point en surface à l’exacte verticale de l’hypocentre, et pas nécessairement le lieu où les pires dégâts en surface sont survenus.

Donc, ne vous surprenez plus si dans des bulletins de nouvelles, on vous donne d’abord le lieu de l’épicentre d’un séisme et plus tard un autre endroit où sont survenus les ravages les plus notoires. Ce n’est pas une erreur d’estimation initiale. L’hypocentre est très précisément triangulé grâce à une panoplie de sismomètres répartis aux quatre coins de la planète et son alter ego en surface, l’épicentre, ne souffre d’aucune mésestimation importante.

Par contre, on révise parfois à la hausse ou à la baisse l’énergie dégagée par un séisme, la fameuse valeur sur l’échelle Richter. Afin d’accélérer le processus d’alerte, un séisme majeur sera immédiatement déclaré, quitte à n’avoir pas encore obtenu suffisamment de données des sismomètres éloignés pour lui attribuer une valeur d’énergie dégagée très précise. Mais qu’il soit de magnitude 8,9 ou 9,1, un séisme d’aussi grande importance doit être déclaré le plus rapidement possible afin de sauver le maximum de vies. La précision du nombre est améliorée plus tard.

Dernier détail concernant la mesure de l’ampleur des séismes sur l’échelle Richter. On reporte l’énergie dégagée par un séisme sur cette échelle qui est logarithmique et ouverte. Ceci signifie que chaque accroissement d’environ 0,3 point sur l’échelle Richter correspond au double de l’énergie du séisme. Par exemple, entre les deux magnitudes 5,0 et 8,0, l’énergie libérée est mille fois plus grande !

On dit de l’échelle Richter qu’elle est ouverte. Cela signifie qu’il n’y a pas de limite théorique à l’ampleur d’un séisme. Toutefois, le plus important séisme jamais estimé faisait 9,5. C’était au Pérou en 1960. On pense qu’un jour, un séisme causé par la tectonique des plaques pourrait atteindre la magnitude 10, mais pas beaucoup plus. Cependant, si un astéroïde monstre venait à frapper la Terre de plein fouet, il n’est pas exclu que des séismes de magnitude 11 ou 12 nous secouent.

Personne ne tient vraiment à vivre cette journée apocalyptique. Aucune construction ne résisterait à d’aussi puissants cataclysmes. Des incendies feraient rage sur l’ensemble des continents. Les victimes se compteraient par milliards et les survivants périraient à leur tour de l’un ou de l’autre des effets engendrés par cette collision cosmique ayant causé le séisme le plus monstrueux jamais ressenti.

2018, l’année de tous les séismes ?

Deux chercheurs sismologues ont fait une étrange prédiction qui ressemble plus à une mauvaise blague qu’à des travaux d’analyse sérieux. Et pourtant, il se pourrait bien que la Nature leur donne raison et que leur prédiction s’avère. Quant à savoir si la raison qu’ils avancent est la vraie cause, il faudra plus d’incidents pour le prouver sans équivoque.

La rotation de la Terre ralentit peu à peu. Les jours s’allongent donc imperceptiblement et certaines années plus que d’autres. En analysant les données des 150 dernières années, un clin d’œil sur le plan géologique, les deux chercheurs ont établi une concordance entre les années où ce ralentissement est plus accentué et celles où plusieurs séismes supérieurs à 8,4 sur l’échelle Richter sont survenus. Un décalage de 5 ans semble relier les ralentissements importants aux années de grands séismes.

Mais concordance ne signifie pas toujours corrélation. En science, des données concordantes sont fréquentes et proviennent souvent de données partielles, insuffisantes ou simplement à des coïncidences. Ainsi, trouver des concordances n’est que le début de l’enquête et elles mènent souvent à des culs-de sac. Inversement, certaines corrélations nous passent fréquemment sous le nez puisque les relations de causes à effets nous apparaissent comme trop improbables pour être véridiques.

Mais il se pourrait que les deux chercheurs aient raison, car les deux phénomènes sont liés au noyau de notre Planète. De légères asymétries mécaniques engendrent des oscillations du Globe qui se répercutent sur la durée des jours, ainsi que sur le déplacement des contraintes sur les failles des différentes couches rocheuses.

Si cette prédiction s’avère, ce serait une première dans le monde géologique, mais là encore, des coïncidences sans incidences peuvent très bien survenir. Par exemple, on sait tous que la faille de San Andreas est due pour un coulissage majeur et elle est même en retard par rapport aux analyses. Qu’il survienne en 2018 ne signifierait pas qu’il ne se serait pas produit si la durée des jours était resté similaire durant l’année 2013.

S’il existe un intérêt certain à suivre le déroulement des séismes majeurs l’an prochain, on ne peut oublier que lorsqu’ils surviendront, ils feront énormément de victimes, peu importe les lieux. Certains chanceux s’en tireront indemnes, mais plusieurs personnes subiront des blessures graves et beaucoup d’autres y perdront la vie. C’est la triste réalité que les chercheurs tentent de comprendre afin de minimiser les conséquences. Mais qu’en est-il des populations vivant à proximité des zones à hauts risques ? Iront-elles s’établir ailleurs ? C’est très peu probable. L’humain vit sans se soucier de la science, même si, elle, se soucie de lui. Alors on déplorera d’innombrables pertes, comme si personne n’avait jamais prédit ces grandes années de cataclysmes.

Photo : www.openinventor.com

Voilà, il neige

Lorsqu’on vit au Québec, la première neige de l’année nous avise que nous nous apprêtons à vivre quelques mois de froid, parfois même, intense. Mais cette prévision ne gâche pas le spectacle de ces flocons virevoltant gracieusement sous le vent en faisant disparaitre les surfaces sur lesquelles elles se déposent sous un silence monacal.

Ici, nous avons la fabuleuse chance de connaitre quatre saisons bien distinctes. Malheureusement, cet état de fait ne durera probablement plus bien longtemps. Les deux derniers hivers furent, heureusement, conformes à ceux de mon enfance. Je me souviens que mes potes et moi arpentions les rues du quartier en quête de voitures enlisées. On aidait les conducteurs à s’extraire des congères qu’on nomme ici « bancs de neige » en mettant nos nouveaux muscles au défi.

Il neige en ce moment à pleins ciels, mais ces jolis flocons blancs comme des boules de coton ne résisteront pas à la clémence actuelle des températures, car la politesse exige que la neige nous avertisse avant de nous ensevelir. Toutefois, je me souviens de certaines années où elle a manqué à ses obligations de courtoisie. Pas cette année.

Lorsqu’on consulte les cartes météorologiques des températures moyennes mondiales des deux derniers hivers, seul le Québec a été épargné par les hausses catastrophiques des températures. Cette année, je crains fortement que nous écopions comme la Sibérie, comme les pays nordiques européens et comme le Grand Nord qui, tous, se réchauffent à grande vitesse. Dans l’hémisphère nord, nous n’aurons plus bientôt que des souvenirs de ce temps où la Nature prenait quelques mois de repos.

La Planète a déjà connu de bien pires conditions et en soi, ce réchauffement peut être considéré comme de bon augure s’il permet d’accroitre le nombre de semaines par année de cultures locales. Durant ce temps, les pays nordiques seront moins dépendants des fruits et légumes provenant des basses latitudes, ce qui permettra d’accroitre l’offre mondiale. Mais, car il existe toujours une contrepartie, en brisant l’équilibre que la Terre avait atteint après le Grand Dégel, l’humain a propulsé sa planète vers un nouveau point d’équilibre totalement inconnu. Sera-t-il, comme certains météorologues le prévoient, suffisamment important pour causer la fonte de toutes les calottes glaciaires restantes ? C’est possible et même très possible, car un emballement des températures est de plus en plus envisageable.

Mais actuellement, cette neige est belle et je profite de ce spectacle aux antipodes des jeux de sons et lumières post-modernes étourdissants. Ici, seuls le silence et la monochromie ont droit de scène. Mes pneus d’hiver sont posés et j’ai placé mes pelles et mes balais à neige dans l’auto afin qu’ils me prêtent main-forte le temps venu. J’ai sorti mes parkas, bottes, foulards, tuques, gants et mitaines de leur coffre comme en prévision d’un rude hiver d’antan. Je sais toutefois qu’un jour ils vieilliront, totalement inutiles, comme des vieillards mis au rancart dans des hospices ternes et insipides. À l’instar de ces pauvres personnes mal aimées, mes outils hivernaux perdront leur raison d’exister. Certains d’entre eux seront envoyés au musée afin que l’humain se souvienne de ces temps où la neige avait modelé leur vie autrement. J’espère, sans trop y croire, que la Terre saura stopper l’emballement thermique catastrophique qui la fera ressembler à sa sœur Vénus où l’on ne fait pas frire des œufs à sa surface, mais bien, fondre du plomb.

Heureusement, cette année encore, la neige reprend du service. Notre planète se bat une fois de plus pour contrer nos stupides agissements posés en pleine connaissance de cause. Combien de temps lui reste-t-il  ? Jusqu’à ce qu’Elle en ait plein le dos. Mais qui veut vraiment savoir quand cela surviendra alors que nous pouvons sans contraintes vivre béatement notre imbécillité ?

Photo : lenavet.ca