Pont d’Adam

On connait bien la pomme d’Adam, la côte d’Adam, le péché d’Adam, l’épouse d’Adam (au fait, qui donc les a mariés ces deux-là?) et l’adamantium pour les férus de Marvel, mais le pont d’Adam? De kessé?

Je ne crois pas que notre ancêtre commun se promenait avec un partiel dans la bouche. Par contre, il aurait pu construire un pont en lianes pour traverser un ravin à la demande expresse de sa femme possiblement enceinte de son premier rejeton et qui ne voulait prendre aucun risque. Elle aurait dû être plus téméraire puisque Caïn finira par tuer son frère cadet. Comme quoi toutes les demandes faites à son mari ne valurent pas toujours la peine, certaines s’étant même avérées néfastes. Alors, rappelez-vous en la prochaine fois que vous, madame, voudrez demander à votre mari de construire des choses censées vous faciliter l’existence. Qui sait quel désastre se cache derrière tout caprice. Mon message étant maintenant passé auprès des Ève de la Terre, je reviens au pont d’Adam.

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Il existe un endroit sur Terre portant ce nom. Il en porte également une bonne dizaine d’autres dont celui du «pont de Rāma». Ce prétendu pont se situe partiellement sous l’eau entre le sud du continent indien et le Sri Lanka. On peut facilement remarquer sur Google Earth une sorte de chemin sablonneux ou sédimentaire qui semble relier les deux terres. Plusieurs légendes existent à son sujet et personne n’a vraiment pu établir si ce cordon ombilical s’est formé naturellement ou s’il est l’œuvre d’Adam… ou quelqu’un de sa très nombreuse descendance.

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Chose certaine, l’ile du Sri Lanka était reliée au continent indien jusqu’en 1480, des preuves géologiques et des textes le prouvent. Une violente tempête aurait disloqué l’isthme pour ne laisser qu’un chapelet d’ilots de sable. On voit aisément sur la carte que toute cette région fait partie du même plateau continental. Durant les temps glaciaires où le niveau des océans était beaucoup plus bas, le Sri Lanka ne se distinguait plus de l’Inde.

Une théorie vue le jour après des études de la NASA laisse croire que des humains auraient construit une structure rocheuse par-dessus les bancs de sable voilà 1,7 million d’années, mais elle fait l’objet de nombreuses critiques des géologues ainsi que des théologiens indiens.

Au temps de la colonisation britannique, un pont ferroviaire reliant l’ile au continent fut construit, mais il ne fut jamais complété. En 2001, le gouvernement indien a voulu faire économiser 400 km de détour aux bateaux naviguant dans la région en draguant un chenal aux environs de Danushkodi. Ce projet est décrié comme une atteinte à l’œuvre du roi-dieu Rāma.

 

L’image et le mot

Je reviens de mon pèlerinage annuel au SLM (Salon du livre de Montréal). Première constatation, avant même d’avoir atteint la salle d’exposition principale, la salle au palier inférieur antérieurement dédiée aux livres pour enfants a fait place à une garderie. Immédiatement, je m’interroge et je me réponds du même élan. Les livres pour enfants partageront la salle principale avec la littérature adulte.

Non, c’est plus qu’un partage, c’est une invasion hégémonique. La salle principale est devenue une immense arène où les enfants courent partout. Afin de mieux refléter le changement, le Salon du livre de Montréal pourrait changer son nom pour le «Salon du livre pour enfants de Montréal».

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Il n’existe plus aucune rangée où les bds, les livres-jouets, les livres de donjons et dragons, de magiciens, de licornes et autres personnages jeunesse sont absents.

D’un côté, je suis heureux de l’intérêt porté aux livres par ce jeune public. D’autre part, où puis-je maintenant flâner et bouquiner sans me faire bousculer toutes les trois secondes? Le Salon du livre et peut-être le livre en général se rajeunissent. En retranchant la place autrefois occupée par la littérature adulte, que peut-on apprendre sur l’avenir du livre littéraire?

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Les livres au contenu essentiellement textuel s’achètent maintenant sur le web et disparaitront peut-être totalement des salons axés sur le visuel. Comme partout ailleurs, l’image a remplacé le mot et tue progressivement son mode de diffusion autrefois de prédilection, le simple livre. Pour les adultes, subsistent maintenant des livres de cuisine et autres livres pratiques aux belles photos alléchantes, des livres humoristiques, des biographies illustrées de vedettes populaires ou des autobiographies accompagnées d’une panoplie de photos croustillantes, voilà maintenant l’essentiel du contenu du Salon. Soit un salon pour enfants, soit un salon présentant du divertissement aisé, des piles et des rayons d’incultures, de la malbouffe intellectuelle, à l’instar de ce qu’on retrouve dans le mainstream du web, le livre semble avoir pris le même tournant menant vers les niveaux inférieurs.

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Doit-on s’en inquiéter ou s’en foutre? Dans la vie, tout évolue. La culture littéraire ne fait plus simplement perdre du terrain au profit de l’image, elle se fait littéralement anéantir par celle-ci. Est-ce un changement de paradigme? Nos communications deviendront-elles exclusivement imagées? On peut y voir plusieurs avantages dont l’éclatement de la barrière des langues, l’assimilation bien plus rapide d’une nouvelle connaissance par une présentation massivement parallèle plutôt que sérielle comme dans les chaines de mots où l’on doit les lire en suivant la séquence prédéfinie, un à la fois et les uns après les autres.

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Par contre, les présentations sérielles sous forme de textes resteront toujours plus précises que les images. Les textes ne mourront pas, mais je sens que les images les remplaceront partout où cela s’avérera possible. Les textes deviendront des éléments d’accompagnement, comme lors des expositions d’œuvres picturales et sculpturales où des petits cartons nous donnent des informations précises ne devant subir aucun processus d’interprétation.

Les mots seront condamnés à véhiculer du savoir dur et ce sera la fin de la littérature… jusqu’à ce que des doctorants d’un futur lointain étudient notre époque et découvrent toute la richesse que nous pouvions véhiculer avec des chaines de mots. Ils seront subjugués par l’étonnant pouvoir que nous savions donner à ces chaines de caractères, et ce sans l’aide d’images. Ils publieront leurs découvertes et supputeront que nous pouvions voir des images uniquement grâce aux mots.

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La plupart des gens ne les croiront pas, pensant qu’ils déraillent, qu’ils inventent n’importe quoi et les traiteront d’illuminés. «Tout le monde sait depuis toujours que les mots ne peuvent pas servir à remplacer des images!» Depuis leur plus tendre enfance, et ce depuis des siècles, ils auront appris que seule une image peut remplacer une autre image, les mots ne servant qu’à la partie technique.

Mais des études plus approfondies prouveront ces assertions. Les gens riront de l’inefficacité crasse de ce mode d’acquisition archaïque où l’on assimilait un seul mot, une seule information à la fois. Certains tenteront de faire revivre cet art perdu et caractérisé par sa lenteur en faisant l’éloge de son étonnante capacité à créer du contenu visuel à partir d’une description mot à mot.

La littérature retrouvera un semblant de place parmi les autres arts. Toutefois, elle aura perdu son tranchant et une grande partie de son pouvoir d’intéresser les masses, un art archaïque.

Ragoût de novembre

Les dérèglements climatiques nous apportent des inversions de mois, des déplacements des saisons. Depuis une trentaine d’années, je constate que le climat oscille, pour ne pas dire vacille. La Terre ne semble plus trop savoir comment se comporter. Bien sûr, on a déjà vu des mois plus froids, plus chauds, plus secs, plus pluvieux, plus neigeux, etc., mais les dérèglements sont rendus maintenant la norme plutôt que l’exception. On bat des records de ci ou de ça au quotidien alors qu’avec le temps passant, statistiquement, nous devrions rencontrer des extrêmes de moins en moins fréquemment.

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Je suis en train de marcher dans l’arrondissement Rosemont en direction nord-ouest. Je dois parcourir quelques pâtés de maisons, deux ou trois kilomètres, pour me rendre à un rendez-vous au Café Lézard. La température extérieure est passablement plus froide que la normale de saison, mais le pire c’est le vent. Un noroît glacial, cinglant, me fouette le visage sans ménagement. Lorsque j’attends à un feu de circulation, je tourne le dos à ce vent abominablement frigorifiant. Désagrément inapproprié pour ce temps de l’année, mes vêtements frisent la limite de leur capacité à me protéger.

Les noroîts ont la fabuleuse et détestable propriété de transporter de l’air directement pompé de l’Arctique lorsque le courant-jet plonge très au Sud. Cet air glacial envahit à l’heure actuelle tout le Québec ainsi que les états de la Nouvelle-Angleterre aux É.U.A., mais aussi des états bien plus au Sud tels le Michigan, la Pennsylvanie et même l’Illinois. Bref, on gèle en novembre comme si on était au cœur de février.

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Bon, j’exagère un peu, c’est un peu la marque de commerce du Corbot. Cependant, en ce mi-automne, mon corps et mon esprit ne sont pas encore prêts à accepter les joues gelées et les oreilles battues par les grands vents boréaux. Heureusement, l’autre jour j’avais enfoui mes cache-oreilles au fond de mon sac. Je les extirpe avec fierté en me congratulant pour avoir été si prévenant. Je cesse toutefois mes bravos en me rappelant d’avoir sciemment abandonné mon foulard sur la patère avant de quitter le domicile ce matin alors qu’il me serait actuellement d’une superbe utilité.

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J’entre dans le resto avec la face gelée et les gouttes au nez. La serveuse me tend un menu et un sourire oscillant entre la bienséance et l’hilarité. Je lui quémande un sèche-cheveu afin d’aider ma face à reprendre vie, elle revient avec un café brûlant. Soumis à la chaleur intérieure, mes gouttes de morve se transforment en pendouillis. Mon paquet de papiers-mouchoirs refuse de s’ouvrir. Mon téléphone rend l’âme. Mon rendez-vous attend sa bise. Ma vessie malmenée par le froid réclame son soulagement. Mes deux mains gauches et mon cerveau pétrifié hésitent à choisir une priorité. Je déteste me sentir morveux, à la limite de l’incontinence et partiellement demeuré lorsque mon corps dégèle. Ce temps est parfait pour me faire signer un contrat de préarrangements funéraires pour une perruche que je n’ai pas ou l’achat d’une assurance contre les invasions de kangourous.

Et lorsque février décide de débarquer en novembre sans avis préalable, lorsque l’antigel n’a pas encore remplacé l’eau dans mes tissus organiques, lorsque le soleil devient si timoré que je peux le regarder en pleine face et qu’il se met à rougir de honte, LeCorbot se renfrogne, noircit et devient irascible. Eh non, ce n’est pas mon état naturel! Un peu… pas toujours!

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Mais lorsque je repense au ragoût fumant qui m’attendra à mon retour, ma rogne, ma noirceur et mon irascibilité s’estompent un peu, preuve que je vieillis. Foutu ragoût de novembre!

Les origines du bien et du mal

Mon point de vue sur cette question risque de vous surprendre puisque ma réponse fouillera là où on oublie souvent de regarder.

Personnellement, je préfère éviter de cataloguer les manifestations de notre Univers en usant de cette bipolarité. Toutefois, ce bel objectif se bute à une panoplie de générations de penseurs qui ont constamment cherché à classer les événements et les gens en deux catégories distinctes. Je m’accroche alors plus souvent que je l’espérais. Je m’enfarge, pour utiliser un verbe québécois.

Transcender ma culture s’avère difficile, mais nécessaire, car je sais d’où émane cette bipolarité, comment elle se manifeste et combien elle peut nous induire en erreur.

Instinctivement, nous comprenons que notre jugement est biaisé pour tout un tas de raisons. «Qui suis-je pour déclarer qu’une chose est bonne ou mauvaise, belle ou laide?» Nous nous posons souvent cette question sans toutefois y répondre, car celle-ci serait: «Je ne suis rien ni personne».

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Au mieux, nous restreignons notre évaluation sommaire à ce qui nous entoure, à nous-mêmes, à nos proches, à notre environnement immédiat. En tant qu’entité individuelle, nous possédons ce droit de juger à notre échelle de ce qui nous parait bien ou mal. Choisir entre différentes possibilités devient plus aisé si on les qualifie, la plus simple façon d’y parvenir consistant à les séparer en deux groupes.

Cette incapacité à inventer des nuances remonte aux tout premiers hominidés pour qui le nombre 2 représentait la limite de leurs compétences mathématiques. Les origines de la notion du bien et du mal datent de ce temps où tracer une ligne séparant en deux un ensemble d’éléments et de les étiqueter par ambivalence a constitué un pas de géant.

Encore aujourd’hui, notre tendance naturelle à simplifier notre jugement à l’extrême, comme nos lointains ancêtres, reste bien présente. Cependant, tout a évolué. Notre monde, même à notre niveau bien personnel, ne peut plus se permettre d’une technique d’évaluation archaïque basée sur l’ambivalence, c’est-à-dire entre deux contraires.

Ces notions bipolaires si chères aux penseurs de tout temps n’ont de sens que si on ne regarde qu’un seul pixel d’une grande œuvre. Ce petit éclat de lumière peut être analysé en utilisant les termes blanc ou noir, rouge ou vert, bleu ou jaune. Mais déjà, on note l’absence de teintes intermédiaires et une œuvre complète composée uniquement de pixels noirs et blancs détruit toute la richesse perceptible avec des éléments présentant un éventail de teintes.

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Ainsi, la bichromie du bien et du mal, du beau et du laid, provient d’une insensibilité (programmée) aux teintes intermédiaires. On ne voit que deux possibilités alors qu’il en existe une quantité phénoménale.

L’évaluation ambivalente consiste également et surtout à ne jamais observer une image dans son ensemble, seulement un pixel à la fois. Admettons que vous me récitiez les valeurs noire ou blanche de chaque pixel d’une image, pourrai-je me faire une idée juste de ce qu’elles peuvent représenter sans les regarder toutes ensemble dans un certain ordonnancement précis?

Le monde dans lequel nous vivons actuellement ne ressemble plus aucunement aux univers quasi statiques de nos lointains ancêtres. L’image, si difficile à se représenter qu’il fallait en observer un seul pixel à la fois, s’est mise à s’accumuler en une vaste série possédant chacune des différences avec sa précédente. Notre vie n’est plus pixel bichromatique, n’est plus pixel polychromatique, n’est plus une image fixe montrant ou non des teintes et des couleurs. Notre monde moderne, à l’instar de son cinéma, est constitué d’une panoplie d’images à haute définition défilant de façon ininterrompue.

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Recourir encore aux évaluations ambivalentes opposant le bien et le mal, le beau et le laid consiste à faire abstraction du contexte, de l’histoire, des richesses, de la complexité, de l’image complète, des images complètes et de la dynamique s’étant instaurée entre elles.

Le bien, le mal. En utilisant ces termes, nous perpétuons une notion aussi vieille que la plus petite et la plus ancienne forme de vie sur Terre, celle d’une mathématique limitée à un bit d’information. Combien de bits le disque dur de votre ordi comporte-t-il?

Apollo 20, une leçon à tirer

Officiellement, le programme spatial américain Apollo s’est terminé en 1972 par le décollage d’une fusée Saturn V et le retour de la Lune de la cabine Apollo 17. Toutefois en avril 2007, une série de vidéos apparait sur le web laissant croire qu’il y aurait eu une mission Apollo 20 envoyée sur la face cachée de la Lune.

Le fait qu’à la fin officielle du programme Apollo il soit resté plusieurs étages fonctionnels de fusées Saturn V pourrait laisser croire à cette possibilité. L’équipage de la prétendue mission était composé de deux astronautes américains, une femme et un homme répondant aux noms de Snyder et Rutledge, ainsi que d’un cosmonaute russe du nom de Leonov.

Le nodule lunaire aurait atterri près d’un vaisseau spatial aperçu lors d’une mission précédente et les astronautes auraient ramené le corps momifié ou en hibernation d’une extraterrestre aux traits humanoïdes. Les vidéos sont plutôt bien conçues, montrant l’intérieur réaliste de la capsule spatiale ainsi que la figure et le corps de l’extraterrestre.

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On peut même trouver l’insigne de la mission (photo entête).

Le sculpteur et vidéaste français Thierry Speth a reconnu être à l’origine du canular le 9 juillet 2007, soit seulement trois mois après la sortie des vidéos. Mais encore aujourd’hui, les vidéos continuent d’être régulièrement consultées malgré les démystifications prouvant hors de tout doute que les vidéos provenant de la NASA aient été tournées durant des missions Apollo antérieures et rendues publiques bien avant 1976. Quant à la fusée Saturn V qui aurait été utilisée, elle l’a plutôt été pour lancer Skylab. Les autres sont exposées dans divers musées.

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Je trouve cette histoire plutôt comique. D’un côté, il existe une série d’individus prétendant haut et fort que nous n’avons jamais mis les pieds sur la Lune et de l’autre on trouve une mission Apollo supplémentaire faisant grimper le total à sept alunissages.

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Plus de onze ans après la divulgation du canular, il continue de faire des adeptes et des victimes. Y croire peut paraitre sans grandes conséquences puisque aucun individu hameçonné ne verra son existence chamboulée par ce faux récit. Pourtant, créer ce genre d’histoire irréelle ne serait pas un geste tout à fait anodin.

Si vous avez lu mon blogue d’hier traitant du mensonge institutionnalisé, vous comprenez que cet acte banalisé s’avère bien plus pernicieux qu’il n’ose paraitre. En tant que citoyen, notre devoir est de bien s’informer et alors de dénoncer et autrement combattre les fausses nouvelles institutionnelles.

Mais si, en tant que citoyens, nous nous auto-empoisonnons en inventant n’importe quelle histoire, nous devenons les complices des leaders menteurs cherchant à tout prix à nous faire avaler leurs prochains gazouillis.

Nous devrions partager une même idéologie lorsqu’il est question de créer ou de partager de l’information, celle d’adopter une attitude irréprochable et de s’assurer que nos informations demeurent impeccables. Personne n’aime se faire berner. Nous méritons tous d’obtenir l’information la plus juste et la plus précise possible. Efforçons-nous donc de produire ou de relayer une information de qualité, une information comme nous aimons l’obtenir.

Et cessez de croire que seulement relayer des informations de sources étrangères vous déresponsabilise de leurs exactitudes. En jouant à la courroie d’engrenage, en devenant un diffuseur, vous encouragez autant les auteurs sérieux que les menteurs.

Si une information vous semble douteuse, pourquoi ne pas simplement l’oublier ? Aujourd’hui, vous trouverez de multiples références pour une seule fausse rumeur et vous en deviendrez une de plus. Recouper l’information n’est plus une technique suffisante pour garantir sa véracité. Il faut en faire bien plus si vous voulez faire un travail sérieux, mais surtout utile pour vos concitoyens.

Les quatre D

La nouvelle façon de vivre, c’est de mentir impunément. Puisque personne n’est sanctionné, le mensonge devient ainsi la norme sociale. Mentir en niant même les pires évidences, en affirmant exactement le contraire de ce qu’on fait, en jetant les blâmes des conséquences de ses actes sur ses adversaires, en inventant n’importe quels faux événements pour convaincre les autres de se rallier à sa cause, en menaçant les dénonciateurs. Mentir est même devenu tout à fait acceptable. Le mensonge prouve que vous prenez tous les moyens pour gagner et les gens aiment ceux qui gagnent, peu importe comment ils y parviennent.

Autrefois utilisé avec parcimonie puisque se faire prendre à mentir coûtait presque toujours sa carrière, aujourd’hui les menteurs ne cachent même plus. Sachant pertinemment qu’une partie des auditeurs ne sont pas dupes, ils s’en foutent totalement puisqu’ils ne font face à aucune conséquence.

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Mentir permet à ses disciples et admirateurs de reprendre ces aberrations à leur compte et de les semer à tout vent. Lorsque des milliers de personnes crient un même mensonge sur tous les médias sociaux, le mensonge prend des allures de vérité. Surtout que personne (ou presque) ne s’intéresse à faire contrepoids.

Les menteurs imposent leurs règles, car aucune logique ne peut venir à bout des mensonges. La logique doit donc céder le pas à quelque chose de plus puissant et de plus draconien. Mais qui maintenant voudra mettre en place un système qui botterait le derrière aux mythomanes compulsifs lorsqu’ils sont au pouvoir ? Et ce sont des gens comme vous et moi qui les avons placés à ces postes. Vous, moi et aussi d’autres menteurs payés pour falsifier les résultats.

Voilà quelle société nous avons créée et dans laquelle nous vivons actuellement. Une société qu’il sera bien difficile de se défaire… à moins de devenir nous aussi des menteurs invétérés afin de combattre à armes égales. Mais alors, qu’est-ce qui aura changé sinon un nom sur une plaque et dans des documents ?

Une société ayant érigé le mensonge en système sera obligée d’endurer ce mode jusqu’aux quatre D, car cette abominable tolérance est le signe évident de la décadence d’un peuple qui entraine son déclin, engendre sa déchéance et enfin apporte sa destruction.

 

Oasis

Notre vie est jonchée de moments tristes ou sombres. Nous sommes appelés à traverser des déserts, des moments intercalaires épisodiques où l’existence nous fait suer de ténébreuses mers ou pleurer d’impétueux fleuves sitôt absorbés par la sécheresse existentielle du moment.

Ces situations inconfortables, indésirables, nous incitent à tracer une route directe à travers ces terres arides avec l’espérance de rapidement retrouver la luxuriance de périodes plus prospères et plus heureuses.

La pauvreté superficielle et apparente du désert nous incite fortement à trouver une issue rapide, sinon immédiate. La ligne droite étant le plus court chemin connu entre deux points, nous prenons une grande respiration et nous fonçons tête baissée dans le but de mettre rapidement derrière nous ces moments misérables.

Les caravaniers savent pourtant que le chemin le plus rapide ne s’avère jamais être la ligne droite, mais celui qui permettra de survivre en suivant la ligne des oasis. La ligne droite amènera à l’épuisement des ressources et, inévitablement, aux conséquences qui s’ensuivront.

Peu importent les difficultés petites ou grandes rencontrées au cours de notre existence, il me parait sage de progresser en louvoyant d’oasis en oasis. Avancer sans s’épuiser, se reposer régulièrement, reprendre des forces et son souffle, prendre conscience de sa progression, évaluer ses besoins pour traverser la prochaine étape avant de reprendre la route. Toutes ces actions apparemment inefficaces apportent de grands bénéfices peu faciles à évaluer et pourtant essentiels. Lorsque le corps et l’esprit profitent de moments de relâche et de calme, ils trouvent bien meilleures conseillères.

Nous sommes constamment poussés à nous surpasser, à faire mieux et plus vite, à tout exécuter plus efficacement. La tentation de couper certaines activités apparemment dispensables peut sembler judicieuse afin de rencontrer les standards imposés ou satisfaire à nos propres attentes. Cependant, notre bilan à long terme souffrira inévitablement des petits et gros abus commis contre notre personne.

Résister à la pression sociale de performance exige une bonne dose de confiance en soi. Cette pression nous pousse également à en exiger trop des autres personnes gravitant dans notre entourage, nos parents, nos enfants, notre conjoint, des employés sous notre responsabilité, nos amis et même de simples connaissances avec lesquelles nous interagissons.

Les oasis, même si elles rallongent notre parcours de vie et ne permettent pas de maximiser nos bénéfices, parviennent par contre à les optimiser. Vivre plus heureux et moins stressés en se contentant d’un peu moins vaut amplement une vie où l’on se sera toujours foutu de notre bien-être quotidien. Nous devons cesser d’associer l’oasis à l’oisif. Comme toute source de vie, l’oasis rend l’humain meilleur.

Dandelion, un court-métrage exceptionnel

Ma virée hier à Mont-Tremblant m’a amené à visiter la bibliothèque de cette municipalité des Laurentides. Situé à l’intérieur du bâtiment abritant l’hôtel de ville, ce lieu de culture de proximité possède une section spécialement et brillamment conçue pour les enfants. La section pour les adultes offre beaucoup de luminosité naturelle, rendant propice et agréable le plaisir de lire et de découvrir de nouvelles œuvres.

J’ai été accueilli à la bibliothèque par une personne de laquelle il s’avère impossible de rester indifférent. Vous savez, le genre qu’on voudrait instantanément s’en faire une bonne amie et qu’on regrette amèrement de ne pas avoir connu bien avant dans notre vie.

Cette personne se nomme Catherine Fauteux. Vous la connaissez peut-être puisqu’elle a remporté un concours de production de court-métrage en marge du Festival du film de Los Angeles en 2017.

Ce concours consistait à imager l’œuvre musicale Rabbit and Rogue de Danny Elfman. Entièrement réalisé en animation en volume (stop motion), cet étonnant court-métrage issu d’une personne qui en était à sa première expérience en production cinématographique nous transporte dans un univers aux richesses éblouissantes à travers un scénario qui témoigne de ses préoccupations pour la question environnementale, l’apport de l’humain et ses conséquences.

Jugez vous-même du résultat en allant visionner cette œuvre magistrale intitulée « Dandelion» d’une durée légèrement inférieure à dix minutes en cliquant l’hyperlien ci-devant.

La photographe Tremblantoise Catherine Fauteux prépare actuellement sa récidive cinématographique. Il va sans dire que j’ai bien hâte de découvrir les fruits de cet exigeant, mais combien passionnant travail artistique!

Photo : Radio-Canada.ca

Art et proche aidance

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Je reviens tout juste d’un vernissage, une exposition d’œuvres réalisées par des proches aidants de la région des Laurentides au Québec. Cet événement qui se tient jusqu’au 18 novembre 2018 à l’hôtel de ville de Mont-Tremblant regroupe vingt-trois œuvres picturales sur ce seul et même thème de la proche aidance.

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Vous vous doutez qu’il ne s’agit pas d’un curieux hasard si la proche aidance se retrouve dans chaque tableau présenté lors de cet événement riche en couleurs et en émotions. Car malgré tout l’amour, le dévouement, la passion, la disponibilité et la patience qui caractérisent les proches aidants, le ressac surgit sous forme d’épuisement, de découragement, de colère, de culpabilité et de dépression chez les personnes qui ont sciemment décidé d’accompagner un proche dans sa maladie, de faire don d’une importante partie de leur vie à une ou à plusieurs personnes devenues trop vulnérables pour demeurer autonomes.

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Heureusement, depuis maintenant cinq ans, un service d’art-thérapie est offert dans la région des Laurentides à ces personnes dont leur courage admirable n’a d’égal que leur dévouement exceptionnel. Toutefois, ces œuvres n’auraient jamais vu le jour sans la compréhension fine des problématiques liées à la proche aidance que l’art-thérapeute, psychoéducatrice et artiste Annie Bilodeau apporte dans le soutien à ces gens au cœur plus grand que leur poitrine.

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Annie les entraine, les encourage, les supporte dans une démarche artistique visant à exprimer leurs sentiments refoulés au moyen de l’art pictural. Libérés d’une partie de leur fardeau moral, ces gens peuvent ainsi poursuivre leur importante mission de façon plus sereine, plus positive et mieux équilibrée entre les besoins de ceux qui leur sont chers et les leurs.

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Les œuvres ont été réalisées, non pas dans un but de performance artistique, mais plutôt dans une démarche visant à soulager les souffrances. Aucun exposant n’est un professionnel et pourtant, cette vingtaine de tableaux nous atteint au plus profond de notre âme.

Car nous savons tous qu’un jour, nous deviendrons nous-mêmes un proche aidant, si nous ne le sommes pas déjà, ou l’avons déjà été. Et plus tard, nous recevrons nous aussi de l’aide de notre conjoint, d’un ami ou d’un de nos enfants. C’est pourquoi ces toiles concentrées sur trois murs d’une même salle nous font vivre un étonnant maelström d’émotions vives et particulièrement intenses. Ces tableaux ne proviennent pas d’illustres inconnus ayant craché d’incompréhensibles émotions sur des toiles, non, ces œuvres nous décrivent, nous. Elles nous montrent une vision claire et certainement troublante, voire saisissante, de nous-mêmes.

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Chaque œuvre est accompagnée d’un court texte rédigé par l’artiste qui décrit en quelques mots le motif formant la base de sa réalisation. J’ai tenté de les lire les uns à la suite des autres, mais rendu à mi-parcours je me suis accordé une pause. Et c’est exactement le genre de réaction que la proche aidance suscite et il ne faut pas la camoufler. On reçoit un coup de poing au plexus solaire, une bouffée incontrôlée de lourdeur et en même temps un tsunami d’amours sans bornes et de tendresses infinies.

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Une grande amie, Johanne Blanchette, y expose quelques-unes de ses œuvres et s’est directement impliquée dans l’organisation et la réalisation de cet événement que je qualifie de révélateur et de charnière, tant pour les artistes que pour les nombreux visiteurs. De fait, j’ai eu l’occasion et le privilège d’échanger avec certains d’entre eux. J’ai remarqué leur regard au moment qu’ils entraient dans la salle et celui qu’ils portaient à leur sortie. Une indéniable transformation s’était opérée et voilà exactement ce que l’art procure à la population. Nulle obligation d’être un artiste confirmé pour atteindre les gens dans ce qu’ils ont de plus profond et d’intime. Il suffit d’avoir le courage et la générosité de partager ses souffrances, ses peines, ses joies et ses amours et alors, la magie de l’art réussira toujours à opérer.

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Puisque mon lectorat s’étend sur la plupart des continents, je me suis permis de prendre des photos de certaines œuvres et de vous les présenter ici dans mon blogue. Voyez-y une façon de vous encourager à chercher des ressources en art-thérapie dans votre région. Ne niez plus vos douleurs, elles trouveront grâce à l’art, peu importe lequel, une voix pour s’exprimer et une voie pour s’expulser. La proche aidance est tellement demandante, accordez-lui la possibilité de s’exprimer sans contraintes, sans faux-fuyants, en toute liberté et en toute sincérité.

Cet article ne se prétend pas être un communiqué de presse ni une critique de l’exposition. Comme dans tous mes articles, c’est LeCorbot qui s’exprime avec la plus grande sincérité. Si vous désirez plus de renseignements sur l’événement, communiquez avec le service de la ville de Mont-Tremblant.

Je tiens toutefois à souligner l’apport grandement apprécié de deux jeunes flûtistes de talent qui ont accueilli et accompagné les visiteurs tout au long de la soirée. Elles se nomment Élie Lacroix et Élisabeth Bilodeau. Un grand merci à toutes les deux !

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T comme dans tout

Aujourd’hui je poursuis ma série d’articles sur un mot commençant par une lettre précise, le hasard a choisi le t. Me restant ensuite à déterminer le mot dont l’entame est un t, je n’ai pas hésité bien longtemps, en fait, pas du tout. C’est tout.

Vous saurez donc tout sur tout, car aujourd’hui je traite surtout de tout et des t qui le composent. Tout. Tout un mot! Et notez qu’il contient 50 % de t.

Cette lettre t [te] possède, elle, la particularité d’être l’homonyme d’un objet ayant sa forme graphique, du moins dans sa graphie majuscule (T), c’est le té du dessinateur. La majuscule est composée d’un trait vertical et d’un trait horizontal appelé traverse placé à son sommet. Elle se distingue de la minuscule dont on a légèrement rabaissé la traverse en la plaçant plus haut que le centre pour ne pas le confondre avec le signe + de l’addition. Le t minuscule possède généralement une patte vers la droite (t).

Quant au mot «tout», pour tout dire, il me parait plutôt court. Et tout peut tout aussi bien devenir un nom masculin, un adjectif, un pronom ainsi qu’un adverbe de quantité. Aussi bien dire qu’il peut pratiquement tout faire.

La dominance de la lettre t dans son orthographe est atténuée par le fait que le dernier t est muet. Quant au premier t, il se prononce [t], une consonne occlusive dentale sourde. En phonétique, tout s’écrit [tu].

Adjectif

Étrangement, tout ne fait pas partie des adjectifs superlatifs. En adjectif qualificatif, il s’apparente aux mots «complet, entier et intégral», pourtant tout n’en est pas un synonyme. Le Grand Robert précise qu’«il a une valeur moins nette, qu’il doit à sa forme monosyllabique et à ses rôles de mot grammatical». Ainsi, tout n’est pas tout. En tant que subtilité de la langue française, il faut le faire! Tout est également un adjectif indéfini exprimant la totalité, sans exception, la globalité ou la généralité ou une périodicité comme dans «tous les jours». Il se fait généraliste comme dans «à tout coup, en tout état de cause, etc.».

Pronom

En tant que pronom, il prend généralement les formes plurielles «tous ou toutes» et il se prononce [tus, tut]. «Ce sont tous de parfaits idiots. Elles vont toutes mourir.» Toutefois, la forme singulière est utilisée en opposition à rien. «Tout ou rien. Tout est parti en fumée. À tout prendre. Bon à tout faire.» Il résume également une liste prédéfinie. «Alcool, drogue, sexe, tout pour ne plus y penser».

Nom

En tout et partout, ce n’est pas encore tout, car tout est aussi un nom masculin. Le tout qu’on subdivise, qu’on partage. «C’est tout ou ce n’est rien du tout». On renforce une négation avec «pas du tout» qui joue alors à l’adverbe (absolument pas). C’est un nom pris dans un sens binaire, sans compromission, dans «le tout ou rien».

Adverbe

Et enfin, il se fait adverbe de quantité pour désigner la globalité, l’entièreté, synonyme de totalement, complètement, entièrement, exactement. Il devrait donc être invariable, mais ce n’est pas vraiment ou toujours le cas. On écrit «les tout premiers», mais dans une expression présentant un adjectif féminin, il s’écrit au féminin «la toute première».

Avec du féminin pluriel il s’accorde également en genre et en nombre «les toutes premières», mais pas nécessairement si l’adjectif féminin commence par un h muet comme dans «tout hivernale» ou une semi-voyelle «tout oisive». Dans ces cas de figure, la règle devient floue, les auteurs divergent d’opinion et on retrouve de tout. Enfin, l’adverbe tout reste invariable dans d’autres circonstances dont je vous fais grâce.

Le mot de la fin

En introduction, j’ai menti lorsque je vous ai écrit que vous sauriez tout sur tout. Tout est l’un des mots les plus complexes de la langue française et le maitriser relève de l’exploit, sinon de la légende urbaine. Et tout urbaine qu’elle soit, la légende de tout connaitre sur tout est surtout surfaite. Tout en ratisse peut-être trop large pour que nous comprenions tout, même en étant tout ouïe. Un point, c’est tout.